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[Mission B] Précaution diplomatique (2)

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MessageSujet: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Lun 17 Aoû - 23:51

Début là


Un milliard de pas plus loin, que Etsu avait passé à songer à l'infinité de scénarios possibles concernant leur entrée à Konoha, les deux compères marchaient toujours. Logique, le village de la feuille n'était pas la porte à côté et les montagnes n'allaient pas s'écarter pour leur faciliter la tâche. Non, c'était clair, tous les éléments étaient réunis pour qu'ils y passent un bon moment. Plusieurs jours, trois au mieux. Oui, trois ce serait bien, et ce serait vite fait s'ils continuaient à marcher à cette allure, allure imposée par ce petit iwajin stupide en tête de queue, prostré derrière ses lunettes de soleil.

Car oui, Etsu avait pris les choses en main pour la première fois de sa « non-vie » - vie qu'il qualifiait aussi de « minable » ou de « merde » suivant les occasions. Pour l'instant c'était « non-vie », parce que le contexte restait encore un tout petit peu agréable: une vingtaine de pas d'avance sur Kaneko, les yeux fixés sur la route qui se faisait petit à petit dure et pentue, l'esprit loin, loin, bien loin de tout écœurement visuel, auditif, Kaneko-tesque... C'était idiot à imaginer mais les ridicules petits décimètres qui le séparaient de l'iwajin lui faisaient un bien fou – énorme, gigantesque, méga-gros. Il pouvait regarder loin devant lui sans s'inquiéter d'y voir le chaton miteux ; il était derrière ! Il pouvait tourner les yeux à droite, regarder les quelques fleurs étranges dont il se fichait pas mal: pas l'ombre d'un Kaneko ! A gauche peut-être ? Pour voir les petits nuages qui les suivaient ? Eh oui ! Toujours pas de Kaneko pour gâcher la vue ! Il était derrière ! C'était génial, tout bonnement et simplement génial. Si on aimait exagérer les choses et trouver une réponse logique à tous les comportements humains, on aurait pu dire que Etsu était de bonne humeur et que par conséquent, il était plein d'énergie et ne bronchait pas à se taper montagne et forêt sous un soleil de plomb. Ou alors il faisait exprès d'aller vite pour semer son coéquipier... En somme, cette explication là était la plus logique des deux – Etsu n'était jamais de bonne humeur.

C'est quand la route se faisait de plus en plus rocheuse et essoufflante, quand le vent venait rafraichir les aisselles et les tee-shirts suintants, quand l'air de la montagne gagnait les gorges sèches, quand le soleil n'était plus bien haut dans le ciel, quand le chant des oiseaux et des cigales furent remplacés par un gros silence bucolique, quand Etsu avait l'esprit trop raplapla pour prévenir un rapprochement corporel que la « Chose » se produisit. La « Chose » se dressa sur leur chemin tel un troupeau de taureaux laineux en rut dévalant la montagne au galop, poursuivis par un ours qui aurait peur des tâches... Subtil dans un premier temps, inexplicable dans un second, lourd et ravageur par la suite. Le grand choc en somme. Pour Etsu, l'impact fut d'autant plus important qu'il venait de derrière lui. Derrière. La « zone minée ». Là où il s'était interdit de regarder. Là où il y avait Kaneko... Oui ! C'était lui ! C'était lui le responsable de cette immondice horrible, affreuse et...

- Arrête ça.

Demi-tour et froncement de sourcil. Yeux dans les yeux de celui qui s'était improvisé Siffleur de l'équipe durant vingt secondes, Etsu coupa court à la « Sonate sur le chemin de la feuille cachée », usant d'un de ses silences autoritaires et haineux pour censurer toutes symphonies sensoriellements nuisibles. Et tout ce qui pouvait sortir de la bouche de Kaneko était nuisible pour tous les sens.

C'est donc le poil irisé, les dents crispées à s'en faire exploser l'émail, les yeux fatigués, le nez froncé, les poings serrés qu'il reprit le sens de la marche, le chemin des questions et de l'incompréhension, quittant son aplatissage cérébral pour une nouvelle soupe d'interrogations intempestives. Et pourquoi ci, et comment ça, et pourquoi lui, et comment donc... Etsu quoi, rien d'extraordinaire.



L'allure de la marche avait considérablement diminuée avec la lumière du jour, et c'est non sans mal qu'ils ne s'écrasèrent pas misérablement sur le bord du chemin. Etsu s'était trouvé un vieil arbre contre lequel s'appuyer, étirant ses jambes endolories dans l'herbe sèche et piquante. Il avait jeté son sac aux alentours, après s'être équipé de sa bouteille d'eau à moitié vide. Il était en train de boire, le corps totalement trempe sous un soleil qui déclinait doucement. Il s'interdisait de penser à son coéquipier, qui avait disparut – réellement ou pas -, et ne pensait plus qu'à une chose: trouver la force de descendre la pente creuse pour aller s'asperger d'eau fraîche dans le ruisseau voisin.


HRPG: Désolé d'avance pour le massacre oculaire


Dernière édition par Daiki Etsu le Ven 21 Aoû - 1:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Mar 18 Aoû - 12:28

Tapi derrière un buisson, le nekonin observait sa proie. Il la guettait, cherchant à atteindre une parfaite immobilité, prêt à bondir. C'était ça, chasser : attendre patiemment et anticiper les mouvements de l'animal, pour lui sauter dessus au bon moment. Il n'avait pas sorti de kunai, préférant de loin chasser à mains nues ; il trouvait ça plus loyal, en quelque sorte. Si tant est qu'un duel lapin/ninja puisse être équitable.

Le lapin se remplissait le ventre des maigres herbes qui longeaient le bord de la route. Pour l'instant il prenait son repas avec inquiétude, tous les sens en éveil, essayant de prévenir la présence d'un éventuel prédateur. Ce n'était pas encore le moment...

Le petit mammifère releva la tête, cherchant autour de lui un autre coin herbeux à grignoter, et finit par en repérer un. Enfin son attention se portait ailleurs, et Kaneko bondit. Mais le lapin remarqua sa présence suffisamment tôt pour s'enfuir au bon moment, et le ninja se ramassa lamentablement dans la terre poussiéreuse. Heureusement personne n'était là pour assister à la scène. Mais le répit du lapin ne dura pas bien longtemps : Niko émergea brusquement du buisson voisin et plaqua la pauvre bête au sol. Un claquement de dents, un craquement de vertèbres... et le petit animal n'avait plus qu'à être ramené pour être préparé dans les règles de l'art.

*** *** ***

Il finit par rejoindre son coéquipier au détour du chemin, à un endroit où ce dernier longeait la rivière. Daiki Etsu était allongé contre un arbre, visiblement harassé par la chaleur. Il se désaltérait en buvant une bonne bouteille d'eau. S'arrêtant pour regarder son camarade, il en vint à trouver touchant ce tableau dans lequel Daiki, éternel stressé, se détendait en allongeant ses jambes à l'ombre d'un arbre, savourant le son que produisait l'écoulement de l'eau de la rivière.

Une pensée cocasse lui traversa l'esprit. Il avait été légèrement vexé quand il s'était vu demander d'arrêter de siffler, et il se demandait bien pourquoi, à croire que l'Iwajin ténébreux avait vraiment un problème avec lui. Voire avec la musique elle-même, ce qui était autrement plus grave. Souriant et tirant la langue à l'idée de la bonne blague qu'il allait faire à son équipier, il s'avança à pas feutrés sur le chemin, Niko sur ses talons, profitant de sa discrétion sonore qui lui permettait de se déplacer sans qu'on remarque sa présence.

Et en arrivant juste derrière l'arbre, il surgit d'un côté sans prévenir :

-"HEY !! Regarde ce qu'on a trouvé pour bouffer ce soir !!!"


Iwa

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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Mer 19 Aoû - 3:15

Ah ! Qu'il faisait bon se reposer sous cet arbre ! Qu'elle était bonne, la flotte tiède de cette bouteille ! Qu'il était frais, l'air doux de la montagne ! Qu'il était stupide de se contenter de si peu de chose. Quand Etsu en vint à penser cela, il cessa de boire, s'essuya la bouche, rebouchonna sa bouteille et la laissa négligemment tomber à côté de lui. C'est à peine s'il ne la jeta pas. Dégoûté. Il avait réussi - en moins de cinq minutes - à se dégoûter de sa « pause détente » qu'il jugeait encore de « forte agréable » quelques minutes plus tôt. C'était navrant. C'était navrant parce qu'il ne savait tout simplement plus apprécier les choses simples de la vie sans se prendre la tête avec des pourquoi et des comment inutiles et immoraux. Qui aurait l'idée idiote de se demander pourquoi cet arbre avait choisi de pousser si loin du ruisseau, comment il s'y était pris pour pousser aussi mal, pourquoi son tronc était aussi inconfortable, comment il faisait pour supporter le poids insoutenable qu'était l'homme... ? Aucun individu d'une normalité minimale - c'était clair - n'aurait cherché à questionner un arbre sur ses choix de vie. Mais Etsu si, il avait le temps pour les questions inutiles, pour les rêves philosophiques et tordus, mais jamais pour se poser de vraie question existentielle, jamais pour se demander ce que faisait son coéquipier, où il était, pourquoi, comment... Jamais. Peu importe le coéquipier. Monsieur Daiki préférait baisser la tête, froncer les sourcils et essuyer son ventre transpirant avec son débardeur. C'était nettement plus simple de se dire qu'il était un homme stupide qui se bourrait de laxatif pour ne pas entendre les réponses à ses questions. Ah, oui, parce que c'était mieux de poser des questions dans le vide que d'entendre les arbres parler. Logique.

Et alors qu'il continuait son monologue intérieur contre lui-même, histoire d'enfoncer le clou de son désespoir dans la planche de sa chienne de vie, son coéquipier – à qui il ne pensait jamais tout en pensant qu'il ne devait jamais y penser (et que c'était pas bien) - jugea bon de surgir sur son flanc droit, criant un : "HEY !! Regarde ce qu'on a trouvé pour bouffer ce soir !!!", agrémenté d'une touffe de quelque chose de possiblement nocif. Quoi qu'il en fut, et sans avoir le temps de philosopher sur l'apparition soudaine d'un œil de lapin qu'il vit de trop prés, Etsu jeta sa tête en arrière et ferma les yeux, par surprise et surtout par réflex. Il aurait tout aussi bien pu se jeter sur le côté gauche et protéger sa tête avec ses bras, histoire de ne pas se cogner au tronc d'arbre, mais non, c'était mieux de s'aplatir le crâne sur la souche dure et de se prendre la tête ensuite.

- Ite-te-te-te-te... Bordel ! ... Ça fait mal … !!

Tout en soufflant de douleur et de rage, il se tordit sur le côté, les yeux fermés, grimaça, appuya ses doigts sur son crâne, jura sur le ciel et sur les raisons de la création de la vie. Sommes toutes, il avait mal. Quoi de plus normal, il venait de heurter de plein fouet un tronc d'arbre qui était loin de sonner aussi creux que sa tête.

Quelques petits gémissements et blasphèmes plus tard, Etsu consentit à rouvrir les yeux et à réadopter une position humaine, gardant toutefois une main appuyée sur son crâne. Il regardait Kaneko, grimaçant toujours, et avait reculé de quelques mètres, histoire de rétablir les distances de sécurité et l'espace vital nécessaire à leur « bonne » entente. Et par « bonne » il entendait: pas de coup foireux comme celui-ci, pas de transgression des lignes imaginaires qu'il était le seul à imaginer, pas d'échange humain... Bref, après plusieurs heures passées ensemble, il n'était déjà plus question d'associer le terme « bonne » à entente, ni même plus « entente » à leur tandem. Il était déjà l'heure de s'énerver et de crier.

- T'es vraiment qu'un pauvre...

Mais les mots lui manquèrent. Sûrement qu'il avait perdu le « neurone des répliques cinglantes et méchantes » lors du choc. Ou alors il était trop énervé pour définir exactement ce qu'était Kaneko. Ses yeux se posèrent alors sur le corps immobile et pendu du lapin, que son coéquipier exhibait tel un trophée de chasse, à l'instar d'un chat ramenant un oiseau éventré à son maître. D'ailleurs, Etsu le reçu de la même façon: avec dégoût et répulsion. Il prit néanmoins le temps d'examiner Kaneko, le lapin et son chat, cherchant à se convaincre que la situation était bien moins absurde et simple que l'apport d'un trophée de chasse.

Comme il ne se convaincu pas après avoir fait des allées et retours oculaires entre les trois bestioles présentes, il souffla et tourna les talons pour aller dévaler la pente et s'étendre prés du ruisseau. Il en profita pour se masser la tête – déjà bossue – et pour réfléchir aux raisons d'un tel événement. Peut-être avait-il agacé l'arbre ? Peut-être s'était-il assis sur un tas d'herbe fragiles ? Peut-être avait-il interrompu une discussion entre deux feuilles ? Que de possibilités... La conclusion était pourtant simple: il avait emporté sa malchance et son destin tragique dans ses bagages. D'ailleurs... peut-être que ceux-là s'étaient vengés parce qu'il avait jeté son sac... ? Qui sait ? Le temps passe, le soleil se couche, les questions restent...

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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Mer 19 Aoû - 11:40

Le calme de la nature, de l’air frais, de la nuit naissante… un calme qui, en y repensa, n’en était pas vraiment un. Le cri d’une bête, le grognement d’une autre et le bruissement des feuilles y étaient probablement pour quelque chose. Paradoxalement, c’est bien ce genre de calme qui rassure et apaise les esprits, contrairement au calme plat, totalement insonorisé, filtrant le moindre bruit et le passant sous silence, lorsque la nature s'est arrêtée l'espace d'un instant. Ce calme là est beaucoup plus terrifiant, il est annonciateur d’ennui proche, très proche… . Aussi proche qu’un éboulis de roche ? Probablement, oui. Une légère détonation précéda la catastrophe, tel un cri éphémère le bruit sourd s’étouffa aussitôt. De petits cailloux commencèrent leur course folle vers les pieds de la montagne afin de tâter le terrain, indiquant aux plus gros les endroits favoris… . D’ailleurs les rochers ne tardèrent pas à rejoindre leurs confrères miniatures. Dévalant la pente, roulant, se fracassant les uns contre les autres, rien ne semblait pouvoir les freiner. En bas ? Deux hommes et un chat, prêt à être broyés par l’éboulement. (ou pas ?)

HRP: Enjoy \o/ xD


Nukenin

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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Jeu 20 Aoû - 1:33

Tout était délicieusement calme. Seuls l'addition des petits bruits que produisaient la nature pouvait générer un silence aussi harmonieux.

Daiki Etsu prenait un repos bien mérité près du ruisseau, après tout il avait marché toute l'après-midi sous un soleil de plomb, d'un pas plus que soutenu. Comme pour échapper à quelque chose... ou à quelqu'un ?

Kaneko commençait à connaitre un petit peu son équipier à force de le cotoyer. Il restait à l'écart de la plupart des gens, et leur adresser la parole relevait de la corvée pour lui, c'était certain. Bref il présentait tous les signes d'une asociabilité avancée, et ce depuis leur première rencontre. Le nekonin avait plusieurs fois essayé de le dérider, mais en vain : il n'obtenait de Daiki qu'un profond repli sur soi. Pourtant il tenait à bien s'entendre avec lui, c'était même devenu un de ses objectifs. Mais il avait peur que leurs caractères soient trop différents...

Alors il avait décidé de prendre son temps, de ne pas brusquer l'individu. Le temps était peut-être la meilleure arme dont il disposait pour s'attirer la sympathie de Daiki Etsu. Mais attention, il n'allait pas non plus s'écraser et se faire discret pour autant - il avait déjà été bien gentil d'arrêter de siffler sur la route. La blague de mauvais goût qu'il avait commise était aussi un peu un message envoyé à Daiki : "habitue-toi à ma présence."

Pour l'instant, Kaneko avait donc décidé de laisser Daiki dans son monde quelques instants. De toute façon il avait un lapin à préparer. Equipé d'un kunai, il vida les orbites du mammifère de ses globes oculaires et le ficela par les pattes arrières à une branche basse. Puis après avoir fait une entaille à un endroit stratégique, il tira sur la peau du lapin qui glissa toute seule. C'était comme enlever sa robe à une fille, sauf que c'était plus ou moins appétissant selon qu'on se plaçait du point de vue de l'estomac ou d'une autre partie de l'anatomie. Kaneko éventra alors l'animal d'une jolie entaille allant de bas en haut et le vida de ses tripes - le repas de Niko était ainsi servi.

Tout absorbé dans ses réflexions sur la paisibilité du moment, il appréciait les gazouillis des oiseaux, le chant du vent dans les arbres, la course limpide de l'eau du ruisseau, la détonation discrète en amont... ... La détonation discrète ?! Il leva la tête vers les hauteurs et tendit l'oreille.

-"Daiki... ?" interpella-t-il, en attendant de mieux identifier la source des gravillonnements suspects, quitte à poursuivre avec un désolant "non, rien." Sauf que ce n'était pas rien, à en croire les ricochets de cailloux de plus en plus gros que son ouïe affûtée détectait.

-"Tu vas devoir écourter ta sieste, parce que... EBOULEMENT !!!"

Associant le geste à l'avertissement oral, il sauta de côté et évita juste à temps une chute de pierres qui brisa les branches de l'arbre près duquel il était, emportant leur futur repas. Une véritable averse de roche s'abattit sur leur désormais ancien coin de tranquillité et des rochers tels des grêlons de cinq tonnes commençaient à leur tomber dessus. Kaneko dut user de toute son agilité pour éviter de finir écrasé, et il parvint à se mettre hors de danger.

Mais il vit une petite forme noire immobile, prostrée parce qu'elle ne savait pas de quel côté elle pouvait le mieux échapper au danger. En deux foulées, Kaneko se lança vers son chat, le choppa par la peau du cou et l'écarta une demi-seconde avant qu'un bloc de pierre de la taille d'un homme ne s'écrase à l'emplacement qu'occupait le félin. Si Niko possédait neuf vies, il avait bien failli toutes les perdre d'un coup.

L'éboulement n'était pas terminé pour autant. Kaneko devait se mettre à nouveau à l'abri, mais en sautant en arrière il percuta un bloc énorme tombé juste avant, et en aperçut un autre qui se dirigeait droit sur lui. Il était bloqué.

C'est fou tout ce à quoi l'esprit humain peut penser quand il est sur le point de cesser d'exister. En l'occurence, plusieurs idées traversèrent celui de Kaneko Hige. Il eut d'abord une vision d'une tombe au milieu du cimetière du village portant l'inscirption "Ci-gît le nekonin d'Iwa, Kaneko Hige : mort pour sauver son chat", puis il se demanda bêtement qui de lui ou de Daiki avait le parchemin, avant d'espérer que son coéquipier s'en était sorti, lui. Sa dernière pensée fut pour Ayane, qu'il imagina lui tendant la main.

Et il ferma les yeux.


Iwa

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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Ven 21 Aoû - 5:28

Et il ferma les yeux, parce que malgré tout, il fallait savoir apprécier l'instant présent. C'était vrai, rien n'assurait la quiétude présente, rien ne jurait que ce serait toujours aussi simple, rien ne promettait qu'il puisse avoir à nouveau une occasion de se détendre. Et tandis que la providence lui accordait un peu de répit, Etsu s'allongeait dans l'herbe, après avoir délacé ses waraji, remonté son hakama, puis mit les pieds dans l'eau.
C'était avec un grand – tout est relatif – sourire qu'il s'étalait de tout son long sous un ciel de plus en plus sombre et orangé. Il perdit très vite l'envie de se demander pourquoi Kaneko avait tenté de le tuer avec la dépouille d'un lapin mort, pourquoi il avait continuellement besoin de l'emmerder, comment il faisait pour être toujours aussi chiant, comment il avait fait pour rester en vie aussi longtemps... Et se laissa donc emporter par le chant mélodieux du silence, des oiseaux, et de tous ces petits bruits de la nature, qui, sommes toutes, n'étaient propices qu'à l'ennui et au sommeil. En parlant d'ennui, en voilà un qui se manifesta à nouveau:

-"Daiki... ?"

A croire que ce type se complaisait à détruire toute forme de repos, tranquillité, bonheur, silence... Ah oui, le silence, c'était aussi le meilleur moment pour se retrouver en face à face avec soi-même, et visiblement, Kaneko n'appréciait pas ça, il fallait donc qu'il le comble, ce silence, histoire que le chaton chasseur ne se retrouve pas seul avec sa stupidité.

Etsu voulut lâcher un: « Mais la ferme ! », voire un: « Lâche-moi bordel ! », ou un: « Mais tu vas me foutre la paix ouais ? Ca te suffit pas de me mettre un lapin crevé sur la tête ?! », mais il avait trop mal au crâne pour crier, alors il se contenta d'un chuchotement personnel, résumant en sommes fort bien les trois répliques envisageables.

Il s'enfonçait dans l'herbe, détendant tous ses muscles, les cheveux perdus dans les brindilles, prés à retourner au pays ou rien ni personne ne pourrait venir gêner son envie de r-

-"Tu vas devoir écourter ta sieste, parce que... EBOULEMENT !!!"

Mais qu'est-ce qu'il disait cet abruti ? Était-ce encore un stratagème stupidement vicieux mis en place pour lui gâcher le peu de solitude qu'il avait difficilement acquis ? Était-ce une ruse pour lui jeter des cailloux au visage ? Était-ce un moyen peu loyal de lui mettre les tripes du lapin autour du cou... ? Etsu n'eut pas le temps de faire la liste complète des possibilités possibles et envisageables concernant le bienfondé de ce cri fort désagréable: des petits cailloux lui tombaient dessus. Enfin petits, ils étaient assez gros pour faire mal.

Sans trop comprendre ce qu'il se passait, il se redressa tout en protégeant sa tête des gravillons possiblement envoyés par Kaneko. Alors qu'il s'apprêtait à lâcher un juron innommable dont personne ne saurait trop donner définition, un énorme roc fit son apparition au sommet de la pente, le salua d'un rebond mal négocié et roula vers lui rapidement. Le chaton devait être rudement fort pour balancer des cailloux aussi gros... Mais il n'était déjà plus le temps des questions ; il fallait qu'il bouge, car cette fois, il ne pourrait pas prendre bêtement la caillasse dans la tête. Surtout que celle-ci faisait trois fois la taille de la sienne.

Son reflex fut de se propulser en arrière, usant chakra et force de la nature. Oui, parce qu'il se retrouva sur l'autre rive, de l'autre côté du petit ruisseau minuscule qui ralentirait très certainement la course rocheuse, et qui pourrait peut-être même la stopper nette.

Accroupi, il se releva doucement, les yeux biens ouverts sur le caillou qui finissait de zigzaguer sur la pente, soulevant motte de terre et herbes jaunes. Etsu s'apprêta alors à devoir esquiver, mais le rocher rebondit à nouveau, rebondit encore, encore, il rerebondit et rerebondit, histoire de faire monter le suspense à son paroxysme. Le pire, c'est qu'il passa miraculeusement au dessus du ruisseau, s'écrasa contre la montée de la rive sur laquelle était cambré Etsu, et roula en arrière dans la nid d'eau qui l'immobilisa après plusieurs oscillations. Et tout ça à deux mètres du jeune homme, franchement bien décidé à reculer d'une bonne dizaine de pas. Ce qu'il fit, en restant toutefois sur ses gardes, dos rond, bras courbés, doigts et mâchoire crispés, les sens en alerte...

Il était d'ailleurs tellement attentif - et remonté sur la pente -, qu'il put voir son idiot de coéquipier – qui venait quand même et d'une certaine façon de lui sauver la vie (même si Etsu ne se l'avouerait jamais) – esquiver une ribambelle de petites – grosses – roches bossues. Il salua contre son gré les performances acrobatiques de Kaneko qui, étrangement et pour une raison obscurément inconnue, se jeta sous les cailloux alors qu'il venait de se mettre à l'abri...

- … ?!

Ah oui ! Voilà une belle façon de voler au secours de son coéquipier ! Comme si froncer les sourcils et plisser les yeux aller le sauver de l'immense caillasse qui roulait dans sa direction. N'importe quoi.

Se murmurant quelques mots que lui même ne comprit pas, fixant l'homme et son chat pris au piège de la nature qui vengeait la mort d'un de ses lapins, Etsu plia les genoux et... Flashback ? Owi !

[« - Bon, je vois que tu y arrives finalement. Ça valait la peine d'attendre et de s'entraîner tous les jours.

- Fiou... il ne me reste plus qu'à trouver une stratégie pour utiliser ses fils à la perfection ! Hin hin hin hin...

Le rire diabolique du petit Etsu encore en phase d'entraînement intensif était le parfait exemple de l'existence d'une vraie vie, d'une vraie soif d'avenir, d'un véritable intérêt pour tout ce qui l'entourait, pour tout ce qu'il entreprenait, pour tout ce qu'il touchait. Surtout depuis qu'il avait réussi à faire circuler son chakra du vent dans sa corde à linge et qu'il pouvait couper proprement du papier avec ! Eh oui !

- Bon... Ça casse pas des briques encore, mais tu as acquis les bases, fit Saida en croisant les bras. N'oublies surtout pas ce que je t'ai dis avant cet exercice: ne te repose pas que sur ça. Ce n'est qu'un moyen détourné d'utiliser ton chakra en attendant que tu ar-

- Je vais pouvoir casser des briques avec cette technique ?!

Gros silence sur le terrain d'entraînement. Le grand homme aux cheveux longs et à la barbe hirsute soupira avant de fermer les yeux et de se pincer l'os nasal. Ce gosse était exaspérant.

- Ce n'est pas une tech-nique ! C'est un « outil », une « arme », rien de plus, rien de moins. Arrête de me regarder d'un air aussi idiot ! Je te l'ai dit cent fois ! Tiens d'ailleurs, puisque tu persistes dans ton infinie idiotie, je t'interdis de l'utiliser pour ton propre compte ! Ha ha !

C'est avec un air bien perplexe et stupide que Etsu entendit cette phrase. Phrase qu'il ne comprit pas d'ailleurs.

- Qu'est-ce que vous voulez dire Saida-sama ? J'ai appris cette technique, mais je peux pas l'utiliser ? C'est nul !

- T'es bête ou tu le fais exprès ?!

Lui filant une frappe sur la tête pour alléger ses nerfs d'une patience qui avait atteint ses limites, le maître expliqua une dernière fois à son élève qu'il ne s'agissait pas d'une technique mais d'une simple corde à linge chakra-ifiée. Ce que le jeune garçon contredit immédiatement: l'art de manier la corde à linge chakra-ifiée n'était pas simple ! Et aux vues de l'entraînement difficile qu'il venait difficilement d'essuyer, il conclut qu'il s'agissait d'une technique. A quoi Saida répondit par un grognement et par un autre coup crânien, avant de hurler sur l'entêtement absurde de son élève. Il finit par un :

- (…) c'est pour ça, et uniquement pour ça ! Ce n'était qu'un exercice ! Un exercice bon sang ! Tu comprends ?! Jamais t'auras besoin de ces bouts de ficelle si tu maîtrises ton affinité ! Actuellement, tu ne la maîtrises pas, alors il faut que tu t'entraînes, et cette ficelle t'aide à régulariser tes flux de chakra, d'accord ?! Tu me suis ?! Regarde-moi quand je te parle bordel ! Si tu l'utilises tout le temps, tout le temps, tout le temps, pour tout et pour rien, tu n'arriveras jamais à maîtriser plus qu'une misérable ficelle ! Alors, s'il te plait ! S'il te plait ! Ne l'utilises que si tu n'as pas d'autres choix !

- Mais pourquoi « que si j'ai pas d'autres choix »... ? Je peux pas l'utiliser en plus de mes techniques... ?

- Mais si ! Mais non ! Mais merde ! Évidemment que tu peux, surtout si c'est la seule chose que tu maîtrises bien ! Ce que je veux dire c'est que... tu ne dois pas te reposer là-dessus. Voilà, c'est assez clair, non ? Ne reste pas sur des acquis aussi simples ! Va plus loin !

- Mais en quoi m'interdire de l'utiliser pour mon propre compte c'est m'aider à progresser dans la voie de l'utilisation de mon affinité au fûuton ?

N'était-il pas mignon ? Tout jeune et déjà énervant.

Saida lui répondit par un bref grommellement avant de lui expliquer qu'il ne voulait pas que son protéger utiliser sa corde pour des fins personnelles futures, telles qu'attraper un verre sur la table, ouvrir une porte, couper le pain... Enfin, rien qui ne soit encore assez intéressant pour prolonger ce flashback inutile. »]

- Bordel de mer-...

Prononcer cette moitié de phrase lui fit un bien fou. Il put déserrer les dents durant une seconde et ainsi expirer et faire circuler le sang jusqu'à son cerveau.

Les bras croisés et pliés devant lui, les doigts aussi crispés que tout le reste de son corps en plein effort, il avait réussi à s'immiscer entre le roc et sa pâte à crêpe félidé, touchant l'un du bout des doigts – et c'était le terme exact – et s'appuyant sur l'autre pour le prot-... proté... protég-... Enfin, pour pouvoir agir !

Son bras puait le fûuton et sa main gauche était dénudée, laissant voir des fils tendus, accrochés à son poignet, partir et disparaître tout autour de la roche.

Le poids imposant de la caillasse gigantesque reposant entièrement sur le prolongement fin et crochus de ses fils, l'idée même de savoir qu'il avait ce poids sur les épaules, de se dire que s'il merdait dans l'utilisation de son chakra et dans la manipulation de son arme, il mourrait en compagnie de son pire ennemi et de son chat... le tout agrémenté d'un amas d'images, de cauchemars, de « si » et de scénarios plus pathétiques les uns que les autres firent considérablement monter la pression au sein de son système nerveux. Il essaya de respirer convenablement tout en continuant de forcer et d'alimenter son cordage en chakra, tout en essayant d'imaginer comment il pourrait se sortir – les sortir – de là, maintenant qu'il y était. D'ailleurs, il ne savait même pas pourquoi ni comment il s'était retrouvé là, le fait étant qu'il y était et qu'il devait s'en tirer - vivant si possible. Assurément, c'était le bordel dans sa tête. Il sentait les gouttes de sueur perler sur son front, les croûtes et les plaies rosâtres de son bras se déchirer, son chakra brûler les sentiers veineux qu'il empruntait, ces pierres pas décidées à arrêter de venir alourdir le poids de cette monumentale connerie de situation de merde !

Énervé, saoulé, fatigué, énervé, très énervé, il crispa les doigts tant qu'il put, essaya de les bouger et de dégager plus de chakra sur ses prises, pour finalement resserrer l'étreinte qu'il avait sur la roche, laquelle se fendit à peine. De pâles stries inutiles, représentatives de sa place en ce monde... Il souffla encore, libéra plus de chakra, faisant éclater ses cicatrices en même temps que l'aura bleuâtre sur ses fils vacillait. Il força de nouveau, un craquement sonore, et il lâchait tout.



La roche, aussi intacte qu'elle fut, s'écrasa sur les petites pierres qui s'étaient amoncelées derrière et autour d'eux. Elle bascula plusieurs fois, mimant de leur rouler dessus, mais décida finalement de se bloquer entre deux cailloux biens agencés. Etsu, quant à lui, la tête fumante, le bras dégoulinant, le mal partout, tituba quelques secondes avant de manquer s'écrouler sur le meuble de caillasse, sur lequel il préféra s'appuyer.

Chancelant au trois quart, l'esprit embrumé, choqué, il essaya de se diriger vers l'endroit où il avait balancé son sac, priant pour que ce dernier y soit encore.

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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Dim 23 Aoû - 17:48

Kaneko s'était résigné, bercé dans la certitude qu'il avait respiré son dernier bol d'air avant que le petit-déjeûner métaphorique de son existence soit débarrassée. Privé d'échappatoire, il avait serré Niko contre lui et attendu la fin. Enfin... son enveloppe corporelle, du moins. En esprit, il avait vu la main délicate d'Ayane qui l'invitait, souriante, à la rejoindre de l'autre côté, et il s'était vu tendre ses doigts pour tenter de la saisir. Ses dernières pensées avaient été consacrées aux platitudes de ce monde - sa mission, son coéquipier, son village - mais l'ultime image qu'il avait vu défiler était la seule qui était restée après que toutes les autres se soient envolées. Pendant un moment il avait été heureux de pouvoir la rejoindre, lui qui ne s'était rendu compte de son vivant que les moments passés avec elle étaient les meilleurs de son existence.

La vie était cruelle. Sans doute pour ça qu'elle lui permit de rouvrir les yeux, emmenant au loin le souvenir d'Ayane. Il n'était pas encore temps pour lui de la retrouver, c'était du moins ce qu'en avait décidé Daiki Etsu.

Il avait senti quelque chose comprimer son torse, puis son chat s'était débattu pour s'extirper de l'étreinte de son maître. Et ce qu'il avait pris pour le rocher s'avéra être finalement sn coéquipier, interposé entre lui et une mort certaine, qui luttait de tous ses muscles et qui avait déployé tout son chakra dans ses fils pour interrompre la chute de l'énorme roc. Il finit par le déspoer à terre, le danger n'était plus qu'un souvenir déjà lointain.

Quand son sauveur s'écarta enfin, le nekonin souffla tout l'air qu'il avait bloqué dans ses poumons en attendant la mort. Mais ce n'était pas le péril auquel il venait d'échapper qui le laissait sous le choc. Non, Kaneko Hige restait sur cette main que lui avait tendue Ayane. Une pure vision de son subconscient, il le savait, mais pendant ce bref instant de renoncement, il avait vraiment espérer pouvoir la revoir. Il en voulut presque à Daiki de l'avoir sauvé. Pourquoi la chose qu'il désirait plus que tout au monde lui avait échappé ? Il lui restait tout le reste, toutes ces choses qu'il n'avait jamais souhaitées. Maudissant l'existence, il tourna la tête vers son camarade titubant, exténué par l'effort suprême qu'il venait de fournir... pour le sauver, lui.

Ses réflexions inutiles, il les avait déjà eues de trop nombreuses fois par le passé, et elles s'étaient toujours avérées infructueuses. Les mêmes questions éternellement, et à chaque fois la même réponse, à savoir : pas de réponse. C'est le fait que ces questionnements revenaient tels une rengaine incessante, et qu'il y fut de fait trop habitué, qui lui permit de les oublier aussitôt pour se pencher sur le sort de Daiki Etsu.

Se redressant, il accourut juste à temps pour rattraper son ami au moment où celui-ci chancelait dangereusement, lui évitant une chute qu'il n'aurait pas mérité. S'attribuant le rôle de la béquille humaine, il porta Daiki jusqu'à la rivière, l'allongea et l'ausculta sommairement. Il était seulement très épuisé, hormis le sang qui semblait couler abondamment de chaque pore de son bras. Kaneko reconnut les séquelles de la mutilation causée par l'apparition de son épée de vent. Voyant comment il pouvait se torturer le corps, il comprit soudain pourquoi il paraissait être tout aussi torturé mentalement.

*Ce type ne s'épargne aucune souffrance. Je comprends mieux pourquoi il a du mal à supporter un tire-au-flanc comme moi...*

-"Ne bouge pas, je reviens tout de suite.Je vais te soigner ce bras, okay ?"

Laissant le corps de son ami étendu dans le peu d'herbe qui parsemait le bord du ruisseau, il courut vers le sac à dos du ninja blessé, lequel avait été miraculeusement épargné par l'éboulement. Le renversant pour le vider entièrement, il fouilla ensuite vigoureusement dans ses affaires. Quelqu'un dont le bras saigne régulièrement comme ça doit bien avoir des bandages ou des pansements dans son sac. Il finit par tomber sur ce qu'il cherchait à retourna promptement auprès de son malade.

-"Maintenant, ne bouge pas, je vais te refaire un bandage."

Il entoura avec précaution le bras de son équipier, ignorant tout des éventuelles remarques de ce dernier, tout concentré qu'il était dans sa tâche. Et aussi un peu absorbé par l'image encore trop récente qu'il avaut eue de sa défunte bien-aimée...

-"Voilà, maintenant évite de bouger ton bras pendant un moment, sinon l'hémorragie va redémarrer."

Il se laissa tomber en arrière pour s'affaler, appréciant enfin le calme qui les entourait à nouveau.

-"On a qu'a camper ici pour cette nuit. Il y a peu de chances qu'un éboulement ait lieu une deuxième fois au même endroit. Et au fait, Daiki... merci."

La nuit avait commencé à tomber sur les montagnes du Pays de la Terre, et Kaneko se dirigea vers son propre sac, qu'il ouvrit pour en sortir sa couverture. Puis il se roula dedans, Niko venant se blottir presque aussitôt contre lui, et contempla les étoiles qui ne tardaient pas à apparaitre dans le ciel. Peut-être Ayane en faisait-elle partie désormais. Il n'en doutait pas. Et en attendant de la retrouver un jour là-haut, il se rappela la promesse qu'il s'était faite à lui-même de protéger Iwa. Là-dessus il s'efforça de trouver le sommeil, en pensant à la route qui leur restait à parcourir...


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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Mar 25 Aoû - 2:36

Et tandis que la lune brillait innocemment au dessus de leurs têtes, que la poussière retombait doucement sur terre, que les grillons cricrissaient, Etsu restait hébété. Non pas qu'il fut durement choqué par l'effort surhumain qu'il venait de donner, mais si, un peu, quand même.
Allongé – affalé – sur son flanc droit, les bras lourdement posés devant lui, le bout des doigts trempés dans le ruisseau froid, le jeune homme ne dormait toujours pas. A vrai dire, il était comme paralysé dans le lit d'herbe sur lequel Kaneko l'avait déposé. Déposé ? Etsu n'en revenait toujours pas. En réalité, il ne savait pas vraiment pourquoi il avait agi et sauvé ce misérable, et n'arrivait pas à se trouver de raisons convenables. Là, il bloquait sur le « merci » qu'avait prononcé l'infini abruti après l'avoir soigneusement guéri. Enfin, « guéri », c'était un bien grand mot, Kaneko n'avait fait que penser ses petits bobos.

- C'est déjà beaucoup... murmura t-il à on ne sait trop qui. C'est même beaucoup trop...

C'est sur des paroles obscurément mystérieuses que le chuunin donna signe de vie à la nature obscurcie par la nuit qui, discrètement, se mit à faire du bruit.. pour lui :« Pourquoi tu l'as sauvé, calomnieux ? », lâcha soudain un brin d'herbe haineux. « Abruti, il voulait peut-être mourir ! », siffla un coup de vent, le faisant pâlir. « Ca ne t'a pas suffit toutes ces fois ? Il faut en plus que tu emmerdes jusqu'au dernier de tes camarades !? », cracha le ruisseau, la rage dans chacune de ses molécules d'eau.

Etsu déglutit et frémit, surpris :

- Que... quoi ?

« Crève ! », reprirent les éléments en cœur, ce qui finit de lui faire peur.

- Mes médicaments ne font déjà plus effet... ? C'est la merde assurée...

« Tout à fait. Mais la seule merde que je vois ici, elle s'appelle Dai- »

- Putain la ferme ! Je le sais !

« L'entendre une fois de plus ne devrait pas te déranger: c'est un juste châtiment, pour un tel enc- »

- Mais foutez moi la paix ! Je l'ai sauvé ! Cria t-il comme un pauvre demeuré.

Se lançant alors dans une joute d'insulte avec un brin d'herbe, le vent et un ruisseau, le jeune homme n'était pas prés de faire dodo, préférant délirer, halluciner, crier, parler, rigoler, questionner, raisonner, pleurer, divaguer, déraisonner, dérailler, chuchoter, jaspiner, grimacer, insulter, bouger, se retourner... Jusqu'au moment où :

- (…) Bon, ça ne sert à rien de parlez avec vous, vous n'existez pas ! Je vois pas pour quoi je me prends la tête avec vos conneries sans nom puisque je délire complètement ! Je le sais, je le sais ! Je le sais, alors pourquoi je vous parle ?Pour quoi ? Vous pouvez me le dire ça, hein ? Au lieu de me re-balancer indéfiniment toutes mes ignominies à la gueule ? Non ? Vous pouvez pas, bien sûr, vous ne savez pas parler ! D'accord ? Alors la ferme !

Il posa une ultime fois ses petits yeux brillants de fatigue sur ses trois animations hallucinées, et avant de s'écorcher les oreilles à les entendre répliquer, il se leva difficilement et finalisa:

- Voilààà-à, vous avez gagné ! Je vais m'en reprendre une ! Une bonne dose, une vraie ! Une qui va me faire planer toute la nuit, mmmh, la bonne dose ! C'est qui l'abruti qui va se shooter, c'est qui ? C'est Daiki ! Et vi !

Mimant un air « happy », il remonta la pente en maudissant l'éternel et sa vie « pourrie de merde qui faisait chier » avant de se laisser tomber au sol, lourdement et maladroitement, gémissant devant son sac déballé.

- 'manquerait plus que l'autre abruti apparaisse.

Continuant de déblatérer un flot de paroles insensées, il finit d'éparpiller ses affaires pour trouver la boîte de cachets sacrés. Lorsqu'il la trouva, il hésita à crier un vulgaire et irrespectueux « Hourra ! », quand ses yeux tombèrent sur la forme sombre de son coéquipier endormi. Là, il sourit - tristement certes, mais il sourit -, ses comprimés dans la main, il goba le tout goulument, faisant fi des blablas de la nuit, déjà tout content.

La seconde d'après, tout était redevenu normal: plus de brin d'herbe haineux, plus de vent mauvais parleur, plus de ruisseau agressif – et a fortiori, plus de rimes pourries. Le calme plat. Il fixa quelques secondes la silhouette de Kaneko, puis, s'interdisant de réfléchir à une heure aussi tardive,rangea ses affaires silencieusement, calmement. Après quoi il alla s'adosser au rocher qui lui avait valu son bras, chercha les piètres stries, puis regarda Kaneko. Là, il se remémora toutes les fois où il avait été confronté à ce curieux personnage fort énervant ; qu'il s'agisse du jour où il avait perdu sa conscience, de celui où il s'était fait lâchement abandonner dans un labyrinthe merdique, de leur soirée bourrés dont il ne se souvenait plus la fin, de leur entraînement aux coups meurtriers mal placés, de leur équipe...

- …

Appuyant la tête à la grosse caillasse, il fixa le ciel étoilé, l'esprit perdu, inquiet ; il se plut alors à penser qu'une force cosmique invisible et intouchable s'amusait à les lier l'un à l'autre, aussi différents fussent-ils...

- … et si je ne l'avais pas sauvé... ?

Et la brise légère de la montagne souffla, rafraichissante et douce, faisant voleter ses longs cheveux dans la nuit.
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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Mar 25 Aoû - 23:29

Cela faisait un moment que Kaneko essayait de trouver le sommeil. Pour être exact, il l'avait déjà trouvé mais il tentait d'y rester malgré un monologue étrange de Daiki. Celui-ci semblait se disputer violemment avec des interlocuteurs imaginaires. A un moment il coupa court à l'incartade fictive, et il proféra des propos étranges, parlant de "se shooter"...

Kaneko suivit à l'oreille les agissements de son équipier, et l'entendit farfouiller dans son sac à dos. Encore ces médicaments, sûrement les mêmes que ceux qu'il avait pris en quittant le village. Si on associait les médocs à la scène qui se serait déroulée sous ses yeux s'il les avait eu ouverts, on pouvait logiquement en conclure que... Daiki Etsu... était... ... fou ?

Ouvrant les yeux un moment, poussé par la surprise de cette révélation involontaire, il vit le pauvre ninja engloutir une poignée de comprimés. Mais le nekonin avait déjà refermé les yeux quand l'autre se mit à le fixer. D'ailleurs, à partir de cet instant il n'y eut plus aucun bruit, sauf pour l'ouïe affûtée de Kaneko Hige, qui entendit son ami se poser quelque part et réfléchir - du moins d'après l'absence de bruit que pouvait provoquer une réflexion intérieure.

-"… et si je ne l'avais pas sauvé... ?"

Kaneko rouvrit les yeux en entendant ça. Ainsi Daiki Etsu était une personne torturée à ce point-là ? Il ne pouvait pas laisser son sauveur se perdre dans des prises de tête inutiles. Quitte à donner l'impression de le prendre de haut, il osa une remarque.

-"Si tu ne m'avais pas sauvé, tu serais dans un état psychologique encore pire que maintenant."

Il marqua une pause et reprit.

-"Demain on passe la frontière du Pays du Feu. Ce sera la première fois que je quitte le pays depuis mon arrivée à Iwa, tu sais !... Repose-toi donc autant que tu le peux pour ce grand jour. Tu auras tout le loisir de te lancer dans toutes les réflexions que tu veux, et je te laisserai même marcher tout seul, si ça te chante. Mais pour l'instant, tu as largement mérité un sommeil paisible. Je te souhaite vraiment de bien dormir, Daiki Etsu."

Là-dessus, il serra son chat contre lui et essaya à nouveau de trouver le sommeil en s'imaginant mourir pour rejoindre Ayane...


Iwa

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MessageSujet: Re: [Mission B] Précaution diplomatique (2) Ven 18 Déc - 20:50

Locké et archivé le 18/12/09.


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[Mission B] Précaution diplomatique (2)

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