Goutte.
A son contact, la sombre silhouette adossée contre un pan de mur se borna à lever les yeux. En un rien de temps, le ciel s'était couvert d'une épaisse ouate grisâtre. Au loin, une large bande luminescente apparaissait puis disparaissait avec plus ou moins de force, provoquant de brusques grondements.
Goutte.
Subitement, les rues se vidaient. Plus de cris, de mots ou de harangues. On s'empressait de mettre à l'abri les quelques marchandises exposées sur les étals et l'on se réfugiait du mieux que l'on pouvait en attendant que l'orage daigne passer.
Goutte.
Une de plus. Le vent s'intensifiait. Les mains dans les poches, Hayate se remit lentement à marcher. Marcher. Le regard dans le vide. Sans but. Sans prendre garde à rien ni personne.
« He toi ! »
La jeune fille tourna brièvement la tête à cette apostrophe pour le moins antipathique. Du moins le ton n’avait rien d’amical et les yeux du vieillard qui en était responsable lançaient des éclairs. « T’pourrais pas faire plus attention quand tu marches ?? » Ah c’était donc cela…. Encore un qu’elle avait bousculé malencontreusement….sans ronchonner, elle ramassa la canne du vieil homme et la lui tendit : « Désolée… »
Les mains du vieillard s’abattirent sur l’objet telles les serres d’un rapace et l’entendit tempêter contre la jeunesse de Konoha alors qu’il s’éloignait en tremblotant. Mais quelle importance ? Depuis son réveil de l’hôpital, plus rien n’avait d’importance…
A vrai dire, tout était flou, confus en elle et il lui avait fallu plusieurs jours avant de pouvoir retrouver les pièces manquantes à son puzzle. Et encore, de gros blancs subsistaient. Coma. Apparemment, elle en avait été victime un bon bout de temps. Lorsqu’on avait retrouvé son corps inerte dans la forêt après la bataille, elle était couverte de sang, de boue, dans un trou, avec à quelques centimètres d’elle un corps lacéré ce qu’elle n’arrivait pas à capter : et sa paralysie alors ? Car elle s’en souvenait parfaitement, de ce poison qui l’avait empêché d’effectuer le moindre mouvement. De sa colère et de son épuisement aussi…berserk ? Pourquoi pas… après tout, les félins en danger de mort, n’hésitent pas à trancher la gorge à leurs adversaires…. Il y avait un deuxième sunajin dans le coin d’après les dires, mais il avait été intercepté par les shinobis qui l’avaient trouvée et embarquée d’urgence au camp. Son épaule dans un sale état, suppurait de toutes parts. Pas la pire des blessures si l’on comparait avec ceux qui se retrouvaient avec un bras en moins. Lors de sa chute, elle s’était aussi fracturé le poignet : aussi les médecins lui avaient-ils vivement conseillé d’éviter tout mouvement brusque.
Goutte.
Un songe c’est ça ? Un cauchemar ? Ce grand linge blanc sur un brancard chez elle, les pleurs de ses frères et sœurs, c’était une blague non ? La mort n’avait pas pu lui prendre son grand frère. Ce n’était pas possible. Ou alors c’était une erreur !
Paf. En un instant, elle se retrouva à terre. Un panier en osier qu’elle n’avait pas vu et sur lequel elle avait trébuché. Le ciel prenait à présent une teinte bleu-nuit : l’après-midi touchait à sa fin. Au bout d’une minute, elle finit par se mettre à genoux. Un crissement sur le sol attira son attention soudainement : tiens….des araignées…
Silence. Vide dans la tête. Un doigt qui s’approche de ces bestioles infectes… doucement. Doucement. Et puis, avec célérité, écrase. Une fois. Deux. Trois. Quatre. Cinq…
La nuit tombe. Le ciel gronde. La mort frappe.