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Des rats pour Oa

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MessageSujet: Des rats pour Oa Lun 10 Oct - 21:23

Suite de ceci.



Un mois était doucement passé sur le monde et sur la ferme fleurie. Si bien des choses avaient changé sur le continent, la paisible plaine en fleur était restée la même, hormis quelques bourgeons qui avaient éclos, les luttes quotidiennes entre les insectes et les oiseaux et le broutage deçà delà d'un cheval heureux de sa retraite, les fenêtres de la maison étaient toujours barricadées, la cour toujours encombrée de ses caisses et les habitants toujours aussi invisibles.

L'endroit était en apparence d'un calme olympien – takamagaharéen – et n'importe comment, n'importe qui aurait pu rêver de finir ses jours ici. Seulement, ce calme céleste n'était que d'apparence : une fois entré dans cette petite forteresse aux allures pittoresques on découvrait une pagaille sans merci, des cris censurés à droite, à gauche et le tout à cause d'un sale gamin qui galopait dans tous les sens. « Chien » était d'ailleurs le mot le plus approprié pour qualifier Zen et tous ceux qui partageaient sa vie aujourd'hui s'étaient accordés là-dessus, même Onoree qui était pourtant la gentillesse incarnée et qui ne se serait jamais permise d'insulter un enfant ; elle avait d'ailleurs choqué tout le monde en proposant de l'attacher au pied d'un meuble lorsqu'il avait été fouiller dans ses petites affaires.
Le petit vagabond prenait un malin plaisir à la rendre folle et chaque jour qui passait ne faisait qu'allonger le nombre de ceux qu'il lui restait à subir pour laver ses péchés... Enfin, pour l'instant, c'était surtout Onoree qui subissait puisque le Chien n'était même pas réceptif à ses enseignements shintoïstes. Du coup, la jeune femme montrait de moins en moins d'entrain et de plus en plus l'envie de retourner dans son village d'origine, loin de ce sale gosse abruti, loin de la vraie vie, loin de Etsu. Celui-là avait dû se montrer très attentionné, très doux et surtout très entreprenant pour que la demoiselle reste parmi eux. Et elle était restée. Il maudirait certainement ce jour toute sa vie ; jamais Daiki Etsu ne s'amourachait – ni même ne faisait croire qu'il s'amourachait ! - d'un être humain et les gestes affectifs d'Onoree qui avaient suivi l'avaient rendu nauséeux pendant une bonne partie du mois. Mais elle était restée ! Et c'est tout ce qui comptait, s'était-il dit pour se donner bonne conscience ; il avait fait ça pour la réussite de son plan.

Ce plan était d'ailleurs en bonne marche ; le laboratoire avait été monté, directement dans la chambre close du docteur où Etsu passait la majorité de son temps pour éviter les mignardises de la prêtresse, qui, elle, n'était pas autorisée à entrer. Oa était souvent là aussi – toujours -, il jouait à mélanger des substances les unes aux autres, histoire de garder la main.

Ils y étaient encore aujourd'hui, l'un tapi dans un coin de la pièce, l'autre en train de s'amuser avec son verre doseur. Etsu lisait attentivement une missive tout droit venue de l'ile principale de l'archipel en grattant minutieusement la balafre sur sa joue. C'était une lettre de Nayu, le propriétaire de la maison dans laquelle il s'était invité, qui l'informait qu'il devrait rester encore quelques temps sur Kiri à cause - entre autres raisons – du trafic maritime pas tout à fait rétabli. Il l'informait au passage de la situation du monde, de la guerre terminée, de la victoire écrasante des forces Kirijin, de l'imbécilité totale des fleuristes des iles de l'est et qu'il fallait commencer à trier les spiree. Etsu accueillit ces nouvelles avec une joie non dissimulée : l'absence prolongée de Nayu lui permettrait de commencer sérieusement les choses avec Oa et ce en toute tranquillité ; des ninja s'étaient encore entre-tués pour des histoires plus idiotes les unes que les autres - et il se trouvait par le plus grand des hasards du côté des gagnants ! - et les spiree n'avaient pas encore tout à fait fini de pousser. En sommes : tout allait bien dans le meilleur de monde.

Jusqu'à ce qu'il se lève et ne commence à parler avec Oa. Ce dernier lui annonça que pour commencer à travailler il lui fallait des... cobayes. Le ronin fût très surpris par sa requête et lui offrit des yeux effarés.


- Mais... Vous en avez déjà, lui précisa-t-il calmement, ce qui rendit le docteur aussi idiot que lui.

- Ah ? Où ça ? J'ai pas vu de rats. Vous avez fait venir des rats ?

- Des... rats... ? Qui a parlé de rat ? Je vous parle de Zen ! Vous pouvez bien faire toutes vos petites manipulations foireuses sur lui, non ? Il est là pour ça, lâcha Etsu le plus sérieusement du monde, sans même un cillement des yeux, comme s'il était question de la vie d'un simple chien. Oa cilla plusieurs fois, lui, preuve que malgré tout il avait une éthique et une morale.

- Vous... vous rigolez, hein ? Une seconde plongée dans l'ocre des yeux de son vis-à-vis suffit à lui faire comprendre qu'il ne rigolait pas et que, visiblement, tout ceci tombait sous le sens. C'était d'une logique implacable, à ses yeux. Bien... Ok... Mais... Enfin... Dai-sam-

- Dai-san, rectifia l'intéressé.

- Dai-san... Je... je ne peux pas faire ça. C'est un enfant ! Un tout petit enfant ! Et... et on joue avec la mort, vous voyez ? Les rats, c'est bien. Oui, c'est très bien pour jouer.

Etsu le jugea en silence et haussa finalement les épaules avant de lâcher un : « De toute façon, tôt ou tard, il faudra bien faire quelque chose de lui » qui rassura à peine le docteur qui prit ensuite sa veste, bien décidé à aller chercher ses rats.

- Restez-ici, j'y envoie Raku, fit simplement Etsu, qui se préparait déjà à passer le reste de la journée enfermé, à l'abri des papouilles d'Onoree et de ses suggestions malsaines. Mais, à son grand dam, Oa refusa, se justifia d'une envie de voir autre chose que les quatre murs de la maison et l'invita, lui, à sortir dans le monde, là-bas, dehors. Etsu refusa, bien entendu, mais le docteur avait déjà ouvert la porte lorsqu'il proposait la chose et Zen, suivit de Onoree, était sur le pallier, panier en main et apprêté. Ils lui offrirent tout deux des sourires obligeant. Il refusa encore et appela Raku. Ils lui sautèrent dessus.
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MessageSujet: Re: Des rats pour Oa Jeu 20 Oct - 2:25

C'est les bras attachés à ceux d'Onoree et de Zen que Etsu se retrouva embarqué dans un nouveau périple, loin, très loin de la tranquille solitude de ses fantasmes. Il détestait les gens, il détestait la foule, il détestait la ville, il détestait le monde entier. Mais il détestait encore plus les sentiers qui le parsemaient et qui conduisaient indubitablement dans les trous bondés de ces... Hommes. D'une façon assez ironique, c'était aussi dans ces trous qu'on trouvait les rats.

Oa en tête de file dressait soigneusement la liste précise de ce qu'il lui fallait. Onoree sifflotait en contemplant le paysage d'un air satisfait, Zen tapotait nonchalamment l'encolure du cheval et Etsu... Etsu se demandait ce qu'il faisait là.


- Qu'est-ce qu'il fait là ? Demanda-t-il alors.

- Qui ? Dai' ?

- Dai-san, rectifia le ronin. Et je parlais de cette bête, fit-il en désignant le cheval du menton, faute de main libre.

- C'est pas « bête », rectifia à son tour le gamin, c'est Dai'. Daizenonoaku. C'est comme ça que je l'aie appelé ! Avec tous nos noms ! C'est une bonne idée, hein ?

Etsu le dévisagea en même temps que la tête chevaline. « Non », se dit-il intérieurement. C'était bel et bien une bête qui, dans ses projets, finissait les quatre fers en l'air, soumis aux expérimentations du Docteur, alors elle ne méritait pas de nom... à moins qu'il soit suivi d'un numéro : « Sujet numéro un » lui aurait très bien convenu selon Etsu mais Oa avait refusé sa proposition tout net. Il se détacha des mains de la prêtresse et s'aligna à la hauteur du blondinet.

- Vous êtes sûr que vous ne voulez pas faire vos premiers tests sur le cheval ?

- Daizenonoaku ! Rectifia Zen derrière eux.

- Sûr et certain, Dai-san.

- Vraiment ? Non... parce que... Enfin ! Il est gros. Si jamais vous ratiez votre coup, vous pourriez toujours continuer à bidouiller dans un autre coin, non ?

Oa lui offrit un regard très bizarre que Etsu soutint avec toute la dignité de ceux qui pensent mieux savoir que les experts. Il lui répondit qu'il lui fallait des rats, c'était mieux. Le ronin s'arrêta en pleine marche et commença à angoisser ; au loin se dressaient les premières maisons de la ville portuaire et... et il ne voulait vraiment pas y aller. Juste avant de partir, quand il s'accrochait aux montants de la porte d'entrée tandis qu'on le forçait à sortir, il avait été jusqu'à proposer d'être le cobaye. Ça n'avait pas marché non plus.

***


Après avoir laissé Daizenonoaku à l'écurie, la petite « famille » s'engouffra dans les rues escarpées de la ville avec pour guide le jeune Zen. Il connaissait le coin comme sa poche et les vendeurs d'étalages semblaient bien la connaître aussi : mainte fois ils avaient plongé la main dans son pantalon pour récupérer leurs biens, entre autres trucs dégoûtants. Etsu surveillait les alentours avec l'impression que les alentours le surveillaient en retour ; il se sentait épié – comme toujours mais plus que d'ordinaire – et épiait alors en adéquation.

- Rappelez-moi pourquoi on vient acheter des rats ici alors qu'il en court partout autour de la maison, demanda-t-il, déjà excédé. Le groupe s'arrêta devant une animalerie.

- Parce qu'ici ils sont élevés et conditionnés pour faire ce qu'ont veut en faire, lâcha Oa avant d'entrer.

« Comme n'importe quel abruti de la ville » répondit pour lui-même Etsu, posant ses yeux sur Zen. Ce dernier discutait vivement avec d'autres gamins, aussi sales et abandonnés que lui avant que Raku ne l'embarque loin de tout ça. Le môme avait bien fière allure maintenant à côté d'eux et il semblait se vanter d'avoir trouvé une famille lorsqu'il les désigna du doigt, lui et Onoree. Ça lui fit se rappeler que la jeune femme était toujours accrochée à son bras. Etsu la détacha et l'envoya fureter dans l'animalerie avant d'aller s'asseoir sur un rebord de pierre et d'espionner à son tour. Ses yeux s'arrêtèrent tout particulièrement sur la pancarte d'un étal... vide. C'était un stand de Freelancer avec pour slogan débile « Demandez-nous n'importe quoi, on le fera n'importe où » sous lequel brillait l'adresse d'un bureau. C'est à ce moment là que Oa et Onoree ressortirent de l'animalerie, les mains vides, et vinrent lui expliquer que les rats d'ici ne convenaient pas. Ils repartirent donc dans une nouvelle pérégrination, en quête du cobaye vigoureux qui saurait se démarquer de toute cette masse chétive qui constituait la population.
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