Reclus dans une grotte, le corps inerte d’Otoko était entouré de cinq petites coupelles de shochu en feu. Son âme s’était dissociée
(1) depuis une bonne heure à présent et seule son enveloppe charnelle résidait encore en ce lieu isolé. Volant au dessus des terres, il fit voyager son esprit jusqu’au Pays de la Cascade, plus précisément dans le petit village de Kakurenbou wo Suru, celui-là même où il s’arrêta il y a plusieurs mois et où il découvrit l’existence d’un mouvement rebelle Kirijin.
Assis dans les airs, au dessus du chemin menant jusqu’à la maison de la matriarche du village : Rouju, Otoko’ patientait. Il attendait la venue d’une personne différente des paysans, une silhouette à l’allure plus subtile, plus
ninjesque, un membre du Jitsu no Dairinin.
- Toi aussi t’es mort ? L’âme d’une petite fille s’était assise à ses côtés, dans ce mirador imaginaire. Balançant ses jambes dans le vide, elle le fixait, un large sourire sur le visage.
- Non, pas encore, lui répondit-il simplement. Mais la moue perplexe de l’enfant lui arracha quelques explications,
si je le souhaite, je peux retourner dans mon corps.- Comment ? - Grâce à une technique. Je me suis échappé de mon corps pour un court instant seulement.- Pourquoi ?- Parce que je dois retrouver quelqu’un.- Je peux t’aider ? Demanda-t-elle naturellement. La naïveté des enfants leur conférait une franchise qu’Otoko’ appréciait.
- Bien sûr ! Je cherche un ninja.- Ah j’en connais moi ! Ma sœur en a aidé récemment. La petite était prise d’une véritable euphorie, elle pouvait aider, en était consciente et l’affichait sans complexe.
- Qui est ta sœur ?- C’est Rouju ! Déclara-t-elle en pointant du doigt la maison de la matriarche. Ainsi, la chef du village avait eu une sœur, morte très jeune. L’enfant l’invita à la suivre et virevolta en rigolant jusqu’à une cascade, non loin du village.
Tes amis sont là, derrière l’eau. Otoko’ la remercia sincèrement de son aide précieuse puis elle disparut, dans un nouvel éclat de rire enfantin. Il mémorisa l’entrée du repère et retourna jusqu’à son corps.
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Son masque d’Oni sur le visage et le bâton d’obsidienne dans la main, le Noir s’était rendu face à la cascade, physiquement cette fois. Il avait déjà ressenti trois paires d’yeux fixés sur lui depuis un petit moment, nul doute que d’autres personnes --plus aptes à dissimuler leur présence-- le surveillaient également. Droit, immobile, Otoko’ ne souhaitait pas traverser la cascade avant qu’on ne l’y invite, affichant clairement une attitude inoffensive à l’encontre des résistants, ce qui dénotait quelque peu avec son masque démoniaque.
- Chocho Namida ! Hurla-t-il dans l’espoir que le bruit de la cataracte n’étouffe pas sa voix. Quand bien même ce serait le cas, des ordres avaient dû être donnés depuis qu’il s’était approché du repère, le Papillon ou l’un de ses sbires viendrait à sa rencontre, tôt ou tard.
(1) Technique Fumetsu no Shochu