Chronologiquement : peu après la quête du sceau.
Voilà deux jours que le dernier groupe était passé pour le parchemin. Deux jours durant lesquels le vieux à l’entrée de la cabane se contenta d’attendre silencieusement que les heures s’écoulent. Sa peau se déchira alors pour dévoiler le visage de l’ancien Iwajin, qui, persuadé de ne croiser aucun nouvel aventurier, laissa sa réelle apparence inchangée
(1). Quittant sa chaise, Otoko’ pénétra dans la bâtisse, ouvrit la trappe et progressa vers la salle du parchemin.
Maintenant que le leurre n’y était plus, les choses sérieuses
(2) pouvaient commencer. Il disposa cinq notes autour du piédestal central et apposa sa main là où le parchemin de puissance se trouvait quarante-huit heures auparavant ; l’ex-Kage fit circuler son chakra sur le sol pour en modifier le relief et créa des formes telles qu’elles étaient décrites dans les trois premiers tomes du Gokan
(3).
Peintes par un pinceau invisible, les spirales naissaient tout autour du Noir ; les arabesques ne décrivaient aucune forme particulière, se contentant d’apparaître là où le chakra d’Otoko’ passait. Et lorsque toutes les courbes furent dessinées, un claquement aigu retentit dans la salle, la plongeant par la même occasion dans un épais nuage de poussière à l’odeur de terre ; le sifflement de l’explosion continua de résonner dans la tête de l’exilé.
La vue, l’odorat et l’ouïe ne lui étaient plus d’aucun secours à présent, il lui faudrait progresser à tâtons vers le reliquaire. Conscient que les marques au sol étaient plus qu’un simple sceau d’activation, il monta sur le relief partant du centre et marcha en équilibre dessus. Aucune discontinuité sur le dessin. Aucun obstacle à son avancée.
Lorsqu’il arriva au bout du tracé, les acouphènes tout comme la fumée s’étaient dissipés, le laissant apercevoir un escalier en colimaçon -inexistant à son arrivée- qui, contre toute attente, montait. Au prix d’une longue ascension, Otoko’ déboucha finalement sur une cour étonnamment large. Délimitée par un haut mur de roche, la place n’offrait qu’une seule silhouette assise en tailleur à l’opposé de l’entrée, dans l’ombre du muret.
Respectant la méditation de l’inconnu, le Noir s’assit en silence à quelques pas de lui ; prenant la même posture que ce vieillard, il se contenta de le détailler. Revêtant des habits ternis par le temps, l’homme semblait siéger ici depuis des lustres ; sa longue barbe s’enroulant entre ses jambes en témoignait. Face à l’immobilité totale du vieille homme, Otoko’ crut un instant avoir à faire à une statue… mais la dite
statue le pointa d’un doigt long et squelettique dont l’ongle démesuré accentuait son côté chétif. Cette
griffe accusatrice scintilla un court instant avant de redescendre sur le genou de l’inconnu ; sans contact, cette passe déchira la bretelle servant à soutenir le bâton d’Otoko et le désarma. Le
message était clair et l’ex-Iwajin ôta sa veste pour retirer toutes les autres armes qu’il possédait, ses trois petites fioles du Kaisou no Shochu y comprises.
À présent « nu », il s’agenouilla puis s’inclina respectueusement face à celui qu’il cherchait : Kanshoku
(4) ; d’un mouvement de main il fut invité à se relever. Affichant un sourire malicieux, l’homme devina la question que se posait intérieurement Otoko’.
- Tout est ici, répondit-il alors en tapotant son crâne du doigt.
- Pourquoi ne jamais avoir écrit votre tome ?- Je n’aurais jamais rencontré ceux qui reprendraient notre fardeau.- Et si personne n’était venu ?- Mais tu es là toi, rétorqua-t-il simplement avant de se lever.
Kanshoku était aussi grand qu’Otoko’, peut-être même plus. Un corps décharné camouflé derrière un dogi et un hakama
(5) fanés par les âges, l’un des derniers vestiges d’un passé lointain, le reliquaire d’un savoir oublié.
Il était à sa hauteur à présent et le dépassait d’une demi-tête.
- Qui es-tu ? Murmura-t-il. La question, aussi simple qu’inattendue s’accompagna d’un
regard sondeur ; les paupières closes de Kanshoku le fixaient et accentuaient le malaise. Rares étaient ceux qui pouvaient faire fléchir Otoko’
(6) et cet ermite en faisait partie ; nul doute que la puissance de cet homme dépassait de loin tout entendement.
- Vous l’avez su au moment où j’ai posé ma main sur le piédestal, tout à l’heure, répondit finalement le Noir. Lorsqu’il modifia le relief du terrain dans la salle principale, il sentit une partie de son chakra lui échapper, mais ce n’était que maintenant qu’il en comprenait la raison ; ce pouvoir absorbé permit à l’ermite de sonder le passé d’Otoko’. Kanshoku sourit de nouveau.
- Tu as déjà commencé à payer le prix d’une pareille quête. Sache seulement que ça ne s’arrêtera jamais, le mit en garde le vieillard,
tu devras toujours faire des sacrifices, encore et encore.- C’facile pour lui, il n’a plus rien à faire. L’hallucination se manifesta subitement et attira l’attention de l’ermite.
- J’ai suffisamment fait à mon époque. La réponse laissa Otoko’ et Meimou
(7) interdits. Plus que la réponse, ce fut surtout le fait qu’il s’adressa directement à la vision… à l’impalpable, au purement imaginaire. Meimou ne resta médusé qu’un court instant avant de regagner de sa verve.
- J’avais oublié que tu pouvais me voir vieux débris(8), lâcha-t-il finalement pour Kanshoku avant de disparaître.
- Vous… v- vous vous connaissez !? Mais… c’est m- ma conscience ! Bafouilla Otoko’, ne comprenant strictement rien de ce qu’il venait de se passer.
- C’est la première fois que je le rencontre. Je suppose que tu auras ta réponse en temps voulu. Au fond, l’homme n’en savait pas beaucoup plus. Une petite idée, peut-être, mais rien de certain, alors il laissa l’aparté de côté et revint au sujet principal de la discussion.
- Tu t’engages sur une voie où ton passé n’a pas sa place.- J’efface mon passé peu à peu.- Rien ne s’efface définitivement. Poursuis ce que tu as commencé, je viendrai te voir lorsque tu seras prêt, conclut-il avant de retourner à sa méditation.
L’exilé récupéra ses affaires et quitta la cour. Loin d’être un jeu, sa quête n’était pourtant rien de plus qu’une succession de niveau à franchir ; et lorsqu’il atteindrait le dernier, alors tous comprendraient enfin.
(1) Technique de Henge parfait qui une fois lancée, dure 48heures.(2) Par rapport à lui.(3) Ceux de l’Odorat, de l’Ouïe et de la Vue.(4) Toto pensait tomber sur le livre, mais au final c’est directement face au « Toucher » qu’il tombe.(5) Dogi : « vêtement de pratique de la voie » et Hakama : pantalon large plissé. Vêtements que l’on retrouve dans certains arts martiaux.(6) Notamment parce qu’il s’en fou royalement.(7) Surnom donné à l’hallucination par Toto.(8) Cherchez pas, vous comprendrez bien plus tard.