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[Corrigé] Daiki Etsu

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MessageSujet: [Corrigé] Daiki Etsu Lun 11 Oct - 19:23

Ce n’est pas une mission mais une situation dans laquelle tu vas te retrouver. À toi d’en écrire la fin avant Dimanche soir.
Citation:
Nom de la mission :
Jacques a dit

Objectif :
Vous tombez sur une enfant étrange. Quoiqu’elle vous demande, vous le faites.

Remarques :
La nuit, elle disparaît. Et revient vous voir au petit matin.

Aide :
Il n’y a pas de jacques dans cette histoire. *sbaf*



Dernière édition par Otokonohito le Mer 27 Oct - 13:26, édité 2 fois


Nukenin

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Nindô: Le temps des assertions est révolu, me voici dans l'ère où l'on impose.


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MessageSujet: Re: [Corrigé] Daiki Etsu Jeu 14 Oct - 22:50

???1



Etsu traînait dans le coin depuis quelques heures et il en avait déjà fait le tour. L'endroit ressemblait à une plaine calcinée par un soleil absent, sans arbre ni rien d'autre pour cassé la continuité de l'horizon ; le tout était habillé d'une brume sibylline et d'un bourdonnement incessant en guise de fond sonore.

Sitôt qu'il était arrivé, Etsu avait essayé de trouver la sortie de cette pampa d'autant plus inexplicable qu'il ne se souvenait pas y avoir un jour mis les pieds. Il avait donc parcouru quelques kilomètres avant de se rendre compte qu'il tournait en rond dans un décors qui ne cessait pas de se ressembler.

Fatigué de déambuler dans le vide, et avant même qu'il ne commence à insulter l'univers tout entier ainsi que chacune de ses particules2, ses yeux s'étaient posés sur un campement soigneusement établi et à première vue abandonné qui venait d'apparaître devant lui.

Sur ses gardes, la Kazeken déchainée et sans vraiment se demander comment ce bivouac était arrivé là sans qu'il ne s'en soit aperçu avant, il s'en était approché à pas de loup, avait zieuté l'intérieur de la tente, tâté les futon3 au demeurant très doux et avait fini par sentir la cendre froide révélatrice de l'absence prolongée des propriétaires.

Après quelques minutes d'observations intenses et de regards circulaires répétés, il avait coupé son épée des vents, secoué son bras4, et s'était finalement assis sur le premier futon présenté à son arrière-train.


D'ordinaire farouche, Etsu ne se serait jamais approché de ce camp aussi naturellement et n'aurait jamais été capable de faire l'inspection qu'il avait pourtant répété avec une expertise certaine ; il se serait habituellement contenté d'attendre que quelque chose se passe, caché dans le lointain, questions et folie appuyant la théorie d'un piège des quidams de la société ou bien celle d'un signe punitif de son kami5.
Il n'aurait pu expliquer pourquoi il avait pris l'initiative de s'approcher et d'examiner l'endroit sans même se poser de questions ; il n'aurait même pas été capable de dire d'où lui venaient ces connaissances en matière de survie ; le fait était qu'il s'était tout simplement senti attiré par ces beaux futon bien moelleux, qu'il avait senti toutes ses défiances s'envoler et qu'à la seconde même où il s'était persuadé qu'il n'y avait plus âme qui vive au pourtour, il s'était imaginé dormant dans cette tente confortable devant un feu crépitant et chaleureux.

Bon, certes Etsu omettait qu'il ne savait absolument pas faire de feu autrement qu'avec une brindille et deux cailloux - exactement ce qu'il manquait aux alentours -, mais cela n'enlevait rien à la belle image qu'il se faisait de son nouveau logis. Son esprit anxieux était littéralement inhibé par ce petit refuge qui lui faisait par la même occasion oublier les vraies et les bonnes questions existentielles qu'il se posait d'ordinaire toutes les heures : « Qu'est-ce que je fous ici ? » ; « C'est quoi ce merdier ? » ; « Qui a fait-ça ? », qu'il aurait été très intéressant de se poser ici car bien évidemment tout ceci n'avait rien de très naturel - ni de très vrai non plus.


Mais Etsu se moquait éperdument de répondre aux quand, où, pourquoi et comment ; il vivait dans l'instant et, pour l'instant, il était sur son futon.
Il était pressé de voir la nuit tomber, d'aller se lover dans le duvet de la tente pour combattre la fatigue qui était apparue en même temps que le bivouac ; aussi, lorsqu'il ferma les yeux le temps d'une micro-seconde, un clignement de paupière mécanique, la nuit était tombée. Immanquablement, il ne se rendit pas compte qu'en l'espace d'une micro-seconde seulement le ciel venait de faire un bond considérable dans le temps et qu'il était passé du « début d'après-midi tranquille » au « milieux de nuit noire » et il alla se coucher, naïvement.




1?????????????????????????????
(Oui, c'est fait exprès. Oui, vous comprendrez à la fin. Non, je ne le dirai pas maintenant.)
2Etsu a pris la mauvaise habitude d'accuser le monde entier quand quelque chose tourne mal pour lui.
3C'est un genre de matelas qui fait aussi office de sac de couchage.
4A chaque fois qu'il déclenche sa technique de l'épée des vents, il saigne. Voici donc une des techniques de lavage no jutsu qu'il a développé.
5En grand paranoïaque et shintoïste depuis peu, tout ce qui arrive à Etsu est soit un complot des hommes avides de la société avide, soit un piège orchestré par son kami pour le punir d'avoir tué des gens. Quoi qu'il en soit en définitive... C'est toujours quelque chose de dangereux qu'il vaut mieux éviter... Brrr !
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MessageSujet: Re: [Corrigé] Daiki Etsu Sam 16 Oct - 0:48

???



- (...)-ouer avec moi ?

Lorsque Etsu ouvrit les yeux, les bourdonnements intempestifs se refirent entendre et la lueur du ciel blanc se projeta instantanément sur la toile de sa tente. On était de nouveau passé d'une tranche de la nuit à celle de l'après-midi et ce sans s'embarrasser d'aucune transition.

***



Au moment de se réveiller, Etsu parût reprendre ses esprits et se demander enfin où il était ; évidemment, l'énergie qui régnait en maître sur cette terre abandonnée eut vite fait de balayer cette élucubration en même temps que la confusion du réveil, histoire de garder le plus longtemps possible cette petite âme dans son asile.

Etsu se traîna hors de la tente avec une paresse sans précédent, comme s'il lui avait manqué du sommeil, bien qu'en réalité c'était plutôt la volonté qui lui faisait défaut, et il se laissa lourdement tomber sur le futon le plus proche. Le soleil était toujours aussi absent de son ciel bas et la brume grumeleuse toujours aussi.... grumeleuse. Rien n'était venu perturber la léthargie de la poussière ; le décor était la réplique exacte de celui de la veille, comme paralysé à un instant précis de sa vie, se contentant d'alterner « jour » et « nuit », « nuit » et « jour » pour garder un minimum de concordance avec la réalité.
Mais Etsu ne pouvait évidemment pas s'en rendre compte, son esprit était aussi catatonique que l'atmosphère. Rien n'avait changé, à un détail près :

- Alors, tu joues ou quoi ? Répéta la petite voix sur le futon opposé.

Etsu leva un œil puis un second sur la petite bouille ronchonne qui lui tendait une poupée décoiffée et toute sale. Il prêta moins attention au jouet qu'à la voix de la fillette qui lui semblait tout à fait familière – et ce à juste titre puisque c'était elle qui l'avait réveillé un peu plus tôt.
Puis, et comme la demoiselle s'était levée et était venue lui poser la poupée dans la main - et de surcroît en soufflant -, il n'avait eu d'autre choix que de considérer la figurine.
Celle-ci représentait un personnage androgyne, sans forme particulière, avec de longs cheveux noirs de jais emmêlés dans une couette haute mal entretenue. La poupée portait son kimono de travers, ce qui laissait voir les différentes marques des sévices que les histoires dans lesquelles elle avait joué avaient laissé.

Le jeune homme s'était redressé en position assise sur son futon et scrutait avec une appétence presque malsaine le jouet de l'enfant ; sa tête lui rappelait quelque chose - ou plutôt quelqu'un - mais il était pour l'instant incapable de dire qui ou quoi.

De son côté, la petite fille était affairée à trier la centaine d'habits de poupée qui inondait littéralement son futon, avec une expertise et une méthodologie que seuls les enfants connaissent. Elle semblait se moquer éperdument de savoir à qui elle avait donné sa poupée fétiche, ou encore de savoir où elle était ; quoi de plus normal puisque dans cette pampa invraisemblable un esprit malin se jouait de la lucidité de ses hôtes.
Aussi, elle expliqua à Etsu quel était le rôle de son personnage dans le scénario qu'elle avait tiré de la poche son imagination débordante et elle lui donna une collection d'habits tous plus abîmés les uns que les autres, prétextant que la poupée était une martyr de la sienne.


Dernière édition par Daiki Etsu le Sam 16 Oct - 18:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Corrigé] Daiki Etsu Sam 16 Oct - 18:06

???



Etsu joua sans compter les heures1. Sa poupée volait au-dessus de la tente et retombait dans le trou que Panda – c'était le nom de la poupée de la fillette - avait malicieusement prévu à cet effet. Ensuite, Panda enterrait l'autre poupée en riant diaboliquement avant d'inviter toutes ses copines poupées à venir danser sur la prison de terre. S'en était suivi la résurrection de la poupée de Daiki, qui était sortie de terre pour se venger et décapiter toutes les copines de Panda. Panda avait pleuré de rage et s'était alors transformée en panda géant et avait dévoré la poupée de Daiki. Laquelle n'en était évidemment pas resté là, ça aurait été trop facile ; elle avait ensuite troué les intestin et estomac de Panda avec une épée magique qui lui sortait du bras2 et avait fini par éventrer son ennemie jurée. Après quoi la fillette avait râlé parce que Etsu n'avait pas suivi le scénario qui devait bien sûr offrir la victoire à Panda. S'en suivi alors une ellipse narrative qui conclut le petit caca nerveux de la gamine et qui emmena les deux poupées à l'hôpital où Panda avait miraculeusement survécu à ses perforations mortelles. Se succédèrent combats épiques et discours rhétoriques, vols planés au-dessus de la tente et postillons indispensables aux bruitages des super techniques des kami de la mort.


Etsu jouait sans se poser de questions ni opposer de résistance aux désirs de l'enfant. On l'a déjà dit, une force méconnue inhibait la lucidité des êtres prisonniers de la pampa, mais, et il fallait aussi le souligner, le caractère de la petite fille faisait aussi son petit effet et aurait calmé toutes les fortes têtes du coin - dont Etsu.
Ceci étant dit, les mésaventures de la poupée de Daiki ne le laissèrent pourtant pas indifférent. Plus le scénario avançait, plus les pressentiments et les « ça me rappelle quelque chose » s'entassaient dans sa tête sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus. Aussitôt que son esprit faisait « tilt », sa mémoire se déconnectait et il oubliait aussitôt ce qu'il venait de se passer. Par moment, il regardait même amèrement la petite fille s'amuser à torturer sa poupée, un goût de répugnance au fond de la gorge, et se laissait finalement reprendre par le jeu quand il fallait que sa poupée se défende.

***



Au bout d'un certain nombre de résurrections et de postillons, la petite fille laissa tout à coup tomber sa poupée, se releva et se frotta les yeux avant de bailler bruyamment. Aussitôt, la roue du temps s'enclencha et le ciel blanc passa au bleu marine. Etsu battit des paupières et se retrouva seul devant les flammes crépitantes du feu de camp3, sans plus aucune trace de la présence de la confrérie de poupée qui était pourtant encore là quelques secondes auparavant.
Les bourdonnements avaient cessé et la brume avait laissé place à une aurore australe sans autres couleurs que celles de la nuit.

Etsu resta idiot quelques instants, les yeux perdus dans les flammes. Il semblait prendre doucement conscience de toute l'étrangeté du monde dans lequel il était enfermé ; le sentiment de passer à côté de quelque chose qui était pourtant là mais qu'il ne pouvait pas voir naissait timidement au fond de sa tête et puis, sans qu'il n'ait le temps de le comprendre, tout fut balayé par une énorme sensation de fatigue. Il alla donc se coucher, en se grattant néanmoins le menton4.




1Littéralement : il n'y pas de soleil, donc pas d'évolution de la journée, donc pas d'heure, donc on peut pas les compter !
2Franchement... ça ne vous rappelle rien ?
3Oui, le feu s'est allumé. On ne sait pas comment, c'est tout bonnement magique (et fait exprès) !
4Depuis qu'il a une barbe (c-a-d depuis peu), Etsu a pris la mauvaise habitude de se gratter le menton quand quelque chose le turlupine. Ceci devrait dans un premier temps vous aider à replacer chronologiquement le rp ;-)
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MessageSujet: Re: [Corrigé] Daiki Etsu Dim 17 Oct - 1:47

???



Les lendemains matins qui suivirent se ressemblèrent incontestablement. Etsu était toujours réveillé par la voix aiguë de la petite fille qui se faisait toujours un plaisir d'organiser des journées dûment biens remplies aux activités et jeux indiscutables avant de disparaître sans laisser de traces aussitôt que la nuit succédait au milieu de journée.

Chaque matin, Etsu se traînait hors de sa tente avec une difficulté croissante, luttait contre les forces qui appelaient sa paresse et hésitait de plus en plus à se laisser tomber sur le premier futon venu.

Il était chaque fois un peu moins surpris de retrouver l'enfant en face de lui et commençait même à se souvenir de ce qu'elle lui avait fait faire la veille ; il commença petit à petit à lui poser des questions aux formes conventionnelles, comme par exemple lorsqu'il lui demanda si le trou qu'elle lui faisait creuser était assez profond, lorsqu'il lui demanda s'il devait aller plus vite lorsqu'il la portait sur son dos, lorsqu'il lui demanda si sa collection de crayons de couleurs était assez bien taillée, lorsqu'il lui demanda s'il avait rassemblé assez de perles pour faire son collier ou encore lorsqu'il lui demanda s'il ne lui tirait pas trop les cheveux lorsqu'il la coiffait.
En sommes, il commençait à reprendre un peu conscience de ce qu'il faisait, malgré qu'il était toujours incapable de se demander où et qui il était ; un échange commençait doucement à se faire entre les deux seuls êtres présents sur cette terre, bien que ça ne durait jamais très longtemps et que ça n'était jamais que très superficiel. Etsu n'était toujours pas redevenu l'asocial sans cœur qu'il était d'ordinaire et continuait donc à faire bêtement tout ce que la petite fille lui demandait.


***



Les choses devinrent plus intéressantes quand les questions de Etsu se firent moins pertinentes et que sa mémoire fût plus nette ainsi que ses pressentiments plus pesants.

Cela arriva au bout de ce qui devait être la cinquante-septième journée, alors que la jeune fille lui demandait de grimper à un pommier qui avait soudainement poussé aux abords du bivouac, comme tout un tas d'autres choses mystérieusement apparues selon les désirs de l'enfant et qui avaient aussitôt disparu une fois la nuit tombée.

Etsu escaladait donc le tronc d'arbre avec une adresse qu'il n'avait jamais eu jusqu'à présent et posa la question qui bouleverserait tous les plans du malin esprit.

- Eh, au fait ! Appela-t-il au travers des feuilles, tu t'appelles comment ?

La fillette avait le nez en l'air et observait le jeune homme grimper entre les branches quand il lui posa la question. Un air bizarre, relevant d'une appréhension qui venait de se justifier, traversa son visage et elle mit un temps avant de trouver sa réponse :

- Panda.

Etsu avait arrêté son ascension et s'était assis sur une grosse branche pour mieux voir son interlocutrice et, pour la première fois depuis qu'il l'avait rencontré, il la considéra réellement. « Panda, se répéta-t-il intérieurement, comme la poupée ».
La confrontation de leurs deux regards intrigués fût alors inévitable et, dans un éclair de lucidité, Etsu fit le lien entre ses premiers pressentiments, Panda et ses poupées.
Évidemment, sur le coup, Etsu ne parvint pas à réfléchir plus profondément et à faire un développement plus poussé ; il n'avait toujours pas les idées assez claires et cette petite – mais pas des moindres - information fut rapidement déplacée dans un recoin de sa mémoire. Il lui faudrait bien quelques semaines encore pour la faire ressurgir, finir d'assembler les morceaux et conforter ses sentiments ; lutter contre une force imperceptible n'était jamais ni très facile ni très rapide. Il sentait néanmoins qu'il commençait à se rapprocher du « ça me rappelle quelque chose » ; il avait en tout cas retrouvé un semblant de la volonté qui lui permettrait de poser réellement le doigt dessus.

De son côté, Panda avait détourné le regard et avait sauvé les apparences en pressant Etsu de poursuivre sa montée et d'attraper la pomme « 
là-bas, là-haut ! ». Elle, de son côté, venait de comprendre que son petit joujou ne resterait plus docile bien longtemps et que très bientôt ses questions se feraient bien plus nombreuses, bien trop précises et aborderaient des points très sensibles. Après tout, ça faisait un peu plus d'un mois-et-demi que Etsu était inconscient ; maintenant la vie voulait peut-être reprendre ses droits ?
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MessageSujet: Re: [Corrigé] Daiki Etsu Dim 17 Oct - 23:38

L'Inconscient au degré "Coma profond"1.



- Plus de bleu.

- Comment ça « plus de bleu » ? répéta Etsu en s'éloignant de la toile sur laquelle il était en train de peindre pour mieux en voir la totalité.

- Je te demande de mettre plus de bleu, tu mets plus de bleu, ordonna sèchement Panda.

- Je peux pas mettre « plus de bleu », 'y en a déjà partout, du bleu ! Y a que de ça, du bleu, du bleu, du bleu, du bleu... Là aussi du bleu... partout ! Répliqua-t-il en faisant de grands gestes exaspérés avec son pinceau plein de peinture bleue.

La fillette, qui était assise sur son futon habituel, planta un regard assassin sur Etsu et se fit alors reine du silence pendant cinq minutes.

Depuis plus d'une semaine déjà, Etsu avait du mal à réaliser ses souhaits sans poser de questions ou sans apporter de commentaire mal venu, comme il était présentement en train de le faire. Il discutait tout et sans arrêt. Panda commençait à en avoir marre et devenait de plus en plus sèche, froide, sévère, exigeante et susceptible. Elle se sentait de plus en plus comme une princesse obligée de se coltiner des sous-fifres abrutis et de moins en moins comme l'enfant à qui l'on cédait tout ; pire encore : elle se sentait adulte et avait l'impression d'avoir affaire à un gamin.


- Tu peux pas ou tu veux pas ? Demanda-t-elle pour voir si l'esprit de Etsu arrivait déjà à faire la différence entre pouvoir et vouloir2.

Le cerveau de Etsu resta un long moment figé sur cette question de laquelle il avait encore du mal à saisir toute la subtilité.
Il était vrai qu'au fil des jours, dans cette petite tête, tout un tas d'interrogations s'emmagasinaient, se chevauchaient, s'accouplaient, donnaient naissances à d'autres petites questions qui grandissaient et allaient à leur tour s'épingler sur le mur du « ça me rappelle quelque chose ».
Généralement, ce que Panda lui demandait de faire l'empêchait de trop réfléchir au pourquoi du comment il faisait telle ou telle chose ; mais plus la petite fille disparaissait et plus les nuits tombaient, plus il se disait que tout ici était bizarre, à commencer par les passages subits du jour à la nuit.


- Arrête de réfléchir et mets plus de bleu, conclut Panda qui voyait bien que son petit sous-fifre imbécile n'en finirait pas de chercher sa réponse.

Etsu se contenta de répondre un
« D'accord » timide et se remit à peindre le paysage bleu que lui avait demandé Panda. Comme d'habitude, il cessa réellement de réfléchir, comme elle le lui avait demandé, bien que cette fois-ci ça ne dura pas plus de vingt minutes. Il ne voulait décidément pas arrêter de réfléchir.

***



Il cogita, cogita, cogita et cogita encore toute la nuit, comme toutes les nuits qui avaient précédées. Il n'arrivait plus à s'arrêter de réfléchir et à se sortir l'image de Panda et de ses poupées de la tête. Il sentait, chaque matin en apercevant la petite fille, que tous les éléments étaient là mais qu'il lui manquait encore le manuel pour en trouver le sens.

Etsu se couchait chaque nuit de plus en plus tard et passait beaucoup de temps à rassembler ses idées, à essayer de se souvenir en détail de ce que Panda lui avait fait faire pendant la journée, à ce qu'elle lui avait dit, aux réflexions qu'elle lui avait faites...
Il avait toujours peur de perdre les idées qu'il mettait en place et en répétait inlassablement les mots clés ; ça l'aidait à lutter contre les appels de la fatigue qui gommait toujours des parties de sa mémoire.

Cette nuit-là, après que Panda se soit levée et ait déchiré la toile du tableau avant de partir, que la nuit soit tombée et que Etsu se fût de nouveau retrouvé seul devant le feu de camp, cette nuit-là donc, le mot clé qui résultat de sa longue réflexion fut « volonté ».
Il n'eut pas besoin de se le répéter beaucoup de fois, la première lui suffit à comprendre. Il comprit enfin qu'ici, la pampa, la nuit, le jour, le feu de camp, les jeux, la brume, que tout n'était qu'une histoire de volonté et Panda...


***



- Tu n'es plus au campement ? Demanda la petite voix furieuse de Panda qui venait d'apparaître juste en face de lui.

- Ah ! T'es là, Panda ! Je savais que je te trouverai avant que tu n'arrives. Je me suis dit que si je voulais te voir, je te ferai apparaître. Mais ça'a pas marché, alors je me suis dis que ma volonté n'était pas aussi forte que la tienne, tu sais ? Toi tu fais apparaître des trucs, tu changes le jour, la nuit, tout ça. J'ai compris. Alors je me suis dis qu'il fallait encore que je me déplace, tu vois, je me suis dis qu-

- Tais-toi !!! Hûrla-t-elle en le coupant. Sa voix s'était dédoublée dans un écho que toute la pampa transporta au travers de la brume. Les bourdonnements avaient cessé et Etsu s'était tu, comme elle le lui avait demandé.

- T'as rien compris, reprit-elle, tu ne fais que poser des questions tout le temps et me demander des trucs nuls tout le temps ! J'en ai marre ! Vous3 posez tous les mêmes questions tout le temps et moi j'en ai marre de répondre tout le temps ! Vous voulez toujours partir, jamais rester jouer avec moi ! J'en ai marre, marre, marre, marre, marre !!!!

Toute sa colère et sa peine parurent se déverser en ces mots dans le paysage qui se mit alors à trembler en même temps que sa fureur. Elle continua à crier sur Etsu et à vider son vase rempli de haine et de solitude que les années passées enfermées ici avait depuis longtemps fait déborder.

- A qui je vais poser mes questions moi !?!? Hein ?! A personne ! Personne n'est là pour me répondre à moi ! Alors ça suffit ! Pars ! Va-t'en ! Je veux plus te voir ! Je veux que tu partes d'ici !!!

Et comme la volonté de Panda était plus forte que la sienne, comme le poids des années passées enfermées ici à réfléchir l'avait rendu inébranlable et maître de ces lieux, les roues du temps se mirent en marche et Etsu disparut. Il eut d'abord l'impression de sentir le sol se liquéfier et l'engloutir et, lorsque sa tête bascula dangereusement en arrière, il crut voir Panda jeter une poupée qui lui ressemblait beaucoup.


***


Sommet du Mont Seisujinken.


Etsu ouvrit les yeux d'un coup. Il sentit l'air frais du sommet du Mont Seisujinken s'immiscer dans ses narines pour la première fois depuis trois mois d'inconscience et manqua alors de s'étouffer. Il se redressa d'un bond et haleta un long moment, les yeux exorbités et la main sur la poitrine ; tous les maux de son corps fatigué, affamé et vivant se jetèrent sur lui comme d'un seul sans lui laisser le temps de réaliser ce qu'il venait de lui arriver.





1TADAN ! \o/ Ce rp est à mettre en parallèle avec les trois derniers épisodes de "Toute une éducation à refaire... !"
2La volonté de Etsu était inhibée jusqu'à présent ; il faisait donc les choses que lui demandait Panda sans "le vouloir" et sans "ne pas le vouloir", inconsciemment. En lui posant cette question, elle a cherché à voir si Etsu redevenait conscient de sa capacité à vouloir faire ou ne pas faire (dur, dur la philosophie, je sais).
3Nous sommes donc dans l'inconscient au degré "coma profond". Il y a forcément d'autres personnes - hormis Etsu - qui ont atteint ce stade et que Panda a rencontré ; ce "vous" les comptabilise donc.
Invité



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MessageSujet: Re: [Corrigé] Daiki Etsu Mer 27 Oct - 13:26

Correcteurs : Ookami et moi.
Verdict : Admis !

Les avis sont dans ta boîte MP ;).


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