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Quarante-huit heures de réflexion

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MessageSujet: Quarante-huit heures de réflexion Mer 9 Juin - 20:36

Suite de > ceci <

« AAAAAH… »
Seul dans l’obscurité, Otoko’ hurla d’une voix inaudible, frappa de ses poings un sol inexistant. Déchaînant sa fureur et sa haine contre l’immatériel, l’impalpable. Un vrai sol lui aurait déjà déchiré la chair et broyé les os. Mais pas ici, pas en lui.

Seul dans ses pensées vidées de tout souvenir, il pleura. À genou, le front sur le sol, il ne prenait même plus la peine d’essuyer sa morve et sa bave ; un véritable déchet recroquevillé dans sa faiblesse qui ne lui inspirait que du dégoût, au point qu’il en vomit ses tripes. Spasmes après spasmes il se vidait l’estomac, jusqu’à régurgiter de la bile.

Il reprit connaissance dans un n-ième rejet. Allongé dans un lit, le buste légèrement tourné sur le côté, il constata que les vomissements imaginaires furent bien réels, le goût acide au fond de sa gorge tout comme la bassine pleine sur le sol l’attestaient fermement. S’extirpant de sa couette, il vit le bandage sur son poignet.

« Raté… »

Et comprit également où il se trouvait, pour y avoir déjà séjourné suite à l’attentat(1), quelques années plus tôt. Cette fois-ci pourtant, il n’y eut pas la même assemblée de hauts placés. Non. Seul Jae était présent, dormant dans un fauteuil à quelques pas du lit.

Lui ? Ici ? Cela faisait presque trois mois qu’ils ne s’étaient plus vus. Bien que surpris, au fond de lui Otoko’ fut satisfait de retrouver son plus vieil ami, à ses côtés.

Cette présence était amplement suffisante et le Kage se leva discrètement pour éviter une confrontation directe avec Papy Sake -qu’il perdrait à coup sûr. La main sur la poignée de la porte, il la pivota aussi discrètement que possible… pas assez apparemment.

- Tu comptes aller où comme ça, gamin ?

Gamin… depuis plus de quinze ans qu’ils se connaissaient maintenant, Jae n’avait employé que rarement cette appellation. Otoko’ savait ce que cela signifiait.

- Partout sauf ici.
- Alors tu abandonnes ?
- Abandonner quoi ?
- Le village.
- Je parlais de l’hôpital.
- Ne me mens pas ! Déclara le vieil homme, affichant clairement son impatience pour ce jeu en pareille situation.
- Laisse moi, siffla Otoko’, partageant l’impatience du vieux marchand.
- C’est bien ce que j’ai dis. Tu abandonnes.
- J’ai lu l’Hikkei(2), reprit-il immédiatement, d’un ton plus imposant, alors ne viens pas me donner des leçons sur quelque chose que tu as toi même faite !
- Je n’avais aucun village à gérer, moi. Répondit simplement Jae, utilisant le calme dont étaient dotées les personnes de son âge.
- J’emmerde ce village !! Cracha le Noir, la voix brisée, les larmes aux bords des yeux. La tristesse lui arrachait des termes qu’il ne pensait pas, Jae le savait.
- Alors il en est ainsi… tu fuis tes responsabilités.
- J’ai perdu ma femme et mon fils Jae ! Ma famille ! Des larmes roulèrent sur son visage.
- Et tu penses être le seul dans ce village ? Le vieux avait gagné, encore.

Le Kage se rassit sur le lit, en sanglots, attristé et dégoûté par son propre égocentrisme. Sans ajouter quoique ce fût, le vieil homme déposa une bouteille de Shochu sur le coin de la table et quitta la chambre d’hôpital. Il avait fait ce pourquoi il était venu : ouvrir les yeux du gamin et lui offrir une petite pause.

*
* *

Le regard fixe sur cette bouteille, Otoko’ se décida enfin à l’employer. Il ferma au préalable la porte pour que personne ne le dérange, versa un peu d’alcool dans une coupelle, partit chercher une allumette dans ses affaires et la craqua au dessus du récipient. Le nez dans les vapeurs d’alcool, psalmodiant des phrases incompréhensibles, il se transforma peu à peu en un jeune homme blanc d’une vingtaine d’années.

Shusen(3) était de retour.

Sous cette apparence, Otoko’ n’eut aucun mal à quitter l’hôpital puis le village, pour rejoindre les montagnes. Bloqué sous ces traits candides pour les prochaines quarante-huit heures, il réfléchirait à son avenir ici bas.


(1) attentat d’un toxico contre Toto où il perdit une partie de sa mobilité du bras et de la jambe gauche, à croire que seul ce côté prend cher xD. >cf. ce topic<
(2) C’est un livre des mémoires de Papy Sake. Il y raconte entre autre la perte de sa famille et son départ de l’endroit où il vivait. (cf. son bg)
(3)Shusen est le pseudo qu’a pris mon perso il y a quelques temps, sous un simple Henge (> voir ce topic <). Cette fois il utilise son Gaiken no Shochu pour se transformer parfaitement en cette même personne.


Nukenin

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MessageSujet: Re: Quarante-huit heures de réflexion Lun 14 Juin - 22:42

Sale, fiévreux et fatigué, le Noir marchait l’esprit vide, enfin presque…

- Tu sais où tu vas ?
- Non.
- Mais t’avances quand même ?
- Oui.
- C’est ridicule ! Tu le sais ça ?
- Je me passerai de la morale de ma propre conscience, d’accord ?.

Frustrée, l’illusion disparut non sans renâcler bruyamment. Otoko’ n’en eut cure et continua d’avancer.

*
* *

Les premières heures de sa transformation se consumèrent dans cette marche mollassonne, un rythme qui mena le Kage jusqu’au village de ses élèves. Il reconnut la taverne où il rencontra Akihiko pour la première fois(1), un souvenir qui aurait dû lui changer les idées mais il n’en fut rien. Bien au contraire, cela lui rappela simplement que ce jour là, il n’avait trouvé aucun remède pour sa femme.

« Si seulement… »

Il vit sa femme, allongée sur leur lit.

« Si seulement… »

Inerte, le regard dirigé vers lui. Ses yeux livides et pourtant si accusateur « pourquoi n’as-tu rien fait ? »

- J’ai essayé ! Nagisa ! Braya-t-il. La vision disparut pour laisser place à la terrasse de la taverne où plusieurs têtes le fixaient. Otoko’ retint une première envie de vomir, mais une nouvelle vision -cette fois-ci celle de son fils- lui ôta toute résistance alors qu’il s’attablait.

Le serveur sortit en toute hâte et nettoya la table sinistrée d’un joli lancé de seau d’eau. Shusen bénéficia également de ce lavage express… .

- Désolé, s’enquit de dire le serveur, gêné.
- ‘foiré…
- Pardon ?
- J’ai dis sake ! Rectifia Otoko. Encore mouillé, il se consola rapidement avec la bouteille d’alcool et en commanda une seconde, puis une troisième...

La soirée n’avait pas encore débutée que le Kage se trouvait déjà en condition, à parler avec d’autres ivrognes, ou ces propres illusions. Et lorsque vint le moment fatidique de l’addition : le vide, le désespoir, un moment de grande solitude envahit Otoko’ qui, dans son départ improvisé, se retrouvait sans le sous. C’est une petite voix fluette qui vint à son secours :
- Shusen-sensei ! Ca va faire un moment qu’on ne vous a plus vu !?
« Fubuki »

Cette épave qui leur enseignait à elle et ses deux camarades l’art ninja n’était pas en mesure de tenir une discussion, même insensée. Fubuki décida alors de le ramener chez elle pour la soirée, entre dégriser dans la rue ou dans un lit douillé, le choix était vite fait.

- Il y a un enseignement à tirer de cet… évènement, Sensei ?
- Oui ! Dans des grands gestes inappropriés à la situation, Shusen manqua de trébucher sur la marche devant l’entrée, ne jamais choisir un ivrogne comme sensei !

Il s’endormit avant d’atteindre le lit, et ronfla sur la parquet de la chambre le restant de la nuit.


(1)Akihiko est son élève, avec Hisaka et Fubuki. Cf l’éveillé (> ici <)


Nukenin

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MessageSujet: Re: Quarante-huit heures de réflexion Mer 16 Juin - 21:40

Emergeant d’un rêve dont il ne se souvenait déjà plus, Shusen resta inerte un certain temps, allongé sur le parquet d’une chambre. Les yeux rivés vers le plafond, il tenta de se remémorer comment il avait bien pu atterrir sous cette charpente inconnue. Mais en vain.

D’une voix rauque et plaintive, il se redressa et parcourut la pièce du regard. Il s’arrêta un instant sur le lit puis souffla, désespéré de s’être endormi à seulement deux mètres d’un matelas visiblement fort confortable. Puis il s’assit dessus, tant pour goûter ce confort que pour laisser passer cette soudaine migraine.

Maux de tête et bouche pâteuse, Otoko’ comprit sans trop se triturer le cerveau que sa consommation de la veille n’avait rien d’alimentaire… .

- ‘Chier… son haleine le lui confirma.

La porte s’ouvrit brusquement et laissa apparaître le minois de Fubuki. Au moins maintenant, il savait où il se trouvait.

- Bonjour Sensei ! Bien dormi ? Vous mangerez bien quelque chose ? J’ai prévenu Aki-kun et Hi-kun de votre présence, ils ne tarderont p… d’un bref signe de la main il fit comprendre à Fubuki qu’il était encore un peu tôt pour parler autant.

« Pipelette no jutsu, technique interdite qu’elle maîtrise à la perfection. »

- J’ai pas très faim, répondit-il simplement. Rien que l’idée de manger lui donnait des nausées. Et il valait mieux éviter de repeindre le parquet de son élève. Qui savait quelle autre technique interdite elle pouvait employer pour le torturer !? La jeune fille laissa son Sensei dans la chambre, respectant son désir de calme. Fubuki était loin d’être niaise, elle parlait trop, le savait et n’y pouvait rien, mais elle comprenait parfaitement que ça puisse être épuisant pour d’autres. Heureusement Akihiko et Hisaka la supportaient -ils ne seraient pas ses amis dans le cas contraire.

Lorsque justement les deux garçons arrivèrent, ils ne purent s’empêcher de s’asseoir aux côtés de Shusen et de le titiller en parlant comme Fubuki l’aurait fait.

« Monde ô combien cruel… »

- Je vous préviens, au prochain mot, je vous enterre jusqu’au cou… tous les trois !
- Eh ! Mais j’ai rien dis mo… la pauvre Fubuki n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’Otoko’ était déjà sur elle, les deux garçons sous ses bras. Le trio infernal ne comprit pas tout de suite ce qu’il leur arriva, et en quelques secondes, ils étaient déjà enterrés dans le jardin… jusqu’au cou.

- J’avais prévenu, se moqua Shusen, le doigt levé.
- Mais c’est inutile Sensei, commença à expliquer Hisaka, comme à chaque fois qu’il comprenait avant les autres, ça va pas nous empêcher de parler ! Conclut-il un large sourire aux lèvres, avant de se mettre à chanter, suivi immédiatement par ses deux camarades. Shusen’ souffla de désespoir et se rendit en ville, laissant ses élèves à leurs chansons.
- Eh ! Mais nous laissez pas là ! Shusen-sensei !! Protestation vaine de la part d’Akihiko, leur Sensei se trouvait déjà loin et ne leur adressa qu’un bref geste de la main en guise de réponse.


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MessageSujet: Re: Quarante-huit heures de réflexion Lun 12 Juil - 17:45

Navée, soja, nouilles fraîches... Shusen s'était rendu au marché -avec l'argent de Fubuki- en compagnie de son illusion qui prenait un malin plaisir à le questionner. Il y flâna pendant plusieurs heures, ignorant totalement sa conscience flottante et laissant ses élèves enterrés jusqu'au cou tout ce temps. "Ils apprendront la patience..." pensait-il. Mais ces jeunes débordaient d'inventivité.

En lieu et place de ses élèves, trois pancartes peintes grossièrement le fixaient. Avec un peu d'imagination, elles devaient probablement représenter Fubuki, Hisaka et Akihiko. Rectification : avec beaucoup... d'imagination.

- N'y pensez même pas vous deux ! déclara-t-il une fois de retour. La jeune fille et Aki' étaient perchés en haut d'un arbre, à l'affût.
- Il avait raison, dit la première, il nous a repéré, termina le second.
- Qui avait raison ? Le Sensei se retourna pour fixer les deux oisillons. Trop fatigué, il ne put qu'entendre un MOI !! puissant, juste derrière lui, avant de se faire percuter par une rafale de vent.
Les sacs explosèrent, la nourriture vola dans le jardin et Shusen recula sur plusieurs mètres. Hilares, les trois jeunes se ruèrent vers lui pour le relever et bien que sonné, Otoko' afficha un léger sourire.
- Tu viens de gaspiller ton propre argent Fubuki.
- Hein !?
Il pointa du doigt les différents morceaux de course, éparpillés çà et là. Et lorsqu'elle comprit enfin, les garçons rirent de plus belle.
- Le votre aussi vous deux, parce que vous nous payerez le repas. Cette fois les rires cessèrent. Le Sensei sortait encore victorieux "Héhé". Ils ne faisaient pas le poids face à quinze années de malice en plus.

*
* *

Malgré les protestations des deux jeunes hommes, Fubuki et Shusen se régalèrent des meilleurs plats -notamment les plus coûteux. Une fois à l'extérieur, ils cherchèrent un coin pour se poser -une heure ou deux- et s'allongèrent sur un coin d'herbe, légèrement à l'écart du village.

- Je vais devoir partir dans quelques heures, déclara Otoko' après plusieurs minutes de silence.
- Pour une mission ?
- Oui, répondit-il, sans d'autres explications que ce simple mot.
- Vous mentez, grogna Hisaka. Il avait bien remarqué quelque chose de différent, avant les autres comme toujours. Mais Shusen évita la remarque par une question.
- Cela va faire combien de temps que je vous enseigne maintenant ?
- Pas tout à fait un an.
- Ca passe vite.
- Mais ce n'est pas fini !?

Encore une fois, il laissa la remarque sans réponse. Il jeta un coup d'oeil à Hisaka, sans trop savoir pourquoi. Peut être s'était-il dit que ce gamin avait tout compris, qu'il interviendrait pour changer sa décision, mais il ne fallait pas lui en demander tant. "L'Eveillé reste un enfant avant tout", un jeune d'une quinzaine d'années qui avait su se hisser à un haut niveau en l'espace de douze mois, alors que d'autres piétiner à l'académie ou en mission pendant plusieurs années.

- On ne va plus vous revoir, fit enfin Hisoka. Mais ses intuitions le poussaient un peu trop loin de la réalité.
- Ce n'est pas exactement ça. Nous nous reverrons.
- Mais dans longtemps...
- Pourquoi !? Akihiko bondit pour se dresser à côté de son sensei, Pourquoi vous nous laissez ? Il nous reste des choses à apprendre.
- Oui, mais par vous mêmes. Certaines choses ne peuvent être acquises que par l'expérience personnelle. Je n'ai plus rien à vous enseigner moi.
- C'est faux. La preuve, vous nous avez repérés tout à l'heure dans l'arbre. Il nous reste à apprendre.
- Votre ouverture était volontaire. Je n'ai pas remarqué assez tôt Hisaka. Vous avez fait diversion comme je vous l'ai appris.
- En d'autres circonstances vous m'auriez neutralisé avant même d'approcher l'arbre.
- En d'autres circonstances on ne se serait jamais croisé, en d'autres circonstances j'aurais payé le repas, en d'autres circonstances je ne vous aurais jamais enseigné quoique ce soit, en d'autres circonstances... tu aurais été une fille. Shusen marqua une pause pour que les pouffements suite à cette dernière remarque cessassent, puis reprit. Il est facile de trouver des conditions favorables à son souhait. Je ne vous demande pas de comprendre, simplement d'accepter mon choix.
- Mais pourquoi enfin ? S'insurgea Akihiko, toujours debout.
- Parce que j'ai tenu ma promesse. Je vous ai enseigné la plupart des choses que je savais pour vous permettre de défendre vos proches comme vous mêmes. Maintenant, à vous de faire un bout de chemin, seuls.
- On peut considérer que cela fait parti de notre enseignement ?
- Oui. C'est un vécu que vous allez vous forger, de l’expérience , conclut Shusen.

Le silence s'abattit alors sur ce petit groupe jusqu'au départ du sensei. Il demanda à Akihiko d'être moins grossier en présence de charmante demoiselle, précisa à Fubuki d'être moins violente avec ses amis et donna un petit rouleau à Hisaka, lui précisant en quelques mots sa valeur : "Brûle le à l’extérieur lorsque tu seras en danger et des gens viendront à ta rencontre". Ils le remercièrent tous trois et le laissèrent partir. Ils constatèrent avec amusement qu'il discutait seul, du moins le pensaient-ils. Puis il disparut derrière le flanc d'une montagne.



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MessageSujet: Re: Quarante-huit heures de réflexion Ven 27 Aoû - 21:48

Locké et archivé le 27/08/2010.


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