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[Annonce/RP] L'électron libre

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MessageSujet: [Annonce/RP] L'électron libre Sam 15 Mai - 16:04

Annonce a écrit:

Oyez, oyez !

Spoiler:
 

Suzu Corp., Gros bras and Co.


Suite du Voyage au bout de la nuit

Ainsi donc, Suzu s'en était allé.

Ses premières traces d'activité remontent alors à plus de trois mois après sa désertion, car c'est bien de cela qu'il faut parler. Que fit Suzu de ses trois mois dont rien ne subsiste ? Quel fut son itinéraire ? La seule chose qui nous soit permise est évidemment de nous appesantir en conjectures plus ou moins nébuleuses. Sans doute nous ne nous avancerons pas trop en supposant qu'il passa l'essentiel de ce temps à mettre un maximum de distance entre lui et Iwa, à trouver un moyen de quitter au plus vite le pays sans emprunter les grands axes, à brouiller les pistes. Probablement ne prit-il pas le moindre risque, et fit-il en sorte d'éviter tout contact avec de potentiels témoins.

Il est bien entendu que c'est durant les premières semaines de cavale que les shinobis nouvellement fugitifs sont les plus vulnérables. Sans point de chute, sans relations, privés de soutiens, leur situation est critique, la majorité échoue bien souvent à passer le cap du mois. Déstabilisés par cette autarcie soudaine et forcée, les erreurs ne tardent pas à s'enchaîner, et, rattrapés, la plupart se retrouvent rapidement à la merci d'une justice aussi impitoyable que vindicative. Inutile, je présume, de vous préciser le châtiment communément réservé à ces imprudents.

Toujours est-il que ce ne fut pas, j'en suis heureux, le cas de Suzu.

Pour en revenir donc à la nature de ses premières activités enregistrées en tant que Nukenin, je dois avouer avoir été plutôt sceptique en premier lieu. Un rapport des autorités d'une modeste bourgade du pays du riz fait état d'un témoignage suite à ce qui s'apparenterait à un règlement de compte en pleine rue. Ce fait en lui-même n'a rien d'extraordinaire. Après l'implosion du village caché d'Oto, l'anarchie se répandit comme une trainée de poudre sur tout le pays. De nombreux shinobis autrefois placés sous tutelle se dispersèrent et trouvèrent bien vite un agréable substitut à leur condition déchue dans le banditisme. Bientôt, de véritables syndicats du crime organisé virent le jour, qui, inévitablement, en vinrent à s'affronter pour la suprématie.

C'est dans ce genre de syndicats que, très naturellement, de nombreux ronin et nukenin trouvent un refuge de premier choix, appui et sécurité, pour se soustraire aux velléités justicières de touts bords. Ainsi, et compte tenu de la proximité du pays du riz, limitrophe d'Iwa, il n'est sans doute pas si étonnant que cela d'imaginer que cela fut le premier port d'attache de Suzu suite à sa désertion. Pourtant, je garde un souvenir précis de la sensation qui me frappa à l'instant de ma découverte, lorsque je du me rendre à l'évidence, établissant un lien irréfutable entre le témoignage que je vous ai évoqué et la personne de Suzu. Tout concourait à ne laisser pas l'ombre d'un doute planer, à mes yeux, sur l'identité du responsable de la boucherie qui s'était déroulée dans ce village. Tout, de la description physique au mode opératoire, décrivant avec justesse un style de combat très particulier, auquel il m'avait été donné d'assister une seule et mémorable fois.

Et pourtant, et pourtant... je n'ai pas pu m'empêcher d'être secoué par un profond sentiment d'incohérence. Cela pouvait très bien ressembler au Suzu que tout un chacun avait eu le loisir de cotoyer, de près comme de loin, mais certes pas à celui que moi, pouvant à juste titre me targuer de compter parmi les rangs plus que clairsemés de ses proches, j'avais eu l'occasion de découvrir. Il est cependant nécessaire de se rendre à l'évidence, le doute n'étant pas permis lorsque l'on a à sa connaissance une telle collection de faits pour le moins accablants. C'est pour cela que je me vois forcé de parvenir à la conclusion suivante : quelques chose en cet homme, que je croyais jusque là avoir cerné, avait changé.

Bien sûr, je ne puis aucunement vous renseigner sur l'origine de ce changement, mais ce que je peux vous dire, à partir de l'accumulation ultérieure de témoignages divers, c'est que c'est bien l'ensemble de son comportement qui s'en trouva entièrement remis en cause, puis renversé. Lui qui n'avait jamais jusque là fait montre de la moindre ardeur combattive s'était, durant ses trois mois passés en pleine nature, loin de toute civilisation, pour les besoins de son escapade, considérablement métamorphosé. A la vérité, il ne serait pas se tromper que décrire celui qu'il était devenu comme véritablement bestial. Nombreux sont les comptes-rendus datant de sa période passée au pays du riz mentionnant un individu au comportement expressément violent, particulièrement prompt à s'engager dans toute situation potentiellement sanglante.

Ainsi que je vous l'avais présenté auparavant, Suzu, broyé par la vie, atteint par la maladie, avait été jusqu'à présent plongé de ce que je rapprocherais d'une sorte d'expectative permanente : l'attente de sa propre mort. Et le voici qui m'apparaissait soudain comme adoptant une attitude diamétralement opposée. Il avait fini d'attendre, il s'était levé, buste droit, et désormais, il marchait, non, il courrait, à sa rencontre, au devant de l'anéantissement, avec un enthousiasme frisant le fanatisme. Pour la première fois de sa vie, il avait décidé, il avait choisis, choisis de s'élever contre le court du courant, de se démener, de faire face, et de se précipiter vers elle, la mettant au défi, de sa fin, pour s'en saisir.

De fait, il est un nom, possiblement volontairement emprunté, ou bien surnom acquis à la force du poignet, rien ne l'indique, qui revient dès lors à une fréquence effrénée. Ce nom, c'est celui de Kyomu, le néant, et toute évidence indique qu'il ne peut être que rattaché aux agissements de Suzu. Et ceux-ci sont légion. De l'intimidation à l'incinération de personnes, démunies de moyens de résistance ou pas, en passant par le sabotage et la destruction de locaux privés ou publiques, et tout cela au service du crime organisé, Kyomu, anciennement Suzu, se fit en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire une réputation des plus effroyables.

Il apparait ensuite que ce même Kyomu en vint à atteindre certaines positions de responsabilités au sein de son organisation d'accueil, au point semble-t-il, par son zèle aussi dévoué qu'arbitraire, d'être finalement perçu comme une menace par ses propres dirigeants. Les conflits d'intérêts qui s'ensuivirent vinrent à être la cause de grand bouleversement dans tout le milieux de l'ombre du pays du riz. On note une recrudescence d'actes violents sur une période de deux mois. Puis la situation se stabilise, et il n'est plus fait mention de Kyomu dans aucune autre affaire mafieuse dans la région.

Sans doute la tournure des événements l'avait-elle contraint à se retirer. Alors, fort d'une nouvelle expérience, d'un nouveau visage, il quitta le pays du riz, reprit la route. Et par la suite, grâce à cette base d'informations acquise auprès des autorités chancelantes de ce pays, j'ai pu suivre sa trace, reconstituer son périple, jusqu'à ce que la mort l'emporte finalement.

Il s'était donc fait un nom, en tant qu'homme de main, qui devint mercenaire, et ce nom, Kyomu, il ne tarda pas à s'en aller le répandre de contrées en contrées, jusqu'à l'océan, et même par-delà.

Dans son sillage, le chaos...
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