Hiro n’en revenait pas, une fille tout juste plus âgée que lui venait dans
son magasin pour le traiter de gamin !? Mais lorsque l’inconnue l’empoigna par le col et le souleva sans effort contre le mur, l’incompréhension se figea sur son visage.
- Mais qui es-tu bon sang !Il se débattit en vain. La force que déployait la jeune femme était disproportionnée par rapport à sa carrure, Hiro ne
voyait qu’un mensonge, qui était-elle réellement ? La réponse se matérialisa en un homme bien plus grand et plus âgé que la précédente inconnue. Le visage du Noir s’était rapproché à tel point que le gamin sentait sa lourde respiration rebondir sur sa peau. Les yeux bleus de l’inconnu ne le fixaient pas vraiment, ils étaient immobiles, comme pointant un point infiniment loin
derrière Hiro. Seule sa poigne prouvait qu’il n’était pas
éteint.
Otoko’ ne bronchait plus, il gardait le gamin cloué plusieurs centimètres au dessus du sol, contre la paroi, ses mains fermement resserrées sur son col.
« Ce devait être un homme ! »Aucune remarque n’avait été émise sur l’âge d’Hiro Igyou, le Kage -tout comme les Ombres- s’était immédiatement conforté à l’idée d’un adulte presque aussi âgé que son défunt frère. Envoyer une lettre de menace au Tsuchikage… comment un si petit être pouvait contenir autant de témérité ? Il mentait, à coup sur il n’était pas ce qu’il laissait transparaître.
- Quel âge as-tu ? Fit subitement Otoko’, sorti de sa torpeur.
- M-mais dix-sept ans en… La main calleuse du Kage s’abattit violement sur le tête blonde, mais il ne le laissa pas toucher le sol. Le secouant contre le mur, il reprit son interrogatoire.
« À dix-sept ans, on évite de menacer le dirigeant d’un village ! »- Quel est ton âge ?Hiro fit glisser sa langue sur sa lèvre ouverte, le goût du sang ne lui était apparemment pas inconnu.
- Les adultes… tous pareils. Ca tape lorsqu’on n’est pas ce qu’ils souhaitent. J’ai DIX-SEPT ANS !! Les larmes amorcées par la gifle ne semblaient plus s’arrêter, pourtant le blondinet ne sanglotait pas. Les mains s’ouvrirent, laissant le gamin retomber au sol et Otoko’ chancela en arrière.
« Qu’ai… qu’ai-je fait ? »Il trébucha sur une chaise et s’assit involontairement. Son regard s’arrêtait successivement sur la joue écarlate d’Hiro et sa main. Il avait frappé si fort que le choc lui piquait encore la paume, alors difficile d’imaginer ce que ressentait le jeune Igyou.
Frapper un gamin… il ne s’était jamais rabaissé à pareille brutalité gratuite. Ce gamin avait dit la vérité, et bien qu’il l’ait su, il ne voulut y croire. Sous quel prétexte ? Qu’il était plus âgé donc plus averti ?
« FOUTAISES !»Jamais il ne s’était imaginé lever la main sur un jeune et encore moins l’abattre avec autant de violence. Cette erreur était impardonnable, mais ce qui le troublait encore plus, fut les paroles d’Hiro.
« Les adultes… tous pareils. »Comme si cette violence n’était pas inconnue pour lui. Son père ? Son frère ? Rien n’était logique dans cette histoire. Pourquoi envoyer des menaces de représailles si sa famille le battait ? Souhaitant des réponses, Otoko’ l’interrogea de nouveau, mais de manière beaucoup plus tempérée.
- Sais-tu qui je suis ? Ce ton totalement dissemblable d’il y a quelques instants ne manqua pas d’interpeller Hiro. Le gamin hésita à répondre, il ne voulait pas risquer une seconde claque. Les coups eurent beau été fréquents dans son enfance à Akakaminari, il ne s’y habitua jamais. Et ce jour là, le choc rouvrit une plait bien plus profonde que celle de sa lèvre.
- N-non. Le devrais-je ? Il était resté à terre, portant de temps à autre sa main sur sa joue.
- Je viens d’Iwa.Subitement, tout s’éclaircit pour Hiro. Il se murmura à lui-même comme pour donner plus de poids à ce qu’il se passait.
- Le Tsuchikage… j’ai réussi.- Réussi quoi ?Hiro se releva d’un bond, le visage presque souriant.
- À vous faire venir !- Pourquoi souhaitais-tu me faire venir ?- Pour vous remercier de m’avoir libéré de mes chaînes.- Je ne comprends pas où tu veux en venir.- Qui le pourrait !? Mon père fut la pire chose qu’il m’ait été donnée de rencontrer dans ma courte vie. Et mon frère le talonnait dans le classement.- Et tu crois que je vais accepter qu’un gamin me menace pour ensuite me remercier d’actes passés ?- Seriez-vous venu si je vous l’aviez demandé simplement ? J’en doute.- Comment pouvais-tu être certain que ce soit moi qui vienne et non un autre ?- Je l’ignorais.La réponse jeta un froid. Ce gamin avait tout joué sur un coup de poker. Tout, jusqu’à sa propre vie, pour remercier l’assassin de sa famille. La raison avait quitté ce petit corps il y a bien longtemps.
- Es-tu fou ? Ou inconscient ?Hiro se crispa, son expression était bien moins ravie que précédemment.
- J’ai passé plus de dix ans à me lever la boule au ventre. La peur de rencontrer mon père encore ivre, un bâton à la main. À me lever tous les matins, le corps tuméfié de la veille et avec un arrière goût de sang dans la bouche. L’impression d’être un moins que rien, de ne rien représenter pour son père, son propre sang ! J’ai culpabilisé ! Vous entendez ? Culpabilisé d’être faible aux yeux de mon père. Culpabilisé de ne pouvoir atteindre le niveau de mon frère. Et lorsque enfin la Résistance Iwajin m’ôta mon bourreau, un second prit le relais. Alors ne venez pas me traiter de fou lorsque vous ignorez tout du monde dans lequel j’ai vécu.- Tu… tu… pour… .Otoko’ ne savait quoi répondre, il n’avait jamais connu pareille souffrance. Ses démons à lui n’apparaissaient que dans son sommeil, l’éveil étant son repos. Alors que cet enfant était son parfait opposé, il ne pouvait se réconforter que dans son sommeil. Et encore… lorsque son père ou son frère le laissait dormir.
« Il a risqué sa nouvelle vie pour un visage. »Hiro recula de quelques pas lorsque le Kage se redressa. Allait-il tout de même en finir ? Peut être pensait-il se récit mensonger ?
« Le cœur ne ment jamais. »Otoko’ en finit avec le gamin, mais pas de la manière qu’il estimait nécessaire à son arrivée. Il prit la direction de la sortie mais s’arrêta dans l’encadrement de la porte.
- Je n’accepte pas ta reconnaissance.- Pourquoi ?- Parce que c’est à toi que reviendront ces remerciements.- Comment ça ? Mais le Kage était déjà parti. Inutile de répondre à sa dernière question, il comprendrait dans plusieurs années, lorsque ses enfants baigneraient dans une vie qu’il n’a jamais pu avoir à leur âge. Les remerciements viendront de ces instants si particuliers où il lirait la joie dans les yeux de ses proches. À présent, le Kage ne pouvait espérer qu’une chose pour Hiro.
« Profite de cette nouvelle vie ! Profite de cette seconde chance ! »*
* *
Otoko’ croisa un Genjiro bien pressé sur le port de Kainan. Apparemment, l’enfant avait réussi à faire bouger plus d’une personne avec ses lettres.
- Otoko-sama !? Je vous rappelle que le Shin’rai a été créé pour votre sécurité.- Je sais. C’est moi qui l’ai créé.- Oui mais… . Gen’ soupira, signifiant qu’il abandonnait.
Inutile d’essayer de vous faire la morale n’est-ce pas ?- Oui. Héhé.- En vous voyant indemne, j’en conclus que le dénommé Hiro Igyou a…- …a définitivement quitté son ancienne vie. Il n’est plus un problème à présent.Genjiro lui expliqua qu’il avait envoyé Kiyoshi prévenir son frère mais qu’ils auraient plus de chance de le croiser au port de Kiri s’ils partaient immédiatement. Gin’ avait très probablement anticipé l’arrivée des deux hommes puisqu’il patientait tranquillement en face des passeurs reliant Kiri aux petites îles proches telle Kainan.
Sur le retour vers Koutou, la discussion tourna principalement autour de l’effervescence de Kiyoshi et l’attitude inhabituelle qu’il présenta aux Kuze.
« Alors il s’est vraiment inquiété ? »Des rires et quelques moqueries fleurirent autour du chef des Ombres, lui qui apparaissait tout le temps comme quelqu’un de calme et de posé avait fléchi pour son Kage.
« Non, pour son ami. »~ ~ FIN ~ ~