Bredouille, le Kage rentrait d’un n-ième pèlerinage
(1). Pour éviter les importuns et les rencontres fortuites, il s’était dissimulé derrière un simple Henge
(2), revêtant une peau blanche, répandue chez les montagnards. Pour une fois il arpentait une silhouette plus affinée et moins tassée que d’ordinaire, il semblait plus jeune et d’une attitude candide -accentuée par sa chevelure blond claire et ondulante. Bien que son bras malade ne puisse être dissimulé derrière un quelconque artifice, l’Iwajin était un parfait inconnu aux yeux de tous ; jeune voyageur, de 23 ans tout au plus, à la toge salie par les récentes péripéties mais à l’esprit encore vierge de toute expérience marquante.
Marchant depuis bientôt trois heures, il fit halte dans un petit bourg pour s’y reposer quelques instants. Un moment où les questions l’assailliraient de nouveau, comme à chaque pause. L’anonymat avait son prix :
« foutue solitude ». Alors pour éviter toute réflexion philosophique sur son incapacité à sauver Nagisa, il consomma un repas sur la terrasse d’une taverne. Regardant les passants, espionnant les discussions les plus proches, prenant part à certaines même, d’autant plus que son indiscrétion ne semblait pas perturber les concernés.
Il ne sut combien de temps s’écoula depuis qu’il s’était installé à cette table, mais Otoko’ apprécia cet instant paisible. Une quiétude qui chancela légèrement lorsqu’un morceau de bois vint percuter le tibia de l’Iwajin. Frottant sa jambe pour faire passer le coup, une petite silhouette s’approcha de lui, celle d’un adolescent mort de honte.
- Pourrais faire attention… lança-t-il à l’attention du
criminel.
- Dé-désolé monsieur. Je m’entraînais au lancé de kunai avec ce bout de bois mais j’ai raté ma cible on dirait…- Sauf si c’était moi ta cible. La phrase fit sourire le gamin, un certain air malicieux émanant de lui. Otoko’ regarda par dessus l’épaule de son jeune bourreau et aperçut deux autres gamins, du même âge, pouffant de rire.
- Qu’est ce que t’as gagné alors ?- Pardon ?- Ton pari, tu viens bien de le gagner n’est-ce pas ?-Qu…Qu’est ce qui vous dit que c’est un pari ?- Ton ami là bas à fait exactement le même coup à un passant vingt minutes plus tôt, quand à la jeune fille à ses côtés, elle a fait semblant de trébucher pour renverser son seau d’eau sur le vendeur de fleur juste à gauche. Vous vous lancez des paris ? Celui qui réussit décide pour le suivant ? Comment cela se passe exactement ?- Non, pas du tout. J-je ne les connais même pas ceux là…-…- On s’amuse simplement, on ne fait rien de mal vous savez.- Certes. En tout cas tu es sacrément précis dans ton lancé.- Si vous le dites.- Tu as suivi des cours dans une académie ninja ?- Académie ? Hahaha, non. Trop de boulot ici.- T’aides tes parents ?- Je continue l’exploitation familiale pour pouvoir nourrir ma jeune sœur.- Alors tu as bien fait. Posant quelques ryos sur la table, Otoko’ se leva pour reprendre sa route. Il avait paressait assez longtemps et les réponses de cet enfant commençaient à le
déranger. Il passa à côté du gamin et ses camarades virent que l’Iwajin le dépassait d’une bonne tête et demie, plus grand qu’ils ne le pensaient.
- Ne perd jamais cette détermination pour ta soeur. Elle vaut plus que tout ce que tu aurais pu apprendre à l’Académie, ou ailleurs. Otoko’ semblait bien plus sombre dans son ton qu’au début de la discussion. Mais le garçon ne répondit rien, n’ayant probablement que faire des morales d’un inconnu, aussi vraie fussent-elles.
Le Noir camouflé ne prêtait déjà plus attention aux trois petites teignes de ce bourg, il se rappelait, morose, de sa propre sœur.
« Kagami…t’aurais-je sauvée sans cette académie ? » La question l’hanta jusqu’à la sortie de ce village -il ne remarqua même pas l’homme qu’il bouscula-, mais le regret s’évapora aussitôt l’image d’un Iwa consumé par les flammes, d’un Iwa jonché par les cadavres de ses habitants... d’un Iwa définitivement vaincu.
« Probablement… mais qu’aurais-je perdu en échange ? »Un bruit cristallin bien distinct l’ôta de ses pensées, le son d’une lame sortie de son fourreau. Faisant volte-face, il dévia le sabre de justesse à l’aide d’un kunai. Le choc le fit chanceler sur plusieurs mètres en arrière, Otoko’ se maudit de n’avoir rien senti venir plus tôt. Il se maudit d’autant plus que son adversaire ne semblait être qu’un simple voleur des montagnes, un homme qui attendait la sortie des voyageurs pour les dérober.
- Je te conseille d’oublier l’idée de me détrousser. L’homme n’obtempéra en rien, il resserra même sa garde, déterminé à éliminer ce voyageur pour le dépecer de tous ses biens.
- Dernier avertissement, rebrousse ton chemin. Alors qu’il annonçait ceci, sa main glissa à l’intérieur de sa sacoche arrière pour se refermer sur un kunai explosif.
Les deux hommes étaient à bonne distance l’un de l’autre, l’Iwajin devra attendre que son adversaire soit déjà bien engagé pour lancer son projectile. Les jambes fléchies, le buste rabaissé, Otoko’ se prépara à l’assaut. L’inconnu braqua son sabre sur le côté, le fit pivoter d’un quart de tour, lame vers sa cible, et chargea.
Sa course s’acheva dans un hoquet carmin quelques pas plus loin, un couteau fiché dans sa nuque. Le Kage garda son kunai bien en main, ne sachant si la mort de ce pauvre homme servait à sa protection ou à un nouvel adversaire plus sérieux. La réponse se matérialisa lorsque le gamin rencontré à la terrasse apparut au bout du chemin. Otoko’ reprit une posture plus détendue et s’approcha du jeune.
- Je te dois la vie mon garçon.- J’en doute. J’ai vu la façon que vous aviez de vous tenir, vous auriez très bien pu en venir à bout sans moi.- Pourquoi être intervenu alors ?- Il était pour moi. Ce salaud a battu ma sœur avant… avant de… . Il devait mourir ! La rage se lisait sur son visage, l’Iwajin ne le questionna pas d’avantage sur cet homme.
- Comment t’appelles-tu ?- …Akihiko. Et vous ?Il lui fallait un surnom rapidement, Otoko’ ne pouvait révéler son identité alors qu’il cherchait avant tout à rester anonyme. Un nom vint naturellement, le même qu’employé Touya
(3) lorsqu’il le taquinait.
- Shusen… . Merci quand même pour tout à l’heure. Il reprit la route et ne manqua pas de regarder le visage grimaçant et livide de l’agresseur lorsqu’il croisa son cadavre.
« Voilà ce qu’il en coûte de s’en prendre aux sœurs des hommes déterminés. »- Shusen-san !! Il se retourna et vit le gamin dévaler le chemin vers lui.
Pourriez-vous m’apprendre quelques techniques pour défendre ma sœur ? La demande ne manqua pas de surprendre Otoko’. Lui… enseigner… quelle vaste blague.
- Tu la défends déjà bien. Lui fit-il remarquer en pointant du doigt la dépouille du voleur.
- Je veux écraser ce genre d’hommes avant même qu’ils ne la touchent. Apprenez-moi !« Pour sa sœur. »Après tout, son absence d’Iwa pouvait se prolonger un peu.
« Il est comme moi. »L’apprentissage ne risquait pas de s’effectuer en une seule journée, mais rien ne l’empêcherait de repasser par là occasionnellement pour prodiguer quelques leçons à ce jeune déterminé.
« Non, il sera meilleur. Pour elle. »- Très bien.« Il fera ce que je n’ai pu réussir. » Sans vraiment en être conscient, le Kage se projetait un peu trop dans ce gamin, pensant pouvoir se racheter de sa sœur Kagami en aidant ce jeune à protéger la sienne.
(1)Pour comprendre, se référer à > ce post < de mon BG.
(2)C’est bel et bien un Henge et non pas ma technique Gaiken no Shochu.
(3)Touya est un pnj récurrent d’Iwa, il surnomme Otoko’ Shusen, qui signifie Buveur invétéré.À suivre…