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[FB] Toute une éducation à refaire... !

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MessageSujet: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Lun 15 Mar - 22:38

Ville portuaire de Shoukou, suite à ça




Etsu avait beaucoup traîné aux alentours du port, hésitant longtemps à prendre l'embarcation qui arrivait. Il se disait à chaque fois que la prochaine serait la bonne, sans jamais ne rien faire d'autre que la regarder accoster puis repartir, sans lui. Il était pourtant loin de se sentir seul et indécis, bien qu'il l'était réellement cette fois. A Iwa, malgré qu'il habitait un quartier vide, il avait toujours eu le sentiment d'être accompagné, que ce soit par ses hallucinations ou l'âme de ses défunts colocataires et voisins. Et quand il allait en ville, là où tous se pressaient, quand il y avait tout ce monde, tout ce bruit, c'était là qu'il se sentait le plus nauséeux et abandonné dans un monde qui n'était pas le sien. Quant à son indécision, elle s'était trop souvent partagée entre son passé et son futur, le présent trop vide à son goût. Sans doute s'était-il trop désintéressé de ce présent, justement, au point d'en perdre les pédales et de se venger sur l'objet de son incertitude : son bras. Ce bras qui avait fait son passé et sur lequel reposait un futur bancal. Un avenir, en sommes, qu'il ne voulait pas bâtir avec les miettes du passé. Il aurait voulu tout effacer pour mieux recommencer, ou mourir puisqu'il ne se voyait pas poursuivre la voie qu'il avait hasardeusement emprunté. A un moment, il en était venu à réellement songer se faire amputer de cette « horreur » - à défaut de mourir de suite - qui lui rappelait ce passé révolu dans lequel il était bloqué et qui l'empêchait – pensait-il – de poursuivre son existence sereinement. Mais, certes fou, il finissait toujours par se résoudre à ne rien faire, s'imaginant mal manchot, déjà qu'il n'était pas bien habile de ses deux mains.

Au village de Shoukou, Etsu aurait dû se sentir tout aussi étranger qu'à Iwa, voire plus puisqu'il n'y avait jamais mis les pieds auparavant. Après tout, c'était le plus grand port de Tsuchi et il y affluait bon nombre de produit et d'individu en tout genre, à tel point qu'il en était devenu un des grands moteurs économique du pays. Pourtant, assis sur un banc ou à une table de brasserie, parcourant les rues ou s'arrêtant au centre ville, il se sentait bien, qu'il y ait eu du monde autour de lui ou non. Sans doute ce bien-être était-il lié à l'absence de hiérarchie au dessus de lui, ainsi se sentait-il accrédité de tous les droits du monde. Même pas la milice du village, quand elle était venu l'interroger au sujet du vieillard sans langue retrouvé la veille, ne l'avait perturbé. Il s'était contenté de montrer son bandeau, tout comme il l'avait fait en gage de bonne fois pour assurer au brasseur et au postier qu'il paierait ses dettes plus tard. De cette façon, on ne lui avait pas demandé plus de compte que ça et on l'avait à chaque fois gratifié d'un sourire.

Il abandonna l'idée de prendre le bateau - pour l'instant -, préférant jouer encore un peu de son statut de ninja à travers le pays, le temps que sa désertion ne s'ébruite. Alors qu'il se dirigeait vers le centre ville, histoire de trouver un coin où manger aux frais du Tsuchikage, il tomba nez-à-nez avec une jeune femme accompagnée d'un nain, tous deux en costumes traditionnels de moine du Shintô. Au premier abord, il cru que la rencontre était des plus accidentelles et s'excusa même de s'être mis sur leur chemin. Mais, lorsqu'il voulut les contourner, le nain, dont le moitié du visage disparaissait sous sa toque, lança en s'adressant à lui:

- Il n'y a pas de rencontre fortuites, que des contrecoups de nos actes.

Etsu ne comprit pas de suite, aussi, il regarda la jeune fille pour se rassurer de l'état de son camarade. Comme cette dernière acquiesçait de la tête à ses dires, il se sentit fort mal à l'aise devant ces représentants du Shintô qu'il n'était pas à même de comprendre. Il lui demanda alors s'il lui parlait à lui et, si c'était le cas, de préciser de quels actes il était question, ce à quoi le moine répondit tout autre chose. Etsu lui expliqua alors que, bien qu'il en était franchement désolé, il n'entendait rien de ce qu'il lui racontait et que leur rencontre, bien qu'elle avait surement une raison céleste, ne pouvait aboutir à quoi que ce soit dans de telles circonstances.

- Trop peu de raisons célestes justifient l'acte des hommes aujourd'hui. On ne se base plus que sur des circonstances, des conditions, des délais, des détails... lui répondit simplement l'autre, d'un calme olympien.

Le jeune homme, déjà agacé, remonta sa manche gauche et lui répliqua qu'il venait très certainement de lui donner d'assez bonnes raisons pour mettre un terme à cette rencontre, histoire qu'il aille discuter de ses actes avec les esprits célestes et ce, sans condition ni délais.

Choqué d'une agressivité si soudaine, le nain le salua d'une courbette avant de reprendre sa route. La jeune fille l'imita. Etsu les regarda partir d'un drôle d'air, surpris. Il n'avait strictement rien compris au manège du vieillard et s'imagina que, bien qu'il était un représentant du Shintô, il n'était pas impossible que la folie l'habite. Il se sentait pourtant étrangement concerné par ses quelques mots.

Il reprit sa route vers la brasserie, un peu étourdi néanmoins. Lorsqu'il entra dans la taverne où il avait déjeuné le matin même, il se dirigea immédiatement au comptoir et, sans même saluer le serveur, lui raconta ce qu'il venait de lui arriver.

- Eh bien ! On dirait que vous avez attiré l'attention ! Je serai vous, je ne tarderai pas à aller me faire purifier ! Lui dit le barman en allant dans l'arrière boutique, jetant son torchon sur l'épaule. De là-bas, il continua d'une voix plus forte: En général, les représentants du Shintô sont capables de sentir les âmes ayant fricoté de trop avec les morts... Il revint une minute après, une carte du pays entre les doigts.. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit. Ici y a qu'un petit sanctuaire, mais si vous avez beaucoup de sang à laver, je vous conseille d'aller directement au village de Bokkoushou, nos prêtres ne sont pas très « actifs », et il désigna du menton deux hommes chauves assis à une table, face à face, en train de jouer au Hanafuda, visiblement très pris par le jeu.

Etsu prit la carte et en profita pour commander un verre de Junmai chaud. Il étudia le vieux papier un long moment, se perdant à réfléchir aux propos du nain, persuadé qu'ils lui étaient tout droit adressés...



Dernière édition par Daiki Etsu le Sam 6 Nov - 0:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Lun 22 Mar - 22:17

Un petit oiseau fondit à toute vitesse sur Daiki. Il se posa délicatement sur l'épaule de celui-ci, sans le moindre bruit, et sans aucunement faire remarquer sa présence. Il dut piailler bêtement pour que celui-ci daigne lui prêter attention, et décroche le message attaché à sa patte. Immédiatement, l'oiseau composé de chakra se dissipa dans un petit nuage de fumée noire. Le ninja déplia le message, non sans étonnement :

Citation:
Bonjour cher Etsu.
Cela fait bien longtemps que nous ne nous sommes plus vus... Souviens-toi, l'examen Chuunin, et l'oasis du désert de Suna. Dans un mois, nos routes se croiseront. Je saurais te trouver. Fais un choix d'ici ce jour-là.


Le message n'était pas signé, mais Daiki ne mettrait probablement pas plus de quelques secondes à se souvenir de l'homme qui l'avait amené proche de la mort durant l'examen Chuunin. Un homme qui n'avait pas hésité à utiliser tous les moyens à disposition pour gagner, et qui avait malmené à lui seul deux Iwajins. Un véritable fou ; mais un fou lui ayant dit des mots plutôt sages durant leur seconde rencontre...


Nukenin

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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Jeu 1 Avr - 13:20

Village portuaire de Shoukou.



Etsu avait quitté la brasserie sans un mot, laissant même son verre à moitié plein sur la table. « Dans un mois, nos routes se croiseront. Je saurais te trouver. ». Il avait un mois. Un mois pour jouir de sa liberté totale, et il ne comptait pas la gâcher une seule seconde avant que Yuki Nikko ne le retrouve.

Il marchait alors à grands pas dans les rues sombres. Il n'était pas question de traîner plus longtemps dans ce village pourris. Il y avait surement bien des choses intéressantes à voir ailleurs. Dès lors, il importa peu à Etsu de partir de nuit, le ventre et les poches vides. Il lui importa peu de n'avoir aucun projet ni aucun plan. Il lui importa peu de se perdre dans le pays. Tout lui importait peu du moment qu'il pouvait savourer son indépendance. Daiki Etsu n'avait pas enduré toutes ces merdes pendants deux ans pour qu'on l'empêche, aujourd'hui, de profiter enfin de sa liberté. Autant dire qu'il n'aurait pas fallut, en cet instant précis où il filait au travers des ruelles, se mettre sur sa route. Il aurait réduit n'importe qui, pour peu que sa silhouette se soit immiscée dans son champs de vision, en poussière. Et il en était capable. Et sans aucun problème : il était libre. Daiki Etsu avait tous les droits. Et il ne se priverait pas pour en jouir. C'était ça, la véritable liberté individuelle.

Finalement, il sortit assez vite du village, sans qu'un seul ivrogne ne l'interrompe dans sa course. Un peu plus tard, alors que la lune brillait intensément, il se postait en amont du sentier qu'il avait emprunté il y a de ça deux jours avec Satoburo et s'arrêtait. Que lui prenait-il ? Il ne savait même pas où il allait ! Etsu eut beau se dire que n'importe où ferait l'affaire, encore fallait-il qu'il sache où le trouver, et c'était d'autant plus difficile qu'il ne connaissait pas parfaitement le pays de Tsuchi – bien qu'il y soit né et y ait grandi. Aussi, il s'assit dans l'herbe, en tailleur, et ferma les yeux comme pour se calmer. Toute la hargne et la fureur de vivre sa liberté se calmèrent aussitôt et il retrouva un peu ses esprits. A trop vouloir le fruit, on ne remarque pas les fleurs. Il avait un peu stressé avec cette lettre et en avait oublié le plus important : sa liberté même. Vouloir la vivre, c'était bien, mais encore fallait-il ne pas s'enfermer dans cette soif de vie.


Il sourit et se prit en dérision en notant ce nouveau côté « philosophie ». Ce qui lui fit fatalement repenser au nain shintoïste et à ses propos : « Il n'y a pas de rencontre fortuite, que des contrecoups de nos actes. ». C'était bien vrai, en fait. Etsu l'avait cru durant tout son délire post-meurtrier. S'il s'était retrouvé après la guerre seul pro-occupant au milieu des iwajins purs et durs qui le bridaient, c'est parce qu'il avait choisi d'œuvrer pendant la guerre parmi les occupants contre le pauvre iwajin pur et dur pour le brider ! Il sourit encore: son malheur été donc né du malheur qu'il avait lui-même causé. Et aujourd'hui, s'il avait reçu cette lettre de Yuki, ce gros monstre avide d'horreur, c'est parce qu'il avait choisi de passer par les chemins obscurs en quittant le système, non ? Et Yuki, n'avait-il pas quitté Konoha pour les chemins de traverse peu recommandés d'Akakaminari ? C'était clair. C'était logique : Yuki et lui devaient se retrouver. Ils étaient pareils. Etsu deviendrait lui aussi une bête sans gène. Il n'hésiterait plus à tuer à présent ; il connaissait son arme la plus précieuse et n'avait plus peur ni de s'en servir ni des dégâts qu'elle causait. C'était lui. Il n'était plus ni minable, ni faible, ni nul, ni rien. Il était lui.

Sur ces contemplations intérieures, Etsu se mit à rire fort et assez sournoisement. Ses éclats de joie résonnèrent dans la nuit encore plus sataniques qu'à l'origine, et il se sentit envahi d'une force infernale et brûlante. La liberté, c'était bon ! La philosophie, c'était extra ! Plus aucun doute : Etsu irait au village de Bokkoushou, ne serait-ce que pour en apprendre plus sur la logique transcendante des choses. Oui, comprendre la métaphysique de ce bas monde, ce serait merveilleusement profitable !

Il se relevait, toutes dents dehors et repensa à ce que le brasseur lui avait dit... Il avait églement plus qu'intérêt à aller se laver de ses morts s'il ne voulait pas se faire détrousser de sa langue !
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Ven 2 Avr - 22:35

Quelque part dans le pays.



Il fallait certainement plus qu'une nuit pour atteindre le village shintô. Bien qu'il se trouvait plus au nord, il n'était pas plus éloigné du port de Shoukou qu'Iwa, et il ne fallait pas plus d'un jour pour faire le trajet de l'un vers l'autre. Sans aucun doute, Etsu avait un bien mauvais sens de l'orientation car il avait passé toute la nuit à marcher sans ne voir ni l'ombre d'un village ni même celle d'un être humain. Il s'était sûrement perdu et se retrouvait à l'opposé du chemin censé le mener au lieu de culte, bien qu'il était certain qu'il n'y avait pas concrètement de chemin tracé dans le sol pour le rejoindre. Ça aurait été le comble: percer la nature d'une route pour atteindre un sanctuaire dont l'inquiétude première était justement de veiller à la bienheureuse pérennité de cette nature, quelle blague !

Sommes toutes, comme il n'y avait pas de chemin pour aller à Shoukou, Etsu était littéralement pommé dans cette merveilleuse nature. Comment aurait-il pu mieux commencer son rituel de purification et de prise de conscience du monde qui l'entourait qu'en tournant en rond sans ne jamais quitter l'horizon des yeux ? Il était sûr que pour mieux trouver l'introuvable, il fallait se perdre. Et comme s'il suffisait de se perdre pour que l'introuvable apparaisse, Etsu arrêta de chercher par-delà le lointain et se contenta, au petit matin, d'attendre que le village se dévoile à ses yeux. Il était là, debout, adossé à un pauvre arbre, à se ronger les ongles. Il n'y avait pourtant aucun signe d'anxiété sur son visage : il était persuadé que d'ici quelques secondes, peut-être quelques minutes ou bien quelques heures, les murs d'un temple se détacheraient du paysage.

Les heures passèrent donc sans que rien, mis à part le soleil, ne bouge. Bon... il ne s'était peut-être pas assez perdu finalement. Il souffla sur ses doigts qu'il avait fini par limer au maximum et reprit sa déambulation. Peut-être qu'il n'y avait pas assez de bonnes ondes aux alentours de cet arbre pour que Bokkoushou ne se montre. Il n'eut pourtant pas à attendre bien longtemps avant de retrouver un sentier, sur lequel il croisa quelques vies humaines, ce qui lui rappela qu'il n'était pas tout à fait seul en ce monde.


Les trois individus qu'il rencontra le saluèrent de regards fort peu agréables. Sûrement que leur apparition n'avait rien de rassurant. Très vite, ils se placèrent en arc-de-cercle face à lui, lui barrant littéralement la route. Etsu les interrogea du regard, bien qu'il avait compris ce qu'ils voulaient. A vrai dire, leurs balafres et leurs guenilles rapiécées avec des clous et du fil de fer étaient assez parlantes. A coup sûr, son bandeau ne lui éviterait pas les problèmes cette fois-ci.

- Allez, mec, t'as compris, envois tes affaires, lança d'abord le type de droite, soutenu par les hochements de tête de son voisin. Etsu ne broncha pourtant pas.

- Fais pas le malin, t'es seul mon gars ! On est trois et on a de quoi te dissuader ! Affirma le troisième en tapant la coquille qui lui servait d'habit et qui ne devait pas cacher qu'une simple collection de couteaux de cuisine. Etsu n'en fut pas plus ému pour autant.

- Bon, reprit celui du milieu après un temps, on va être obligé de faire ça à l'ancienne, les mecs, il a l'air idiot.

Au moment où le trio d'inconscients sortait son équipement du parfait petit bandit, la main gauche d'Etsu se mit à le gratter fortement. La seule chose à laquelle il pensa alors fut de ne pas trop se tâcher. Se pointer dans un village shintô les vêtements plein de sang n'était pas très pieux.

Il n'eut qu'à pivoter sur son pied droit après avoir retroussé la manche de son bras pour retailler ces trois hommes en deux et ainsi libérer le passage. Évidemment, du sang gicla partout, un peu comme s'il venait de déboucher trois geysers en un coup, et Etsu reçut des éclaboussures plein le dos. Pour la piété, c'était largement foutu. Il venait d'ajouter trois morts à son compteur et ainsi rallongeait-il certainement son rituel de purification. Du moment qu'un mois suffisait à lui ôter toutes ses crasses, ça irait.

Bien que d'abord très indifférent aux ravages de son bras, Etsu déchanta très vite quand il reprit sa position initiale, c'est-à-dire quand il fit de nouveau face à ces trois types qui n'étaient à présent plus que des morceaux de chair baignant dans leur liquide et leurs grumeaux. Le jeune homme fut en réalité très choqué par ce qu'il venait de faire. Apparemment, il n'était pas totalement prêt à tuer aussi insensiblement et il ne suffisait pas de faire confiance à son arme pour que le meurtre passe facilement. Il avait devant lui trois carcasses nerveuses, figées dans leur étonnement, éventrées et dont l'une bougeait encore ! On pouvait voir les paupières du type de droite ainsi que ses doigts tressauter. Il était toujours vivant !!! S'il y avait bien une chose dégueulasse dans la mort, c'était de la vivre jusqu'au bout !

Etsu fut alors submergé de culpabilité, mais surtout d'horreur. Il aurait pu être à la place de ce type qui agonisait les boyaux à l'air ! Il eut à peine le temps de se tourner pour vomir. Non, tuer, c'était vraiment pas son délire. Il mit sa main devant sa bouche et se plia vers le sol. Même la première fois qu'il avait tué, ça n'avait pas été aussi dégoutant ! Il rendit le repas qu'il n'avait pas pris hier soir, ainsi que tous ceux qu'il avait déjà digéré...


Etsu mit un bon moment avant de stopper sa nausée. A vrai dire, il avait manqué d'expulser tripes et boyaux à son tour, mais le rapprochement avec ces trois cadavres qui gisaient à proximité le dégoûta tant qu'il se retint au mieux. Il manqua alors de s'évanouir, mais la peur qu'on ne vienne lui ouvrir le ventre tel qu'il venait de le faire à d'autres le dissuada de tout repos. Il fuit donc le sentier, préférant s'exiler plutôt que rester sur ce chemin de l'horreur, quitte à se perdre définitivement dans la campagne. Il devait à tout prix trouver le village de Bokkoushou avant qu'une rencontre peu fortuite ne vienne rendre le contrecoup de son massacre.
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Sam 10 Avr - 19:28

Village de Bokkoushou.



Etsu s'était suffisamment perdu en une matinée pour tomber, par un divin hasard, sur une vieille battisse isolée dans laquelle vivait une vieille femme qui, miraculeusement, connaissait la direction du temple. Il était resté un petit moment en sa compagnie – pour s'assurer qu'elle disait vrai - et s'était obstiné à refuser le repas, l'eau et le lit qu'elle lui avait très gentiment proposé. On n'amadouait pas la bête avec des petits plats, qui savait ce qu'ils contenaient vraiment ? Elle avait cependant un peu insisté en soulignant sa mine lamentable et le piteux état de ses habits et il lui avait simplement répondu que la seule chose lamentable ici était sa gentillesse excessive. Après quoi, faisant attention au couteau de cuisine qu'elle pouvait cacher dans son tablier, il était parti sans demander son reste dans la direction qu'elle lui avait indiqué. De toute façon, si elle lui avait menti, il reviendrait pour lui arracher la langue, à défaut d'être un bon assassin.

Ainsi entra-t-il dans le village de Bokkoushou en fin de soirée, bien qu'il y était arrivé dès son début. Ce furent les deux Koma-inu1 qui l'arrêtèrent d'abord dans son avancée. Il fallait le dire, ces deux gardiens de pierre n'avaient rien de très rassurant, surtout quand on avait des choses à se reprocher. Ce fut ensuite le Torii2 qui l'inquiéta. Le grand portail n'avait en lui rien de spécial, même pas l'aspect d'une porte ; c'était quatre planches en bois montées les unes sur les autres et peintes en rouge. Pourtant, son aura persuadait Etsu que dès qu'il l'aurait passé, il entrerait dans un autre monde dans lequel il perdrait sa tendre et chère liberté. Ou plutôt qu'il se noierait véritablement en elle. C'est un sentiment plutôt bizarre qui l'habitait, à la fois tiré vers l'absolu « cessation » et l'absolu « don ». Tout était supprimé ou décuplé au centuple. Sans doute l'un n'allait pas sans l'autre, il fallait tout abandonner pour pouvoir mieux tout récupérer. Comme il avait dû se perdre pour trouver Bokkoushou.

Il fallut qu'un moine traverse la rue à l'intérieur du village et s'aperçoive de sa présence pour que Etsu arrive à se sortir de sa torpeur. Ses yeux s'étaient perdus entre les Koma-inu et la porte qui se dressait après eux. Il ne voyait même pas ce qu'il se passait derrière et encore moins le moine l'interpeller. Ce dernier dû venir le secouer pour le ramener à lui.

- Monsieur ? Monsieur ? Tout va bien ?

Sans doute ce moine n'était-il que de peu de temps adepte et n'avait-il pas la transcendance du nain pour lire dans les pensées. Ou alors le nain avait joui d'un coup de bol et Etsu s'était fait berner. Après les politiques, les religieux. Génial ! Etsu le repoussa violemment et le maigrelet s'étala par terre. Son esprit se troublait. Qu'est-ce qu'il était venu foutre là ? Il n'avait absolument pas besoin des prêches de ces guignols shintoistes pour s'en sortir ! Daiki Etsu n'avait besoin de personne, que de son bras ! Ce bras qui avait tant fait, tant tué... tant horrifié... Les boyaux et les yeux tressautant du briguant qui l'avait attaqué plus tôt dans la journée reprirent d'assaut son esprit. C'était pour effacer ces images qu'il était venu.

- Les effacer n'avancera à rien, fit une voix chevrotante. Ça venait de derrière le Torii.

-
Le Chozuya3 et les prières non plus, déclara une autre.

- Mais le village de Bokkoushou est ouvert à toutes les âmes en peine de notre terre et de notre ciel, reprit la première voix, qu'importe leur degré de conscience. Venez, soyez certain de pouvoir apaiser les kami4 .

On lui tendit la main et Etsu hésita à la prendre. Il était certain de vouloir « apaiser les kami », mais delà à y parvenir... Il sentait que derrière ces chiens de pierre et ce portail rouge le courroux des entités divines l'attendait – et ce depuis toujours - et il ne pourrait rien faire pour y échapper. Il les avait provoqué et ainsi était venu le temps d'assumer réellement ses actes. C'était les dieux qui lui embrocheraient le ventre, pas un quelconque humain. Non, l'Homme n'était pas assez puissant pour répondre à tant d'effronteries.

Daiki Etsu avait cru à tort qu'il serait facile de venir au village de Bokkoushou, de se laver les mains dans la fontaine, d'allumer un encens dans le sanctuaire pour oublier la mort. Hop ! Envolée la mort ! Mais c'est assurément avec une énorme frousse qu'il passa le Torii. Tout était tellement pur et sacré à tel point qu'il se sentit très laid et sale, à l'instar d'un souillon, quand il vit tout ce qu'il y avait derrière le portail. A peine eût-il mis un pied dans le village qu'il eut le sentiment que tous les regards célestes fondaient sur lui. On l'épiait. On jouissait. « Enfin ! Enfin ce profanateur est là ! » ; « Il a osé ! Il a osé venir ici ! », voilà ce qu'ils se disaient, les kami. Ils échafaudaient déjà tous l'emploi du temps de sa rédemption.




1Les Koma-inu sont deux statues de pierre de part et d'autre de l'entrée dont elles sont les gardiennes. Elles ont la forme de chiens dont l'un à la gueule ouverte et symbolise le commencement tandis que l'autre symbolise la fin.
2 Le Torii est le portail qui marque l'entrée dans un sanctuaire mais aussi la frontière entre le « pur » et l'« impur ».
3 Le Chozuya est la fontaine dans laquelle on lave ses « souillures » avant de se présenter aux kamis.
4 Les kamis sont les dieux (sans dec' !). Pour les shintô, ils sont présents dans toutes choses et se manifestent au travers des intempéries, des maladies, des tremblements de terre, etc. Il est donc très important pour eux de ne pas les froisser.
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Lun 12 Avr - 18:42

Village de Bokkoushou.



Une Miko1 vint servir le thé, informant les deux bonshommes qu'il risquait d'être très chaud. Etsu ne disait rien, il gardait ses yeux rigoureusement baissés sur ses mains accrochées à ses cuisses. Il essayait de se faire le plus léger possible, histoire ne de pas trop abimer le coussin sur lequel il était agenouillé. Après être entré dans le village, la matriarche – celle à la voix chevrotante – avait désigné un de ses adeptes pour l'accueillir et lui offrir le logis.

- Merci, Onore-chan, fit l'homme de l'autre côté de la table basse en empoignant la tasse qu'on lui avait servi. Il retira bien vite ses vieux doigts en soupirant de douleur. Oui, c'était très chaud. La prochaine fois, tu essaieras de passer la tasse dans l'eau fraîche, d'accord ?

La jeune fille acquiesça et disparue derrière le pan du mur duquel elle avait surgi.

- Alors, reprit sournoisement le vieillard, ne t'avais-je pas dis que peu de rencontres étaient fortuites ?

Etsu esquissa un sourire approbateur sans bouger pour autant. En face de lui se tenait le nain qu'il avait rencontré au village de Shoukou et qui lui avait donné envie de venir à Bokkoushou. La jeune fille était évidemment celle qui l'accompagnait alors. Etsu n'osait clamer haut et fort l'impression de manipulation de foi qu'il ressentait et dont seuls les religieux et les politiciens, et plus généralement les êtres charismatiques, étaient fins maitres. Après tout, il était dans un village shintô où vivaient possiblement des kami surpuissants, mieux valait ne pas trop se faire remarquer, surtout si l'un d'eux était caché dans le coussin sur lequel il était assis... Il essaya de se faire encore plus léger.

Descellant son malaise, le vieillard s'accouda à la table et le fixa intensément, sourire aux lèvres. Il avait un air plutôt cocasse sans sa toque, avec ses petits cheveux grisâtres éparpillés à la va-vite sur son crâne mi-chauve, avec ses longs sourcils qui descendaient jusque sous ses oreilles tombantes et ses rides du sourire qui montraient qu'il avait passé au moins les trois quart de son temps à rire. Il n'avait rien de l'austérité de son habitation.


- Il n'y a pas plus de kami dans ton coussin que je ne lis dans les pensées. Le coup du « Il n'y a pas de rencontres fortuites, que des contrecoups de nos actes » c'est le genre de phrase qui alerte tout le monde. Allez, sereine-toi ! Et il reprit sa tasse fumante, comme pour lui intimer l'exemple à suivre.

Le vieillard n'en but cependant pas plus d'une gorgée, avec laquelle il manqua de se bruler la gorge. Des petites larmes perlèrent autour de ses cils et il pesta contre la jeune fille, persuadé qu'elle aurait dû passer la tasse sous l'eau fraîche. «
Je suis sûr qu'elle cherche à me tuer! » plaisanta-t-il. Tuer. Ce mot fit tressaillir Etsu qui se redressa encore plus. Les shintôistes pouvaient-ils vraiment plaisanter avec la mort... ?

- Youhou ? Le nain lui faisait signe derrière sa tasse. Alors, pourquoi ta lumière ne brille-t-elle plus ?

- Ma... « lumière » ?

- Oui, ta... « lumière », reprit le prêtre en souriant. Nous descendons tous des kami. Et en tant que descendants, nous avons tous en nous la luminosité de notre kami, sa « lumière » intérieure. C'est, dans le langage populaire, ton... « bonheur » et ta « satisfaction à vivre », je crois. Tu vois ?

Etsu acquiesça, imaginant une lumière briller dans son corps. Enfin, la sienne ne devait pas vraiment briller puisqu'il n'éprouvait aucune joie à vivre.

- Notre lueur peut perdre de son intensité à cause de mauvaises actions, de choses qui nous rendent « malheureux ». Nous, on appelle ça des « impuretés ». Quand on est « malheureux », c'est qu'à un moment nous avons pris un chemin différent de celui qui nous rapproche de notre kami originel, c'est un « mauvaise chemin », le chemin de l'impureté. S'éloigner de son kami, c'est le refuser et ainsi refuser son origine, sa nature. C'est se refuser, refuser sa vie. Être venu jusqu'ici prouve que tu as des choses à te reproche vis-à-vis de ton kami... alors... Quelles sont ces choses qui ont assombri ta lumière ?

Le jeune homme, qui buvait littéralement ces paroles, essaya de se remémorer toutes les choses qui l'avaient rendu plus ou moins « malheureux » jusque là : son père, l'échec à l'école civile, son incapacité à maîtriser le fuuton, la disparition de son sensei, l'incompréhension des autres à l'égard de ses idéaux, son impuissance, l'exclusion, la mort... A peu près toute sa vie, en somme. Sans doute avait-il pris le « mauvais chemin » dès sa naissance... ?

Il allait en faire part au vieillard quand la jeune fille revint, les poings sur les hanches et tapant du pied. Elle n'était visiblement pas très contente.

- Toubou-sama, n'avez vous pas fini d'embêter ce jeune homme ?! Vous savez très bien que sa luminosité ne vous regarde en rien ! Cessez ! Il est largement temps d'aller vous coucher, maintenant !

Le vieillard se ratatina sur lui, mimant la peur et prit sa tasse de thé toujours pleine à témoin. « Mais je n'ai même pas fini mon thé ! », disait-il pour se justifier, mais ça ne suffit pas à convaincre la demoiselle qui n'eut qu'à faire un pas vers lui pour qu'il salut Etsu et n'aille se coucher.

- Quant à vous, elle se tournait maintenant vers Etsu, finissez donc votre thé puis déshabillez-vous !

- Euh... ? s'inquiéta Etsu

- Oui ! Vous ne comptez pas salir les tatamis avec vos habits tout crasseux, quand même !?



1 Les Miko sont de jeunes vierges qui détiennent/sont en passe de détenir toutes les connaissances. Elles portent des jupes rouges et une tunique blanche (sexyyyy).
Invité



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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Lun 12 Avr - 21:34

Dans sa tête.



Cette nuit-là, en position fœtale sur un tatami dur, Etsu rêva. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus rêvé ni même dormi, aussi, malgré qu'il eût du mal à trouver le sommeil, toujours troublé par l'éventration qu'on pouvait lui faire, il fût plutôt heureux de rêver.

Il s'imagina dans une autre dimension, loin des fourberies du monde terrestre, dans une contrée sans poussière ni étoile. Il n'y avait que du vide, du cotonneux, du vent et du frais. Il régnait là la même atmosphère qu'en très haute altitude, la gravité et la pression en moins.

Etsu était au milieu de tout ça, aussi inconsistant que l'air, aussi doux que les nuages. Il ne respirait plus. Il ne sentait plus son être. Il était vide de tout, sans organe, sans barrière charnelle. Il était le ciel, le coton et le vent à la fois. Et il brillait intensément. C'était chaud, agréable mais aussi rafraîchissant et grisant. Il aimait bien ça. Il était en totale symbiose avec la dimension dans laquelle il lévitait.

Il suffisait qu'il pense pour se mouvoir. Il fit donc quelque tour sur lui même à la vitesse de sa pensée avant de se rendre compte que chaque partie de son corps avait un effet sur sa dimension. Ainsi, s'il bougeait le bras gauche, le vent soufflait dans le même sens. Autre exemple, s'il redressait la tête, tout le ciel changeait de couleur. S'il tournait le bras droit, la température variée de la même façon. C'était le pied ! Il contrôlait le monde !

Et la lumière qui émanait de son torse translucide brillait vivement. Il était heureux. Il avait trouvé la voie vers son kami. D'ailleurs, il était en lui.
« Ce ciel, ces nuages, ce vent, c'est moi. » se hasarda-t-il a dire en tournoyant sur lui-même.

Presque aussitôt, le ciel, les nuages et le vent se mélangèrent pour prendre la forme d'un visage avec un long nez. Le décors s'obscurcit et Etsu chut.

Il se retrouva sur terre, dans la poussière, écrasé sur la roche par une force pesante qui le dépassait plus que tout. Il était impuissant, plein de douleur et de souffrance, encré dans ce sol sale et dur qu'il n'aimait pas.
« Cette terre, ces roches, cette saleté, c'est toi. » rectifia gravement le visage céleste et menaçant.

Puis il éclata de rire tandis que Etsu voyait sa lumière s'éteindre petit à petit. Il eut l'impression qu'il mourrait à même temps qu'elle disparaissait, aussi cria-t-il pour la retenir mais la lumière n'entendit rien et elle s'éteignit complètement.

Etsu subsista dans le noir, angoissant, respirant fort. Il avait peur. Il entendait des bruits de pas. Il y avait un chemin pas loin.
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Mar 13 Avr - 0:41

Village de Bokkoushou.



Au petit matin, un coq chanta et cela suffit à faire sursauter Etsu, tout en sueur, qui flanqua son bras gauche dans le mur le plus proche. Le fracas de sa main sur la paroi ne fit pas beaucoup de bruit mais il alerta la maîtresse de maison qui accourut aussitôt.

La jeune chaste s'essuya les mains dans son torchon et s'immobilisa à l'entrée. Inquiète de voir son invité la main fichée dans son mur, elle lui demanda si tout allait bien. Etsu acquiesça sans ouvrir la bouche, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Pendant deux secondes, il eut peur d'avoir déglingué un kami.

Ressentant son inquiétude, la demoiselle s'approcha et lui assura qu'il n'y avait pas de kami partout et que leur présence était toujours signalée par des « Gohei », des bandes en papier pliées, ou par des « Shimenawa », des cordelettes en paille de riz. Elle lui avoua être exaspérée par tous ces jeunes adeptes pris de ce qu'elle appelait « la paranoïa de la présence divine ».
« Certes, certains kami sont susceptibles et voyeurs, mais delà à s'imaginer épié par eux sept jours sur sept ! C'est du délire ! Eux aussi se reposent. », dit-elle en retirant la main de Etsu du mur. Elle souffla dessus, comme une mère l'aurait fait.

- Vous êtes debout depuis longtemps ? Demanda-t-il en désignant du menton le torchon bien sale qu'elle avait sur l'épaule.

-
Depuis le premier appel d'Amaterasu.

Il hésita à demander ce qu'était concrètement « le premier appel d'Amaterasu », de peur d'être franchement irrespectueux en plus d'avoir enfoncé sa cloison. Encore une fois, elle sentit son trouble et s'expliqua :

- Le premier appel d'Amaterasu, c'est l'aube. Le coq qui vous a réveillé appelle trois fois le soleil. La première fois, c'est l'aube, la seconde, c'est le crépuscule et la troisième fois c'est la levée définitive. Entre le premier et le dernier appel il s'écoule deux heures, environ. Là, le coq vient de remercier Amaterasu de s'être levée. C'était le troisième appel.

- Ah... fit simplement Etsu en reprenant possession de sa main.

- Oui. Tout le village s'éveille entre le premier et le deuxième appel. Pour accompagner le soleil. Enfin... voilà.

Elle se redressa et caressa le mur pour prendre connaissance des dégâts. Elle s'étonna de la fissure causée, persuadée que la paroi était on ne peut plus résistante. Elle s'en alla après, en précisant qu'il faudrait réparer ça avant la tombée de la nuit.


Enfin seul, Etsu put émerger de son sommeil comme il se devait de le faire. Il se frotta d'abord les yeux, bailla, ordonna sa barbe, se gratta le torse, s'ébouriffa la crinière et... repensa à sa nuit. Il avait rêvé. Il se souvint vaguement d'une lumière – sans doute parce que le nain lui en avait parlé la veille -, de l'obscurité et d'un visage – plutôt laid. Il se souvint également de l'angoisse qu'il avait ressenti, ce qui l'avait probablement poussé à poignarder ce pauvre mur. Il ronchonna. Il était certain d'oublier LE détail qui expliciterait ce rêve qu'il n'avait jusqu'alors jamais fait. Il fallait le dire, en de telles circonstances, en de tels lieux, n'importe qui se serait plu à croire qu'il s'agissait là d'un message des kami. C'est ce que Etsu crut et ça le frustrait de ne pas pouvoir l'interpréter comme il se devait. Il décida d'aller en parler au nain.

Ainsi tendit-il un bras pour attraper ses habits là où il les avait laissé en se couchant et, forcé de constater qu'ils n'y étaient plus, se sentit idiot. Il n'osa penser trop fort qu'un kami était venu les lui dérober durant son sommeil et s'enfonça dans ses couvertures avec le curieux sentiment d'être observé. Ce n'était pas parce qu'il n'y avait pas de Gohei au dessus de sa tête qu'il n'y avait pas de dieu pour se moquer de lui !


En début d'après midi, Etsu était enfin levé. En fait, ce n'était pas les kami qui lui avaient dérobé ses vêtements mais bien Onore, la jeune fille, qui les avait pris pour les nettoyer. En échange, elle lui offrit un pan de tissu qui ferait office de caleçon. Et c'était tout.

- Oui, vous n'avez pas besoin de plus pour votre cérémonie rituelle, avait-elle expliqué.

Un peu étonné, Etsu s'était habillé de ce morceau de tissu simple comme il avait pu et était sorti dans le village tel quel. Il se tenait tout recroquevillé sur lui, honteux, pudique. Devant lui passa une tripotée de jeunes enfants, tous aussi nus que lui, et dont la moyenne d'age ne devait pas dépasser les 6 ans. Toubou apparût derrière eux, habillé lui aussi d'un caleçon de fortune.

- Roh ! Regardez-moi les courir ces petits ! Elle va ! Elle va ! Elle va vite la jeunesse ! C'est magnifique ! Vous savez d'où ils nous viennent ceux-là ? D'iwa ! Etsu fut interpellé par ce nom qu'il connaissait plutôt bien. Leurs parents ont fui le village durant l'occupation et les voilà resté parmi nous. Voyez comme ils se plaisent ! Vous en connaissez peut-être quelques uns, hm ? Suspecta le vieillard.

Etsu se décomposa sur place. Alors, il savait ? Que savait-il encore sur lui ? Depuis combien de temps le menait-il en bateau ?

Il balbutia quelques minutes, hésitant. Le vieillard le fixait, très attentif, attendant sa réponse et lâcha finalement un «
Si je demande ça, c'est parce que vous avez réagis au nom d'iwa, alors je me suis autorisé à penser que vous veniez de là-bas. C'est juste ? » qui rassura à peine Etsu. Ce dernier préféra changer de sujet et demanda en quoi consistait la « cérémonie rituelle ».

- Oh ! Rien de bien sensationnel, on va juste nous asperger d'eau et réciter quelques prières... Vous venez d'iwa alors ?

- Pourquoi on nous asperge d'eau, au juste ?

- C'est l'eau sacrée dans laquelle Izanagi s'est purifié suite à son voyage dans le royaume des morts. Cela rassura Etsu. Lui aussi, il avait pas mal côtoyé la mort, il pourrait enfin s'en laver. C'est surtout très symbolique. C'est pour laver nos chairs des petites souillures du quotidien, et puis on fait ça avant d'entrer en contact avec eux, avant d'entrer dans le sanctuaire.

- Et... pour les souillures on ne peut plus... inhabituelles ? Osa demander Etsu, comme si de rien n'était.

- « Inhabituelles » ? Eh bien là... il faudra voir à respecter quelques abstinences. C'est toujours proportionnel à l'acte effectué, en fait. Par exemple, si, malheureusement pour vous, vous avez côtoyé la mort... il conviendra de vous exiler. L'ermitage, c'est un bon moyen de se faire pardonner. M'enfin... c'est le genre d'ablution rituelle que je ne conseille à personne ! A ça non ! C'est trop horrible...

Et le vieillard le planta là, se dirigeant dans la direction où tous se pressaient, s'exclamant de « O ! Ça non ! » et de « C'est vraiment trop horrible ! ». L'ermitage... ce n'était sûrement rien comparé au meurtre.

Etsu se mit lui aussi à suivre la cohorte, calculant combien de temps il devrait s'exiler pour s'acquitter au moins d'un de ses assassinats, tenant compte de l'égalité de la souillure et de l'ablution. Sûrement que ça lui prendrait bien plus d'un mois, voire plus d'un an.
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Mar 13 Avr - 17:48

Village de Bokkoushou.



Une file toute entière attendait aux abords de la cascade. C'était un attroupement plutôt conséquent et uniquement composé d'hommes et de garçons. Etsu joua des coudes dans la queue pour rejoindre Toubou, en train de piétiner sur place, visiblement très excité, comme tous autour de lui.

- Excusez-moi mais... pourquoi n'y a-t-il que des hommes ici et pourquoi autour de cette cascade ? Hurla-t-il a l'oreille du vieillard qui lui faisait signe qu'il n'entendait rien à cause du bruit de l'eau.

- Haha ! Pourquoi voudrais-tu qu'il y ait des filles, hm ? A Iwa vous avez l'habitude de les regarder prendre leurs bains ? C'est ça ?

Toubou essayait toujours de lui faire cracher le morceau à propos de son village natal. Etsu n'en tint pas compte et rectifia sa question :

- J'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas de différenciation des sexes dans votre hiérarchie ! Alors, que font les femmes tandis que les hommes viennent se purifier ? Et pourquoi cette cascade ? Vous m'aviez dit qu'on se ferait simplement asperger d'eau !

Le vieillard bouda quelques secondes, vexé que son camarade s'obstine à esquiver ses questions. Il haussa les épaules et essaya un : « Peut-être qu'elles font comme à Iwa, les femmes ! » qui ne convaincu pas l'ancien iwajin. Il décida de remonter la colonne humaine en revenant sur ses pas, franchement pas décidé à aller se faire « asperger » sous cette cascade, bousculant à l'occasion quelques hommes aussi nus que lui. On ne lui dit rien. Il ne s'excusa pas.

Etsu laissa volontairement passer les retardataires devant lui qui le remercièrent de courbettes et de grands sourires. Quand il les voyait se baisser, il avait froid et honte pour eux. Avaient-ils conscience que sous leur pan de tissu il y avait... leurs « bijoux de famille » ? Il se ratatina sur lui. Malgré sa proximité avec le village de la roche, Bokkoushou en était totalement différent, voire l'exact contraire. Ici, c'était tous des farfelus. Là-bas, c'était tous des farfelus mais parce qu'ils se bourraient la gueule pour... Pour quoi se bourrait-on la gueule à Iwa, au fait ? Sans doute que c'était inscrit dans les gènes... Enfin, Bokkoushou était un village d'arriérés et pas Iwa. On se trimballait en pagne pour aller prendre sa douche mensuelle dans le lac voisin et on priait les petites cuillères pour ne pas choper de caries. C'était du gros délire, mais c'était supposé rendre les forces de la nature heureuses, alors bon, s'il suffisait de ça pour qu'il ne neige pas en été....

Il alla s'asseoir un peu à l'écart de la cohorte qui avançait à l'allure des gastéropodes. A la tête de la file, un mec en pagne se risquait à marcher sur la roche humide et disparut sous le torrent d'eau puissant - bien que pas bien élevé - et on ne sut s'il était toujours en vie que parce qu'il criait de douleur, de froid et de... joie. Quand il ressortit de l'autre côté, son caleçon ne cachait plus rien, sa peau blanche avait viré au rouge et il arborait un sourire jusqu'aux oreilles. Ça ne suffit pas à encourager Etsu et encore moins à le convaincre de l'utilité de ce rituel masochiste concernant ses intérêts personnels. Lui, s'il était là, c'était pour remettre son compteur de mort à zéro et pour ça, il devait s'exiler. Il avait calculé approximativement en prenant pour règle que la mort douloureuse équivalait à deux ans et demi d'ermitage et que la mort rapide n'en valait qu'une ; que la non assistance à personne en danger valait six mois et que plus la personne était jeune et « pure », plus de mois il fallait ajouter. Ainsi il mettrait douze ans et deux mois à se purger. De quoi perdre totalement les pédales. Il soupira. Il était fichu... Mieux valait allez crever au fond du lac dès maintenant !

- Vous n'y allez pas ? Lui demanda une main qui se posa sur son épaule et qui le tira de ses rêveries.

Etsu sursauta. C'était la matriarche du village, celle qui l'avait fait entrer la nuit dernière et qui lui avait proposé de crécher chez le nain Toubou. Elle aussi paraissait savoir lire dans les pensées, aussi sa question le dérouta.


- Sous la cascade, vous n'y allez pas ? Reprit-elle.

- Ah ! Ça ! Si, si ! Évidemment que si ! ...

Elle le regardait avec beaucoup d'attention, les yeux brillants, précis, enfoncés au plus profond des siens, comme si elle voulait lire en lui. Etsu se sentit obligé de baisser la tête pour fuir et remarqua alors qu'elle, elle ne portait pas de pagne.

-... Il faut.. il faut que... Balbutia-t-il, choqué.

- Oui ?

Il s'excusa et partit réintégrer la troupe qui s'était mise à claironner des chants shintô. Après une telle surprise, une bonne cascade sacrée sur la tête ne lui ferait pas de mal !
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Mar 13 Avr - 22:45

Village de Bokkoushou.




C'était bientôt à son tour de passer sous la cascade. C'était fou ce que la puissance de l'eau, le ronflement qu'elle faisait et l'air frais, humide qu'elle brassait étaient imposants. « Rien de bien sensationnel » avait dit Toubou. C'est ça oui, il s'agissait juste d'une cascade énorme sous laquelle on était censé rester cinq secondes sans se laisser engloutir ! Sinon, rien de sensationnel ! Etsu en avait la chair de poule. Si pour purifier son corps des « petites souillures quotidiennes » il fallait se jeter dans les bras d'une cascade furibonde, il imagina à quoi devait ressembler l'abstinence qu'obligeaient les grosses crasses et comprit pourquoi le nain ne souhaitait ça à personne.

Il avança d'un pas. Il ne restait plus que deux prêtres devant lui. L'un d'eux dansait, l'autre tremblait.


- C'est ma première fois ! Je suis sûr que je vais me faire emporter !

- Et alors ? Si tu tombes, tu te retrouveras dans la rivière, là au moins, tu seras sûr d'être pur ! Plaisanta le chef de file en se frottant les mains, pressé d'en finir.

Etsu aussi était pressé d'en finir, et s'il était possible de le faire sans passer par la case « cascade », c'était mieux. Il avança encore d'un pas et la boule dans son ventre grossit. Qu'est-ce qu'il faisait là, déjà ? Qu'est-ce qu'il en avait à faire des rituels de ces crétins du shintô ? Qu'est-ce qu'il en avait à faire des kami et de leurs punitions ? Qu'ils fassent trembler la terre, pour voir ! Ça lui importait peu ! Il éternua. C'est vrai qu'en y réfléchissant un peu plus... il avait tout intérêt à alléger ne serait-ce qu'un peu sa peine, kami ou pas.

- Allez, c'est à moi ! Hurla son prédécesseur en courant sur la paroi glissante. Il était vaillant, lui.

Etsu avança, de moins en moins décidé. C'était vraiment glissant ce bordel ! Ils étaient vraiment tarés les shintô ! Et puis il faisait vraiment froid aussi près de la cascade. Et elle faisait un boucan du tonnerre, impossible de s'entendre penser ! Le gaillard qui avait couru dans les bras liquides essaya de crier lui aussi, mais il avala des trombes d'eau et manqua de s'étouffer. Etsu le vit reculer et recracher la flotte. Derrière lui, il y avait les Miko qui l'encourageaient. Elles étaient donc cachées là, les filles !

Ce fût à son tour. Il avança avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d'hésitation. Il avait regardé plusieurs fois derrière lui pour voir si quelqu'un ne voulait pas repasser ; puis en l'air pour voir si l'eau ne s'arrêtait pas de couler, par hasard... On sait jamais.

Les jeunes filles lui firent signe de les rejoindre. Il leur demanda si c'était à lui qu'elles s'adressaient et fatalement la réponse fut positive. Il s'approcha alors du rebord, droit comme un i, rigide comme une planche et ferma les yeux. Ses doigts de pieds effleuraient à peine le rideau solide de l'eau qui, tellement fraîche, entamait doucement sa chair. Il hésita à s'avancer un peu plus et, tout crispé, pria son kami - s'il en avait vraiment un – de ne pas faire le con. Etsu ne savait pas nager. Il avança quand même la tête.


Même pas une minute après, Etsu savait pourquoi il n'avait jamais appris à nager : il détestait l'eau. Il détestait l'eau, le mouillé, l'humide, le glissant et tout ce qui rentrait facilement dans le nez, les yeux, les oreilles et la bouche. Tout ce qu'on ne pouvait pas saisir et retenir entre ses doigts. Tout ce qui étouffe, tout ce qui mouille, tout ce qui fait coller les cheveux à la peau. L'eau. C'était dégueulasse. Ça n'avait même pas de goût, l'eau !

Il sortit de derrière la cascade, trempé jusqu'aux os, la tête toute retournée. Il chancela à moitié. Combien de mégalitre de flotte s'était-il pris sur le crâne en même pas deux secondes ? Aucune idée, il était littéralement sonné.

Quelqu'un s'approcha de lui. Il ne put voir qui c'était, ses yeux lui faisaient presqu'aussi mal que son corps tout entier.

- Alors, ça m'étonnerait qu'on fasse des choses aussi chouettes à iwa, hein ?

C'était Toubou. Il lui passa une serviette sur les épaules et le soutint pour ne pas qu'il tombe. La paroi était toujours glissante et il aurait été dommage que son jeune acolyte ne se vautre après avoir survécu à la cascade. Etsu voulut lui dire ce qu'il pensait tout au fond de lui : « Vous êtes un vrai connard ! » mais il était trop lessivé pour s'exprimer. Il arrivait tout juste à respirer, c'était déjà bien.

Le nain le guida vers les autres et on lui offrit des habits on ne peut plus couvrants. Après que l'eau ait littéralement épuré son corps, Etsu apprécia la douceur du tissu, sa coupe, sa doublure... Des choses auxquelles d'ordinaire il ne prêtait pas attention. Il se plu à se demander s'il s'agissait de lin ou de coton, quoi que ça ait été, c'était tout chaud et il aimait bien ça.


Ils rejoignirent la cohorte qui s'était installée au milieu du petit bois, dans un sanctuaire délimité par un muret et par un Torii recouvert de mousse. Au centre, il y avait un arbre autour duquel était accrochée une cordelette rouge. Tout le monde s'agenouilla, sauf la matriarche qui s'était vêtue d'un large kimono très cérémonial. Elle faisait des gestes très amples avec ses bras.

- Humblement, j'approche le kami par la prière, dit-elle d'un ton solennel, en ne cessant ses gesticulations. Notre grand ancêtre kami Izanagi no Okami a pratiqué le misogi en ce lieu (...)

Etsu fixait intensément le ruban rouge accroché au vieil arbre. Quel genre de kami se terrait là-dedans ? Qui était-il ? Que provoquait-il ? Que sentait-il ? Que pensait-il ? Tout un tas de question le submergea, bien qu'il n'osa les approfondir tant l'atmosphère était lourde d'austérité et de pureté originelle.

- Je demande humblement au kami de me nettoyer de toutes mes impuretés, qu'elles soient à l'intérieur de moi, entre moi et les autres, entre moi et la grande nature.

- Entend ces modestes paroles, reprit la masse shintoïste, avec humilité et révérence, je prononce cette prière.

Etsu eut vraiment la sensation que l'arbre, mais aussi toutes les particules de la terre sur laquelle il était agenouillé entendaient et comprenaient ce qu'il leur était demandé. Il était persuadé de sentir un être transcendant en ce lieu. Étrangement, il n'avait pas peur. Il était plutôt apaisé et... heureux ?
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Mer 14 Avr - 17:39

Village de Bokkoushou.




Après la prière tout le monde se releva et se salua, s'embrassa chaleureusement et embrassa même le sol et le ciel. Etsu resta agenouillé, ne comprenant pas trop ce qu'il se passait autour de lui ni même en lui. Une douce euphorie avait pris la cohorte et lui se sentait léger, vide dans sa peau, serein et plein d'une nouvelle énergie qu'il n'avait jusque là jamais ressenti et qui se propageait dans tout son corps ; qui voulait s'exprimer au-delà et à travers lui. Il n'osa déranger Toubou dans ses embrassades pour lui demander ce qu'il se passait. Sans doute était-ce le retour de la douche-cascade, qui, il fallait le dire, dénouait plutôt bien les nerfs et a fortiori raplaplatissait tous les cerveaux pour ne plus laisser aux hommes que leur côté légume propre et amoureux. Ou alors c'était la réponse du kami qui offrait cette sérénité en guise de « Merci de m'aimer ».

Etsu se releva et s'épousseta délicatement. Presque aussitôt, on vint l'embrasser, l'enlacer, lui toucher les cheveux... Jamais il n'avait assisté à un tel entrain, à une telle allégresse qui, en plus d'être sobre de toute substance illicite, était communicative. Au lieu de repousser tout bonnement ces abrutis qui venaient lui caresser les cheveux, comme il l'aurait fait avec n'importe quel barge d'iwa, Etsu sourit d'étonnement. En fait, ses lèvres s'étaient tendues toutes seules sans même qu'il ne s'en rende compte. On vit même ses dents.

La matriarche vint aussi l'étreindre. Son kimono était doux, soyeux, et si elle ne lui avait pas murmuré à l'oreille, il se serait certainement endormi dans ses bras.


- J'espère qu'ainsi vous avez un peu recentré votre Makoto, chuchota-t-elle.

- Quoi ? Fit-il gentiment, c'est quoi mon « makoto » ?

Elle se moqua un peu de son ignorance et reprit :

- C'est votre conscience.

- Ah... dans ce cas, oui : j'ai totalement conscience de l'étrangeté de vos rîtes !

Elle rît encore.

- Vous n'êtes pas obligé de les suivre... Chacun ses rîtes et ses pratiques. L'important est de communier avec la nature.

Il acquiesça et elle l'amena un peu à l'écart du bonheur ambiant.

- Le Makoto, c'est la sincérité que vous avez avec vous même, lui expliqua-t-elle en pointant son index vers son torse, les autres appellent ça la « prise de conscience de son être et de ses actes » ou la « vérité ». Ici, il n'y a pas de vérité. Il n'y a que les kami, la nature et la pureté qu'on leur doit car ce sont nos parents. C'est ma vision du shintô. Vous n'êtes obligé d'avoir la même.

- Alors pourquoi de tels rîtes ? Pourquoi tous vous réunir pour venir prier ici ?

- Ici, elle désigna de ses bras l'environnement autour d'eux, les hommes ont choisi de suivre ma voie du shintô. Mais, là, elle pointa de nouveau le torse de Etsu, chacun l'exécute et le ressent sur son propre chemin. Nous avons tous un chemin à parcourir en nous, Etsu se rappela de la lumière dont lui avait parlé Toubou qui brillait plus ou moins à l'intérieur de lui en fonction du chemin qu'il empruntait pour rejoindre son kami, c'est ce qui uni les êtres. Cependant, nos chemins sont différents et le Makoto change en fonction de ces différences.

- Le makoto, c'est la « lumière » ? Demanda Etsu. La matriarche acquiesça et reprit :

- Notre chemin intérieur vers le kami peut se diviser à n'importe quel moment, selon qu'on réalise de « bonnes » ou de « mauvaises » choses. Il n'y a cependant pas de jugement de ces choses. C'est l'être, vous, qui réalise la chose qui la rend « bonne » ou « mauvaise », grâce à son Makoto. Si vous ramassez une fleur de terre, seuls vos sentiments envers vous-même, envers les autres qui n'ont pas pu la ramasser et envers la nature qui a perdu sa fleur pourront diviser votre chemin ou non.

Dans sa tête, Etsu rassemblait tous les éléments. En gros, c'était la culpabilité et l'acceptation de cette dernière qui faisaient varier la lumière, le bonheur. Le « chemin » dont on lui parlait symbolisait certainement l'évolution de la maturité et la prise de conscience des choses et de la vie. Plus on prenait conscience, plus on avançait dans son chemin. Plus on acceptait de voir les choses telles quelles étaient, plus on était heureux. Bon, c'était plutôt simple, en fait.

- Cependant, rectifia la matriarche, il faut prendre garde à ne pas trop perdre de son Makoto. Il faut voir à rester le plus serein et le plus clairvoyant possible, sinon le kami est déshonoré. Votre lumière est un fragment de l'essence du kami. Si elle ne brille pas, le kami vous rappellera de réagir et rappellera au monde entier de réagir.

- Ah... et comment le kami nous rappelle-t-il de réagir ?

- Oh ! De bien des manières ! Il faut toujours rester attentif aux signes de la nature. Certains kami sont très... vicelards.

Tout devint plus clair soudain. Lorsqu'on tombait malade, c'était notre kami qui nous rappelait à l'ordre. Etsu demanda comment faire pour retourner dans son chemin principal le plus vite possible sans que le kami n'ait le temps de tempêter.

- En vous purifiant comme nous l'avons fait aujourd'hui. Il y a beaucoup de rites de purification qui permettent de recentrer son Makoto. Mais comme je vous l'ai dis : c'est vous qui jugez le degré de votre égarement et donc celui de votre ablution, ainsi vous êtes libre d'inventer vos propres rituels en fonction de ce qu'ils provoquent en vous. Sachez cependant que plus vous vous serez éloigné de votre kami, plus son rappel sera vif et pesant, et pas seulement pour vous: pour ceux qui vous entourent aussi. C'est aussi pour cela que parfois, nous avons besoin de nous retirer de tout pour entrer en communication directe avec notre kami et lui demander pardon pour les autres.

Elle lui dit ensuite qu'en parlant avec lui, elle avait un peu dévié de son chemin et qu'il fallait à tout prix qu'elle retourne danser avec les autres. C'est ce qu'elle fit et Etsu resta là, à réfléchir. Les hallucinations, les envies de suicides, l'exclusion des iwajin, les échecs et le manque d'amour... étaient-ils des rappels de son kami ?

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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Mer 14 Avr - 23:20

Village de Bokkoushou.



Le silence. Après une telle après-midi, le silence s'écoutait comme un bien drôle de bruit. Il n'était pas aussi lourd et sauvage que le vacarme de la chute d'eau et encore moins apaisant et enjouant que celui des chants et des accolades des prêtres. Le silence. C'était la déprime totale.

Etsu était assis sur le même coussin que la veille, il s'y tenait tout aussi droit et, bien qu'il avait un furieux mal de dos à cause du rituel de purification, continuait à vouloir se faire léger.
En face de lui il y avait Toubou, la tête posée sur ses bras. Il le fixait, les sourcils froncés.


- Qu'est-ce qu'on fait à iwa en attendant le repas, généralement ? Se hasarda-t-il à demander, sans espoir de réponse.

Le jeune homme se gratta le menton et fit mine de ne pas avoir entendu.

- Vous descendez au bar, j'imagine, c'est ça ? Insista-t-il.

Le vieillard avait une vision bien stéréotypée des iwajin, et bien qu'elle s'approchait beaucoup de la réalité, les images typées qu'il évoquait commençaient doucement à agacer Etsu. Lui, il ne voulait pas parler d'iwa et encore moins de ce qu'il s'y faisait.

- Pourquoi vous ne voulez pas répondre ? C'est si horrible que ça la beuverie à volonté ?

Etsu esquissa un sourire exaspéré qui redonna courage au nain.

- Ah ah ! Alors, vous venez d'iwa ! Cette phrase n'aurait fait rire qu'un iwajin ! S'exclama-t-il en se redressant, victorieux.

- J'ai pas ri, rectifia sévèrement Etsu.

- Vous avez souris, mais votre fort intérieur a ri ! Ça revient au même ! Vous êtes un iwajin !

Il était monté sur la table et l'avait pointé de son vieil index comme s'il venait de trouver la réponse à l'énigme du siècle. Etsu se sentit mal à l'aise, ne sachant pas s'il devait rire d'un tel spectacle ou s'inquiéter de la révélation. Le vieillard s'assit en tailleur sur la table et le toisa, sérieux.

- Alors, c'est comment ?

- De quoi qui est comment ?

- Iwa ! C'est comment ? Et vous faisiez quoi là-bas ? C'est quoi votre nom au fait ? Et pourquoi vous êtes parti ? Les filles sont belles ? Il y a beaucoup de bar ? Comment est le Tsuchikage ? Les ninja, ils sont si forts que ça ?

Voilà ce que craignait Etsu : les questions, et le vieillard qu'était Toubou semblait en avoir autant qu'un enfant sans éducation. Que devait-il répondre ? « C'est moche. » ; « Je tuais des gens. » ; « Je m'appelle Daiki Etsu. » ; « Je suis parti parce que ça puait le complot » ; « Les filles aussi complotent » ; « Les bars... il y en a. » ; « Le Tsuchikage est un salopard et les ninjas sont des chiens à sa botte. » ; « Minable. ». Au fur et à mesure que les secondes passaient dans le silence, le vieillard approchait son oreille pour mieux capter sa réponse. Etsu tourna la tête et se leva.

-
Vous n'avez qu'à y aller, vous verrez par vous-même, fit-il froidement en tournant les talons pour sortir. Iwa, il n'en parlerait plus jamais.



Dehors, le soleil se couchait à peine. Il y avait une classe pour l'essentiel composée d'enfants hauts comme trois pommes et assis par terre qui écoutaient silencieusement le cours de leur prêtre enseignant. Il leur expliquait comment chanter et pourquoi chanter. Il disait que dans le chant, chaque syllabe, chaque mot avait un sens grâce au son – et donc grâce à la manière dont il était prononcé – et grâce à sa signification. Il prit un tambour et frappa dessus. Comme ils étaient près de leur maître, les gamins râlèrent tant le bruit heurta leurs petites oreilles sensibles. « Ainsi, ressentez la vibration. Entre vous et le divin esprit, il y a la même. Ainsi, entre le tambour et les paroles envoyées à votre kami, il doit exister la même vibration. ». Il prit un enfant pour cobaye et désigna sa gorge. Il expliqua : « Ici, il y a les cordes vocales. Elles vibrent lorsque nous parlons, comme la peau de ce tambour. Quand vous chantez, tournez vous vers le chemin du divin et ainsi il pourra recevoir vos vibrations et vous répondre. Vous entendrez la voix du kami grâce à votre voix, et ses pensées grâce à vos pensées. ». Un gosse se hasarda à demander comment le kami pourrait reconnaître sa voix et lui répondre si jamais d'autres de ses descendants chantaient en même temps que lui. On lui dit que le kami le connaissait et que si lui aussi connaissait son kami, il n'y avait pas d'erreur possible. « Lorsque l'on chante dans le chemin du kami, nous nous unissons à lui, c'est pour cela qu'il faut faire très attention à ce que l'on chante et à ce que l'on pense sinon la coexistence avec le kami ne peut se faire. »

La coexistence. Ce mot fit pouffer Etsu qui venait justement de fuir la maison de Toubou tellement celui-ci était insupportable. Assurément, leurs pensées étaient des plus différentes. Il comprit mieux alors pourquoi il ne s'était jamais plu à iwa : personne n'avait jamais été fichu de capter ses pensées ni même seulement d'essayer. S'il avait été kami, il se serait fait un plaisir de les rappeler à l'ordre !

Le cours se finit sur un exemple de chant et les enfants se dispersèrent vite dans toutes les directions. Le prêtre enseignant salua Etsu qui lui répondit du menton. Tambour sous le bras, il s'approcha de lui et lui demanda si la leçon lui avait plu. Le jeune homme se frotta la barbe et répondit positivement, blaguant cependant sur la voix de ténor qu'il n'avait pas. Le prêtre rit de bon cœur et lui assura que les kami n'en tenaient pas compte ; il l'invita ensuite à allez au bar.

- Un bar ? Vous avez un bar ici !?!

- Bah... évidemment ! Pourquoi n'en aurions-nous pas un ?

Etsu hésita à répondre un « Je sais pas, peut-être parce que l'alcool c'est pas très sain ! », mais il douta que le shintoïste et lui, l'iwajin, aient eu la même définition du mot « bar ». Il le suivit alors, pressé de voir à quoi ressemblait l'enseigne.

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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Jeu 15 Avr - 23:30

Village de Bokkoushou.




Le « bar » dans lequel l'emmena le prêtre n'avait, ni à l'extérieur ni à l'intérieur, en rien l'aspect d'une brasserie comme le pensait Etsu. Il ressemblait tout au plus à un petit salon de thé à la capacité d'accueil très restreinte. Il n'y avait pas de comptoir à proprement parler mais une longue table qui faisait office de présentoir sur lequel trônaient des sucettes aux fleurs et des amulettes diverses. Le prêtre lui expliqua que l'enseigne servait aussi de magasin de souvenir pour les simples voyageurs et qu'ainsi le gérant et les prêtres qui l'aidaient à concevoir ses produits pouvaient rentabiliser l'affaire et investir dans de nouveaux meubles. « Ceux-là sont un peu vieux », dit-il, « Il est temps de les changer si nous ne voulons pas qu'un kami s'amuse à les détruire avec nos rares clients extérieurs dessus ». La scène était plutôt marrante à imaginer et les deux compères rirent de bon cœur et préférèrent donc s'installer sur les coussins.

Etsu ne prêta pas attention aux rares personnes présentent, mais toutes le regardaient plutôt mal et des chuchotements se faisaient entendre derrière lui. Après quelques minutes, quelqu'un s'approcha et lui demanda sournoisement :


- Alors comme ça, on est ninja d'iwa ?

La question étonna le prêtre. Etsu cessa immédiatement de sourire et se crispa tout entier. Dès qu'il entendit le mot « ninja », son visage récupéra toute sa froideur et sur lui retomba toute sa paranoïa. Comment savait-il ?

- Pardon ? Fit-il en jetant un œil à son camarade qui ne comprenait pas plus que lui.

- Vous venez d'iwa, pas vrai ? Et vous êtes ninja, hm ? Qu'est-ce que vous êtes venu faire à Bokkoushou, au juste ?

Encore et toujours cet iwa. Encore et toujours des questions. Etsu but son jus de raisin comme pour mieux digérer la chose. Il profita d'être caché derrière son verre pour dépeindre son interlocuteur. Il était plutôt balèze.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? Lâcha-t-il calmement en reposant son verre, tout en retenue.

Le mec éclata de rire et fouilla dans sa poche sans le quitter des yeux, ironisant un « Qu'est-ce qui me fait dire ça, hein.... » pour finalement jeter ce qui ressemblait à... un bandeau. Etsu écarquilla les yeux en reconnaissant l'objet. Son sang ne fit qu'un tour et il n'osa plus bouger. S'il le tuait, il passerait un quart de sa vie en ermite.

- Visiblement, c'est bien à vous, il se tourna et fit signe aux personnes derrière lui qui ne loupaient rien de la scène, on a bien fait de fouiller ses affaires, les mecs ! Il lui fit de nouveau face: Alors, qu'est-ce que vous êtes venu faire ici ? Vous n'avez pas honte de venir tout plein de souillure ? Vous n'en avez rien à faire du chaos que votre présence peut entraîner, hm ? Je comprend mieux pourquoi vous avez secoué ce pauvre Adashi l'autre nuit et comment vous avez défoncé le mur de Onore-chan !

Oula. Oula. Oula ! Etsu ne comprenait strictement rien mis à part qu'on lui balançait tout un tas de reproches au visage et qu'on avait fouillé dans ses affaire. Il se leva, pris son bandeau et toisa les cinq-six clients présents. Les reproches, il n'aimait pas ça. Les fouineurs, non plus.

- Alors ici aussi on fouille, on épie ?! Il attrapa son verre de jus de raisin et balança son contenu à la figure de celui qui avait volé son bandeau. Tiens ! C'est le rituel de la connerie ! Il lui jeta ensuite le verre : Et le pardon du kami !

Suite à quoi il lui passa à côté et sortit du bar. Les gens de Bokkoushou avaient un sérieux soucis avec ceux d'iwa, et encore plus avec les ninjas, visiblement. Sans doute était-ce lié aux souillures que les ninjas transportaient dans leurs sacs partout où ils allaient et qui provoquaient les kami, au détriment du petit bonheur des gens qu'ils rencontraient. Ou alors la guerre en était encore la cause et certains des habitants de Bokkoushou, qui avaient été forcés de fuir face à l'incapacité des iwajin à contrer Akakaminari et qui avaient trouvé du réconfort dans le shintô et ses croyances, ne pouvaient plus accepté l'iwajin, trop déçus de leurs anciennes vies.

Etsu voulut crier de colère, mais la rage ne lui permit pas de desserrer les dents. Jusqu'à maintenant, il avait osé croire qu'ici, à Bokkoushou, les gens étaient on ne peut moins intéressés qu'ailleurs, moins superficiels, plus naturels et qu'ainsi personne n'aurait jamais cherché à savoir d'où il venait, qui il était et surtout, qu'est-ce qu'il cherchait à effacer. Avec toutes ces histoires de lumière intérieure et de chemin vers l'être originel, l'histoire de la communion avec la nature, de la pureté rituelle, il avait baissé sa garde et n'avait plus pensé de mal de l'être humain. Il avait eu tort.

Il arrêta ses grandes enjambées dans le sanctuaire où reposait l'arbre-kami. Y avait-il vraiment quelque chose là-dedans ? Les kami punissaient-ils vraiment les hommes qui les oubliaient ? Y avait-il vraiment une justice autre que celle des hommes pour les hommes ?

Son bandeau glissa entre ses doigts et il s'approcha de l'arbre. Il hésita à le toucher et essaya d'abord de capter son aura, faisant papillonner ses mains autour du tronc. Rien. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Pourquoi s'était-il soudainement mis à croire aux kami ?

Il baissa les yeux. Il y avait un oiseau mort dans l'herbe. La mort. Il abandonna son auscultation et fixa l'arbre tout à fait banal. La mort, c'était ça qui l'effrayait. C'était pour ça qu'il s'était mis à croire aux kami et qu'à présent il lui était impossible d'y rester indifférent. Daiki Etsu avait besoin de croire que la mort était contrôlée par quelque chose, par quelqu'un ; qu'elle ne se présentait pas comme ça, un beau matin, au réveil et qu'elle frappait au hasard le premier venu. Croire que c'était les kami qui régissaient la mort lui plaisait. Après tout, il était si simple de tuer. Il suffisait d'avoir une arme, de fermer les yeux et hop ! Il y avait mort. Là, comme ça. On arrêtait de réfléchir deux secondes et on avait tué. Etsu avait peur de rencontrer un jour quelqu'un qui s'arrêterait de réfléchir, une arme à la main et qui le tuerait en deux secondes. Penser qu'un kami, n'importe lequel, puisse, par sympathie uniquement, le sauver d'une telle fin le rassurait énormément. Avoir ne serait-ce qu'un seul kami de son côté devenait alors très intéressant. Il était dès lors prêt à tout pour ça.

Les larmes lui montèrent aux yeux. Il se rendait compte qu'il était tout aussi fourbe et cupide que les autres. Son corps lui parût soudain être un poids qu'il n'était plus à même de porter, comme si son âme ne l'avait jamais mérité. En quoi Daiki Etsu pouvait-il juger les autres ? Il tomba à genou. Il n'était pas plus parfait qu'eux, il était même pire : il dénonçait à tort et à travers les méfaits des uns mais lui, de son côté, il ne faisait pas mieux ! Il prit sa tête entre ses mains. Il essayait même de berner les kami pour surmonter ses angoisses humaines ! Il était horriblement dégueulasse. Il se laissa tomber sur le côté. Il ne méritait même pas de se trouvait là, au pied de ce magnifique arbre, qui n'était en rien des plus banals. Il était merveilleux. Toute la forêt était belle. Même cet oiseau mort, comparé à lui, était sublime.

Au bout d'un moment, Etsu se mit à pleurer. Il n'arrivait plus à retenir ses souillons et s'excusa auprès de la nature de la salir avec ses pleurs. Il s'endormit peu après.
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Ven 16 Avr - 18:51

Dans sa tête.


Cette nuit là, en position fœtale dans l'humus, Etsu rêva de nouveau. Il n'eut aucun mal à s'endormir, fatigué par sa journée épuisante, et son songe lui paru mille fois plus réel que celui de la nuit précédente.

Il était au milieu d'un chemin enneigé duquel il ne discernait plus les bordures. La neige s'était amassée à l'instar d'une grosse couverture immaculée et il n'y avait rien d'autre à l'horizon que son éclat blanc.

Bien qu'il n'y avait pas de soleil dans le ciel aussi blanc que le sol, Etsu n'avait pas froid. A vrai dire, il était vêtu d'un épais manteau dont la fourrure lui piquait un peu la peau, et cela semblait suffire à le maintenir au chaud.

Sans savoir pourquoi, il avança, pieds nus, dans cette neige. Il peina un peu, le temps de trouver son rythme, et petit à petit il retraçait un chemin par-dessus l'immaculée. Il sentait qu'il devait avancer et que tout au fond de ce désert blanc l'attendait quelque chose, quelqu'un.

Son cœur tambourinait dans son torse nu sous la peau d'ours qui l'habillait. Il ne percevait plus la lumière de son être, aussi, dans l'espoir de ne pas perdre son dernier souffle de vie, il tenait soigneusement son habit fermé sur sa poitrine, pour protéger son cœur, comme s'il avait été la source de sa luminosité intérieure.

Il accéléra le pas. Plus il accélérait, plus les battements son cœur accéléraient. Il avait le curieux sentiment que plus son cœur battait, plus vite sa lumière renaîtrait. Il n'osait cependant pas courir, de peur de tomber et de faire tomber son précieux organe.
« Si je tombe et que je perds mon cœur, je mourrai. », se dit-il en s'enfonçant dans la neige.

Il vît bientôt les branches fleurissantes d'un arbre se dessiner devant lui. L'arbre scintillait de milles éclats et il sut dès lors que c'était vers ça qu'il se hâtait. Il s'approcha, émerveillé.

Lorsqu'il fût près de l'arbre, il put discerner en son tronc une petite porte. Il la reconnut de suite : c'était celle de la maison de ses parents. Il tourna la poignée, tout heureux de pouvoir revoir sa mère.

Il n'eût cependant que le temps de croiser furtivement le regard de sa génitrice avant qu'un flash n'éblouisse toute la dimension. La seconde d'après, la neige avait fondu, la luminosité avait disparu, la tête de sa mère était recouverte d'un masque avec un long nez et son corps n'était plus qu'un cadavre rongé par la vermine.
« Si ils tombent et que tu prends leurs cœurs, tu vivras », rectifia le masque au long nez qui s'était aussi logé dans son dos.

Etsu tourna les talons et fixa l'horizon duquel il était venu. Des pas qu'il avait laissé dans la neige poussèrent des fumeroles cotonneuses et douces. Un vent frais et familier vint lui caresser le visage et le ciel fusionna avec le sol pour ne plus former qu'une dimension légère et agréable. Il baissa les yeux. Sa lumière brillait de nouveau.
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MessageSujet: Re: [FB] Toute une éducation à refaire... ! Mar 20 Avr - 18:27

Hors espace-temps.


La solitude. Le silence. La nature. Cinq jours après avoir atteint le village de Bokkoushou, Etsu s'en trouvait expulsé à cause... de la pluie. La pluie fut l'excuse naturelle des kami pour signaler aux prêtres shintô que la présence d'un ninja dérangeait. Il avait accepté la chose sans trop de problème car enfin il allait pouvoir remettre son compteur de mort à zéro et ainsi s'assurer d'une vie plus longue et plus douce. En fait, il était plutôt très content qu'il se soit mis à pleuvoir deux petites gouttes sur ce petit village ridicule. Tout le monde était heureux, finalement, puisque le ninja partait et les habitants de Bokkoushou pouvaient retrouver leur tranquillité si durement acquise. Tout le monde sauf peut-être les prêtres désignés pour accompagner Etsu dans sa croisade vers le mont des plus saints qu'était celui de Seisujinken.

Le mont Seisujinken n'était pas la plus haute montagne de tout Tsuchi, mais c'était de loin celle qui rejetait le plus d'eau dans le pays. Et qui disait eau, disait sacré pour les shintô. Tous les ans ces derniers allaient puiser de l'eau à la source avant d'entamer les grandes fêtes en l'honneur des kami. Etsu n'y allait pas juste pour boire la plus pure des substances mais aussi pour s'exiler de l'impureté du monde. De son monde. Car depuis très longtemps déjà, le monde dans lequel il gravitait était souillé et dégoulinant de saleté, d'après la matriarche Soubou, et il était temps que, pour la sauvegarde de l'humanité, il s'isole avec la nature pour retrouver le droit chemin. Etsu avait une fois encore approuvé - on ne contredisait pas une prêtresse shintô -, plutôt bien d'accord. Il attendait ça depuis son arrivée à Bokkoushou.

Donc, il était content de s'exiler loin de tout, bien que le fait de se retrouver seul avec lui-même le dérangeait un peu. Quoique seul, il ne le serait pas vraiment : il avait sa Kazeken avec lui et il comptait profiter de ce « petit » moment de solitude pour régler les derniers petits couacs qui gênaient encore leur union. Après tout, la dernière fois qu'il s'était trouvé seul avec elle, tout s'était très bien passé entre eux et Etsu avait même réussi à accepter sa présence. Et puis, cet exil qu'il se forçait à prendre c'était surtout pour la blanchir et la rendre aussi pure que n'importe qu'elle arme neuve. Etsu s'en était persuadé, oubliant que Yuki Nikko viendrait lui demander de mettre son bras à son service, ce qui ne serait certainement pas très shintoïste.

De toute évidence, depuis son arrivée à Bokkoushou, Etsu avait régressé mentalement. Il avait quitté iwa avec la ferme intention de s'assumer et de conquérir le monde qui s'ouvrait à lui et puis s'était finalement refermé sur lui-même, avec pour seul intérêt celui d'effacer tous les petits secrets de son ancienne vie. D'une certainement façon, on pouvait dire que Daiki Etsu tournait en rond. Un coup il s'assumait, tout hardant et pressé de vivre, presque fier d'avoir accompli des choses horribles et l'autre coup il tremblait de peur à l'idée de s'épanouir, à l'idée de mourir, à l'idée de vivre, à l'idée d'avoir une idée. Ça se passait toujours comme ça, avec Etsu, et ce depuis sa petite enfance ; il n'allait jamais jusqu'au bout de ses désirs. Quant à savoir ce qui le bloquait dans son avancée, il était possible qu'il le découvre pendant son exil.

Au final, ce petit voyage dans les montagnes s'imposait plus que nécessaire pour le jeune homme. Il allait pouvoir se redécouvrir lui-même, découvrir ses limites, découvrir le vrai sens de l'existence humaine. Il pourrait aussi réaliser au moins un de ses souhaits – celui se faire bien voir par les kami – et mettre un terme à sa nouvelle psychose. Il pouvait tout aussi bien mourir de froid, de faim ou tué par un ours, ainsi il découvrirait qu'est-ce qu'était réellement la mort, cette chose qui l'effrayait et l'envoûtait tant.

Donc, ce petit voyage dans les montagnes serait, quoi qu'il arrive, très enrichissant.
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