La ruelle était pratiquement vide, en grande partie délabrée. La plupart des échoppes qui jadis faisaient la renommée du vieux Iwa étaient désormais fermées. Seuls restaient un vendeur de ramens qui, heureusement au rythme où tournaient ses affaires, n'avait plus de famille à nourrir, et un salon de tatouage. La deuxième boutique était apparemment désaffectée, car plus rien n'était affiché sur la porte, et il y avait encore moins d'enseigne.
Pourtant un homme marchait dans cette rue. Il avait des cheveux gris-blanc, un survêtement rouge fluo et il se dirigeait vers le salon de tatouage (aucun lien de cause à effet, hein). Quand il en ouvrit la porte, un son de carillon signala l'entrée du nouveau visiteur, en même temps que l'activité qui y avait toujours lieu. Le tatoueur était penché sur son oeuvre en cours, à savoir le bras d'un jeune apprenti voyou qui essayait de se faire passer pour un dur. Ce qui aurait pu réussir si sa mère n'avait pas été assise dans une chaise en attendant la fin de l'opération.
En entendant le carillon de l'entrée, il stoppa tout mouvement et releva la tête. Il sourit au nouvel arrivant.
-"Ah ! Kaneko ! Installe-toi, je te prends après ce client."Le tatoueur replongea dans son travail, et le
nekonin le laissa en paix en s'installant confortablement sur un tabouret. Il connaissait bien Kisoi Matsumoto, car on apprend à connaitre beaucoup de gens en trainant des les bars jusqu'aux aurores, alors il faisait comme chez lui dans ce salon. Il joua un moment avec les instruments divers, puis il finit par les poser. Il s'assoupit.
Quelques minutes plus tard, la cliente et son fils qui avait accueilli la commande étaient partis, et Kisoi réveilla Kaneko d'une pichenette sur le front. Le
nekonin ouvrit un oeil et bailla.
-"A nous deux, vieille carne, t'as finalement eu envie de te faire tatouer ?"-"C'est plus compliqué que ça, en fait."-"Ah bon ?"-"Ouais, j'aurais besoin de tes "talents", tu vois ?" répondit Kaneko en réussissant à placer des guillemets à l'oral.
-"Je vois, ouais. Ils peuvent pas te faire ça, tes chefs ?"-"Si mais tes invocations à toi sont plus rapides."-"Question de pratique."Kisoi n'ajouta pas un mot et se contenta de se diriger vers la porte du magasin et la verrouilla. Puis il indiqua du menton une autre porte dérobée marquée "accès privé". Les deux hommes la franchirent, sans un mot. Après avoir suivi un couloir étroit et sombre pendant quelques mètres, ils débouchèrent dans un deuxième salon de tatouage, plus petit que le précédent. Une unique plafonnière éclairait faiblement l'endroit, laissant tomber un faisceau de lumière sur le fauteuil installé en plein milieu. Tout autour sur les murs, des schémas de sceaux compliqués : incantations, sceaux d'invocations, de scellement, etc...
Kisoi n'avait pas pratiqué "officiellement" le
fuuinjutsu, l'art des sceaux, depuis plus de sept ans. Autrefois expert dans son domaine, il avait perdu son fils et sa femme - tous les deux ninjas - un même jour et avait sombré dans une lourde dépression qui l'avait obligé à quitter les rangs des
shinobi d'Iwa. Depuis il s'était reconverti dans le tatouage, mais avec le temps il avait retrouvé son talent pour la création de sceaux et exécutait quelques commandes "clandestines", il avait notamment créé de nombreux sceaux en tous genres pendant la guerre contre Akakaminari. A l'époque de nombreux jeunes Iwajins étaient prêts à se sacrifier pour le village. Il pensait que ses services leur permettraient d'augmenter leurs chances de survie...
-"Bon alors, il te faut quoi ?" demanda sans chichis le tatoueur.
-"Ça," répondit Kaneko en lui tendant un bout de papier.
Sur celui-ci, on avait dessiné un sceau pas très compliqué, de forme globalement circulaire, avec en son centre le
kanji pour
"Shuriken" :
-"Tu sais qu'il te faut le même sceau sur un réservoir de shuriken que tu dois garder chez toi ?"-"Et toi tu sais que tu dois ouvrir ta braguette pour pisser ?"Kisoi ne nota pas le sarcasme et continua d'étudier le dessin.
-"A quel endroit tu le veux ?"-"Un sur chaque poignet, c'est jouable ?"-"Bien sûr, ce sera juste deux fois plus cher."-"Et tu peux me faire des petites flammes autour, s'il-te-plait ?"-"Trois fois plus cher, alors."Kisoi s'exécuta. Il passa un quart-d'heure sur chacun des tatouages, et un autre pour le réhausser de petites flammes stylisées. Pendant ce temps, les deux hommes échangèrent des banalités, Kaneko lui racontant ses dernières missions tandis que Kisoi manipulait sa tige de bambou terminée par un faisceau d'aiguilles. A la fin, il saisit les poignets du
nekonin et contempla son travail. Puis il laissa retomber les bras de son client et ami et s'en alla chercher un rouleau de bandages dans un tiroir.
-"Interdiction de t'en servir avant une semaine, le temps que -"POUF !-"... le temps que les sceaux se fixent bien dans ta peau. T'es con ou quoi ?"-"Bah ça va, j'allais pas attendre une semaine pour tester, si ?" rétorqua Kaneko en arborant un
shuriken flambant neuf dans chaque main.
-"T'es vraiment débile."Il enroula les bandages autour des avant-bras de Kaneko, puis il encaissa le payement avant de mettre discrètement son client dehors, non sans lui souhaiter bon courage et lui rappeler de lui faire de la publicité, mais pas trop.
Kaneko s'en alla dans la ruelle, méditant sur la nouvelle puissance qu'il venait d'acquérir. Avec ce nouveau Raikoukenka no Jutsu, l'invocation d'armes à la vitesse de l'éclair, il allait littéralement faire pleuvoir un déluge de métal tranchant sur ses adversaires. Il continua sa route vers son domicile à peine moins miteux que le salon clandestin de Kisoi, un sourire carnassier au coin des lèvre...