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La douce odeur du camphre... [PV]

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MessageSujet: La douce odeur du camphre... [PV] Mar 17 Nov - 22:45

Bien qu'en trois jours le jardin au centre de la résidence Seito Kizuna du quartier déserté des riches et des Akakajin eut pu se retrouver en friche et donner naissance à des fleurs sans beauté ni senteur aucune, il n'en était rien. Ce qui aurait pu étonner Etsu, maniaque et jardinier à ses heures – et surtout dernier résident de cet affreux endroit longtemps réquisitionné par l'occupation -, qui avait précieusement cherché à conserver l'état des lieux tel qu'il l'avait connu, c'est-à-dire avec les petites Anchusia bleutées qui germaient entre les pierres de l'arche de l'entrée, les Symphytum violacées tout au bord du trottoir sous le pavillon, à égale distance du camphrier toujours vert au centre même du patio. Chaque feuille, chaque pousse, chaque fleur avait ainsi une place précise et bien définie autour de la charpente commune et se devait d'y rester ; le fruit du temps ne devait pas altérer l'endroit qui avait longtemps habité les rêves de garçon d'Etsu. Car la résidence du Saint Lien n'avait pas toujours était un lieu calme, fantomatique, désert et détesté. Non, non. Autrefois, avant que les troupes Akakamimariennes ne débarquent, ce quartier du Sud Est d'Iwa se trouvait être habité par des excentriques et des artistes, des riches et des plus ou moins riches, des commerçants qui réussissaient et les enfants de ceux qui avaient réussi, des retraités politiques et des jeunes athlètes, sommes toutes un quartier surveillé et bien entretenu, un quartier de rêve, un quartier inaccessible. Un beau quartier qui, naturellement, était également en proie aux désirs des généraux akakajin qui avaient vite délogé ce beau monde après leur victoire sur iwa. Les hauts gradés avaient donc emménagé les bâtisses uniques et soigneusement agencées (les riches préférant céder leur maison plutôt que payer des taxes plus importantes et vivre dans un quartier grouillant d'occupant), qui avaient été construites de telle façon à ce qu'elles soient dignes de se retrouver sur chaque peinture, dans chaque esprit, dans chaque rêve. Comme l'avait fait Ruguriserumi Hasigawa, grand peintre international (que certains accusèrent de contrefaçon et de copie généreuse du tableau non moins connu « Nuit sous les Monts », de Ponoru Kazi, premier artiste à avoir représenter la villa Uuzan Pon Suan et la fameuse « étoile filante ») qui s'était plu à représenter le quartier sous tous ses angles. Ce qu'évidemment les akakajin n'étaient pas sans connaître, et si les juunin et autres maîtres de jutsu avaient hérité de ces belles maisons, les jeunes sous-fifres se retrouvaient classé dans les résidences multiples, non moins belles et accueillantes. C'est comme ça qu'Etsu s'était retrouvé derrière l'arche du Saint Lien, les yeux brillants devant la beauté de la charpente en bois et la régularité de la toiture qui offrait un semblant de promenoir que les habitations du centre ville n'avaient pas, et où il se plut par la suite à siester des heures durant.

Mais jamais plus ne siestait-il à présent. Le Seito Kizuna gravé dans l'arche de l'entrée disparaissait peu à peu, bien qu'il se donnait du mal à l'entretenir, tout comme les trois bâtiments collés à sa maison et qu'il n'habitait pas. Lui, il se contentait de déambuler sous le porche, au couché du soleil, en en faisant quatre fois le tour dans le sens contraire à celui des aiguilles d'une montre. Quatre fois, parce qu'il se souvenait l'avoir parcouru quatre fois, poursuivit par Tankeru et Semiguri qui lui voulaient faire porter un affreux cosplay de canard. Puis, lorsqu'il avait fini de marcher, il passait les grandes portes sculptées de l'habitation du centre pour s'installer à la gigantesque table commune où fumait ordinairement son repas. Là, il regardait dehors, pensif, et s'inquiétait parfois de ne voir aucun voisin, de n'entendre aucun chien, de ne voir que les belles maisons calcinées et ruinées en amont de la rue, pile devant les montagnes.

Aussi, quand passa t-il l'arc de pierre ce soir-là, il n'eut pas l'horreur de voir ses merveilleuses fleurs pleines de souvenirs arrachées à leur sol par les mauvais pousses. C'est ce qui l'étonna. S'il avait été dans son humeur habituelle, il aurait prit cela comme un signe du destin, un message subliminal qui lui aurait fait comprendre je-ne-sais-trop-quoi-de-recherché. Mais ce soir-là, Etsu avait la tête ailleurs, mais pas suffisamment loin de la réalité pour ne pas apprécier de retrouver enfin son habitation vide.

Étrangement, ce soir-là, comme s'il fut un soir différent des autres, le jeune Daiki, sale et puant au possible, n'emprunta pas le promenoir de gauche pour rejoindre la maison principale ; il traversa la cour en ligne droite, waraji dans l'herbe, sans s'inquiéter de piétiner un de ses précieux restes du passé. Il ne regarda pas les petites trompettes violettes qui le pointaient du bout de leurs pétales, il avança, et ça ne lui fit rien. Il osait couper par le jardin sacré du Saint Lien pour la première fois depuis son emménagement et ça ne lui faisait rien. C'était pourtant digne d'un haut blasphème, un sacrilège à toutes les croyances, à tous les maux qu'il s'était donné pour conservé la pureté de ce petit jardin, mais ça ne lui fit rien. Rien de rien. Ce pouvait-être parce qu'il n'avait pas conscience de ce qu'il faisait ; mais Etsu avait toute sa tête ce soir-là, et il ne voulait qu'une chose: manger. Manger et si possible prendre un bon bain chaud. Manger dans un bon bain chaud. Ouais, voilà ; il allait manger dans sa baignoire ce soir.

Daiki osera t-il manger dans sa baignoire ?
A suivre, tuh tuh tuh tuuuh...~
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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Jeu 19 Nov - 23:18

Il avait ouvert nonchalamment la porte après s'être épaulé au montant en bois verni et avoir expiré fortement. Si piétiner le jardin du Saint Lien ne lui avait rien fait, s'approcher et plus simplement voir l'entrée de son habitation lui avait procuré un plaisir indescriptible. Un plaisir d'ailleurs toujours aussi grand chaque fois qu'il venait s'appuyer sur ce mur avant de pousser la porte, après une journée plus ou moins éreintante dans les quartiers vivants, en mission, en compagnie des gens, dans son corps, dans le monde humain. Etsu avait littéralement l'impression de vivre dans une bulle, loin du centre ville et des coins bruyants du village. En somme, c'était bien le cas. Ici, dans le quartier des riches, il n'y avait rien ; pas un commerçant n'avait cherché à investir, et ce parce que les prix restaient élevés, et surtout parce que personne ne voulait dormir dans la même maison qu'un Akakaminarijin.

On entendait donc les oiseaux le matin, le midi et le soir, des oiseaux qui étaient finalement les seuls à animer le quartier. Pourtant, certaines fois, un chat apparaissait, silencieusement, au milieu du chemin, puis disparaissait aussitôt, aussi furtivement. Parfois, Etsu mettait même un petit bol avec les restes de son repas sous l'arche, et généralement le lendemain il n'en restait rien. C'était le genre de petites choses qui le faisait sourire, le matin, quand il sortait en kimono dehors pour prendre une bouffée de l'air directement venu des montagnes jusque sous son nez. C'était exactement le genre de choses qui lui redonnait confiance en lui, en la vie peut-être même. Il se disait, ces matins là, que même où on ne voyait rien - comme dans son quartier -, il pouvait y avoir des choses, de la vie, des chats ce pouvait-être, qui finalement restaient attentifs - faute d'être visible - aux attentions que pouvaient leur porter les autres. Ce n'était cependant pas pour autant qu'Etsu s'inquiétait de la santé et du bonheur de celui qui avait mangé ses restes, qu'il avait cherché à tout prix à trouver ce chat, à en faire un ami avec qui reconstruire son quartier vide. D'ailleurs, s'il y avait pensé un soir, il s'était trouvé bien idiot ; un homme et un chat ne pouvant certainement pas faire revivre un quartier tout entier à eux tout seuls. Il ne s'agissait que d'un chat. Il ne s'agissait que d'un homme.

L'une des deux portes ouverte, il était entré sans fermer derrière lui et avait reniflé, avec un sourire satisfait, l'odeur de son chez-lui. Une odeur de bois, de poussière, de vieillesse, de camphre, de souvenirs conservés. Il aimait beaucoup cette odeur dont il était le seul à connaître la véritable combinaison, le seul à la renifler tous les jours, quand bien même la reniflait-il constamment qu'à force de la respirer il finissait par ne plus la sentir du tout. Mais pas ce soir-là. L'odeur des tatamis, des murs, des tableaux, de la table luisante sous la poussière et du camphre omniprésent lui avait pris le nez plus fortement encore que lorsqu'il était entré pour la première fois. En ouvrant la porte ce soir-là, il avait eu l'impression d'ouvrir ses bras à sa maison, dont le parfum était directement venu l'étreindre. C'est pour ça, et uniquement pour ça, qu'il aimait sortir de chez lui et rentrer tard ; pour cette sensation d'étreinte et de chaleur qui l'accueillait lorsqu'il revenait.

Il avait inspiré fortement jusqu'à s'en remplir complètement les poumons et avait expiré par la bouche, doucement, comme pour décortiquer et savourer toutes les particules de son habitation, pour qu'elles passent partout en lui. Franchement, il n'aurait su se trouver plus heureux qu'en se trouvant là, sur le palier de sa porte, loin des autres et de l'obscurcissement que leur compagnie obligeait. Il était bien, et ce même si son estomac lui chatouillait le ventre et se mettait subrepticement à gargouiller avant de grogner sa faim à haute voix.

A ce cris interne, il avait souris et délassé ses waraji avant de les poser sur le côté, aussi sales et abîmées fussent-elle, de façon précise et quasi-mécanique, là où était leur place, soit, bien alignées face au mur intérieur. Là, il avait murmuré un petit «
Tadaima » qui n'attendait aucune réponse réelle, si ce n'est la joie de se voir enfin rentrer chez lui.


Il avait vite fondu sur le frigo, à une demi-douzaine de pas de l'entrée, et l'avait ouvert en priant pour qu'il s'y trouvât quelque de consistant et d'encore mangeable, sans quoi il aurait dû se forcer à retourner dans la rue, à marcher quelques minutes dehors, dans le froid de l'hiver, à s'arracher à la bonne odeur de son chez-lui pour se mêler à la foule puante avant d'aller fouiller dans la petite échoppe du vieux Zaara, tellement petite et insignifiante qu'il n'y avait aucun rayon à proprement parler et que tous les produits étaient fourrés les uns par dessus les autres sur une étagère unique et tremblante. Il fallait toujours déplacer un pot de riz ou une liasse de sparadraps pour espérer trouver un sachet de bouton, ou des épingles ; monter sur un escabeau pour aller chercher le lait au dessus des boîtes de conserves, des fourchettes et des couteaux. Une vraie expédition, en sommes. Sans parler du charabia de Zaara – dont le prénom n'était certainement et sûrement pas celui-ci -, qui n'avait plus de dents et qui employait un langage ancestral, de son temps et dont la patience et l'attention uniquement étaient les seuls décodeurs. Des choses que les gens n'avaient plus forcément le soir, en rentrant chez eux après une grosse journée de travail, lorsqu'ils se rendaient compte qu'il n'y avait plus rien dans le frigo et qu'alors il fallait repartir encore une fois, à droite, à gauche... Chez un vieux sénile, farfouiller dans le bordel ambiant... Heureusement pour Etsu, il lui restait un sachet de patate douce qu'il s'était empressé de jeter dans une casserole d'eau qu'il avait ensuite mis à bouillir, après quoi il avait couru aux toilettes, histoire de satisfaire ses besoins décemment, tel l'homme civilisé et éduqué qu'il était.



C'était une tout autre atmosphère qui régnait dans la salle de bain trop peu éclairée. L'odeur de camphre était toujours très présente - si ce n'est plus - à cause des bocaux de feuilles sèches deçà-delà sur les meubles, des tubes d'onguent au camphre agonisants à côté de l'évier, des sachets de camphre dans le tiroir à linge pour empêcher les mites de s'y loger et de l'eau noire du bain dans lequel barbotait déjà Etsu agrémentée d'essence de camphrier, réputée avant tout pour ses drôles d'effets excitants, irritants, voire empoisonnés, et à la fois, en maigre quantité, apaisants et sédatifs – très. En sommes, dans cette salle de bain, et puis dans la maison tout entière, l'air était littéralement saturé de camphre, qu'il fût venu de dehors ou d'ailleurs. Tout puait le camphre. Le jardin et les pierres puait le camphre ; les murs et le bois puaient le camphre ; le toit, les portes, les tatamis, les meubles puaient le camphre et la menthe poivrée. Tout sentait fort. Le camphre vous pénétrait – et vous violait presque ! - dès lors que vous entriez dans la rue des riches, dès lors que vous sentiez le camphre, vous saviez que vous étiez dans le quartier abandonné.

Cette odeur omniprésente et enivrante ne gênait absolument pas Etsu qui, finalement, trouvait en elle – quand il était encore capable de la distinguer de sa propre sueur camphrée – des vertus franchement relaxantes. Car oui, si le camphre excitait, empoisonnait, enivrait et faisait convulser, il calmait aussi les névroses, et Etsu était névrosé. Quand il laissait la porte d'entrée ouverte aux vapeurs volatiles de l'arbre, généralement, les chuchotements de ses meubles, les bruits de fond, les cris, les visions sanguines, bref, sa paranoïa et ses hallucinations disparaissaient d'un coup, balayées par un vent frais. Le parfait médicament en sommes. Un médicament qu'il ne se contentait pas d'inhaler, mais qu'il ingurgitait aussi, comme il était présentement en train de le faire dans sa baignoire, via sa cigarette. Une cigarette qui sommes toutes ressemblait plus à un joint mal roulé - mais roulé quand même - car il n'était pas facile de rouler une feuille d'arbre dans du papier, mais il était fumable et donc fumé. Etsu n'avait pas pour habitude de fumer, mais lorsqu'il était dans sa baignoire, dans sa salle de bain, nu dans l'eau poisseuse et puante le camphre, nu devant lui-même, nu devant sa propre conscience, il aimait fumer. Il devait fumer, même, comme s'il s'agissait là de l'ordre naturel des choses: se déshabiller, remplir la baignoire, rouler son joint, rentrer dans l'eau et fumer. Et, généralement, lorsqu'il finissait son camphre mal roulé, il prenait un rasoir à côté et s'entailler la chair, dans l'ordre naturel des choses, parce qu'il était nu et qu'il se voyait consciemment.

Il en était de même ce soir-là. Etsu fumait, affalé dans sa baignoire à l'eau marronnasse et terreuse qui lui arrivait aux épaules, le nez pointé vers le plafond et les yeux mis-clos. Sauf que, ce soir-là, il avait remplacé son rasoir puant la sanie – et le camphre – par son assiette de patate douce dans laquelle il piochait de temps en temps. Bien que ses patates avaient aussi le goût amer du camphre, ça ne le gênait pas: il avait faim. Il avait tellement faim qu'il aurait pu manger n'importe quoi pourvu qu'il pût calmer sa faim, comme il avait pu boire n'importe quoi plus tôt tant il crevait de soif.

Lorsqu'il se penchait par dessus le rebord de la baignoire pour attraper sa pitance, on pouvait voir les zones fripées et rosâtres, anciennement brûlées, de sa peau ; quelques souvenirs de ses mésaventures dans le monde bruyant de la réalité qui puait la vie et l'homme, qui puait tout et partout et qui ne sentait pas le camphre. Et lorsqu'il ne se penchait pas, par flemme et pudeur ce pouvait-être, et qu'il tendait son bras droit dans le vide pour chercher à tâtons l'assiette et son repas, et qu'il ne le trouvait pas et qu'il était obligé de sortir son membre gauche de l'eau sale et trouble, on découvrait là toute l'horreur qui justifiait la possible gêne dont Etsu faisait preuve, même seul, nu et dans la pénombre. Son bras, on aurait dit une sculpture d'artiste sans envie, le gribouillage d'un peintre blasé et sans inspiration. Tout fripé, scindé, tâché, cloqué, plein de rainures, de violet, de creux, de rouge, de trous, de bleu, de bosse... Il était laid son bras. Il était squelettique et gangrené ce bras. Il puait le sang et le pus. Il tremblait tant il avait honte de se plier, ce coude. Il craquait, le poignet qui se dégoûtait à devoir pousser cette main pleine de doigts pourris. Il était embarrassé, le Etsu, de devoir utiliser ce membre pour porter sa patate douce à sa bouche, aussi la passait-il dans sa main droite, aussi malhabile fût-il avec celle-ci, avant de manger sa patate qui sentait le camphre et la sanie parce qu'elle avait été portée par ce bras qui empuantissait tout ce qu'il touchait. Bien vite il le planquait sous la couche de crasse au-dessus de l'eau et bien vite il reprenait une bouffée de son joint pour oublier ce qu'il venait de voir, parce qu'il était nu et conscient. Parce qu'il savait ce que ce bras méphitique avait fait et qu'il s'était pourtant juré de ne jamais faire, et qu'il avait pourtant fait, en prenant du plaisir en plus.

C'était généralement quand il voyait son bras sans aucun bandage ni aucun masque, et qu'il se rappelait ce qu'il avait fait, comment et pourquoi ; qu'il se rappelait de tout ce qu'il était, de tout ce qu'il avait été et qu'il imaginait ce qu'il deviendrait peut-être, qu'il prenait à Etsu l'envie de finir ses jours. Et ordinairement, après s'être lavé de toute part, il empoignait sa lame de rasoir et allégeait son corps de quelques centilitres de sang, flirtait avec l'inconscience, et finissait par s'endormir là, dans l'eau qui sentait le camphre et qui se refroidissait doucement à même temps que son cœur ralentissait. Jamais pourtant il ne mourrait. Un oiseau venait toujours siffler sous la fenêtre ou il était pris d'un frisson qui le réveillait, ou il glissait dans la baignoire et ça le faisait sursauter ou il s'asphyxiait à cause du camphre lui-même qui venait brûler ses poumons et sa gorge pour le ramener à lui, comme s'il n'eût pas voulu qu'Etsu le quitte.


Sauf que ce soir-là, son rasoir avait été remplacé par une assiette de patate douce et à ce qu'on sache, les patates douces n'avaient jamais vidé personne de son sang. Tant mieux, en sommes, car Etsu n'avait pas envie de s'entailler une veine ce soir. Il allait bien. Il se caressait le menton, comptait les poils râpeux qui avaient poussé là et essayait de les mesurer au touché, à défaut de pouvoir les voir. L'eau de son bain était déjà froide, et comme il s'était déjà réhabitué au camphre, il sentait la mauvaise odeur que son corps avait laissé en elle, ce qui le pressait à sortir. Il sortit alors, après avoir écrasé le reste de son joint sur le rebord sale, sans prêter trop attention à sa nudité. Il attrapa une serviette qui traînait là, dans le noir, et s'en vêtit le plus ordinairement du monde avant de soulever ses longs cheveux mouillés et ondulants, déplaçant au passage les relents de camphre qui l'étreignaient de trop.
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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Mar 24 Nov - 14:39

Lorsqu'il vida l'eau sale de son bain, l'eau noire et puante dans laquelle il avait barboté quelques heures en fumant et en mangeant, Etsu se plut à regarder la masse trouble s'enfoncer puis se transformer en ridicule tourbillon ronflant, aspiré par le trou de la cuve tout aussi noire que l'eau..

Il arrachait les croûtes et les peaux sèches et pelées de son bras gauche tout en admirant ce spectacle, se disant, en sommes, que partait avec cette eau sentant le camphre et l'opprobre une partie de son passé, la partie qui l'empêchait de vivre aujourd'hui. Il voyait dans cette eau les reflets - bien que l'eau fût trop sale pour y voir un quelconque reflet – de sa hantise et les divers regrets de sa vie jusqu'alors invivable. Il se rendait bien compte que ce qu'il s'était passé à Konoha était en train de le changer, de refleurir son âme et peut-être même son honneur et sa fierté jusque là écrasés par lesdits regrets. Il sentait, en arrachant les peaux mortes de son bras, que ce bras-même n'avait finalement pas œuvré pour Akakaminari mais bien pour lui-même, mais que jusqu'à présent, Etsu n'avait jamais ni assumé ni accepté ni voulu assumer ce plaisir qu'il avait eu de balayer dans le vent les corps de ces deux résistants. Il comprenait maintenant pourquoi il avait aimé ça, tuer ces pauvres iwajin qui n'avaient voulu qu'aider leur village ; il comprenait ce plaisir et cette satisfaction d'avoir anéanti la concurrence. Car oui, à présent, les autres iwajin n'avaient plus l'appellation de « frère » mais bien celle de « concurrent ».

Etsu se rendait finalement compte de sa jalousie et entendait très clairement son explication: les autres, la concurrence – les iwajin donc -, avaient éliminé ses amis, ses amis mêmes s'étaient entretués, parce qu'il avait des amis dans la concurrence et des amis de son côté – qui étaient eux-mêmes des concurrents potentiels -, du coup il se retrouvait seul ici, dans cette résidence désertée et détestée par les concurrents, qui en sommes s'accommodaient bien de sa dépression et de son enfermement dans ce lieu puisque ça le sortait de la course, et qui en plus cherchaient, lorsqu'il sortait dans leur monde, toujours à l'écarter, à le remettre seul, comme l'avait pu vouloir faire Kaneko lors de l'examen Chuunin – ce dont Etsu se souvenait très bien et dont il avait pris précieusement note. Kaneko était d'ailleurs la quintessence de ce qui rendait follement malade Etsu. Il était littéralement vert de jalousie, et aujourd'hui en s'en rendant compte, il manquait encore d'en vomir. Le prénom même « Kaneko » le faisait frémir et trembler de haine et d'incompréhension – ce qu'il détestait plus que tout -, et il se sentait choir dans un état qui le répugnait d'autant plus qu'il était inconscient et quasi-instantané. D'ailleurs en réfléchissant à tout et en arrivant à penser à ce nom-ci, Etsu s'était inconsciemment arraché un bout de peau sain, qui n'avait rien demandé que de pouvoir repousser tranquillement, et souffla en s'apercevant de sa maladresse.

Sa chair avait un peu rougie et s'apprêtait très certainement en saigner, signe qu'il fallait arrêter là la torture mentale, surtout qu'il ne s'agissait en fait que de l'expression de sa paranoïa finalement pas si comprise que ça, puisqu'Etsu ne se rendait absolument pas compte qu'en réfléchissant là, il cherchait encore midi à quatorze heure, comme toutes les fois où il réfléchissait sur des choses nécessairement pas existentielles. En sommes, il comprenait qu'il ne comprenait pas tout de ce qu'il comprenait. Et ça lui allait ce soir. Ça lui suffisait. Il aurait été un autre soir, Etsu aurait continué à délirer sans s'en rendre compte, il aurait approfondie sa thèse et aurait été chercher un crayon et une feuille pour établir un plan pour son développement, comme il avait pu le faire pour se mettre les idées au clair toutes les autres fois où il délirait sans le savoir. Des feuilles et un crayon qui finissaient toujours raturées, cassés, déchirées et balancés à la poubelle avec des jurons éclectiques, et ce avant d'aller chercher son rasoir et de s'entailler quelques veines. Encore. Parce qu'il en venait toujours à conclure, qu'importe la thèse, l'approfondissement, le plan et les idées, il concluait toujours que la concurrence était trop importante, trop dure pour lui et qu'il était mieux, autant pour le monde que pour lui, qu'il en finisse une bonne fois pour toute. Mais jamais il ne mourrait. Il y avait toujours quelque chose pour venir le réveiller, qu'il s'agisse d'un oiseau qui chantait ou du vent qui venait porter jusqu'à son nez un relent plus fort de camphre pour le ressaisir.


Sauf que ce soir-là, Etsu n'avait pas besoin d'un oiseau ou d'un relent de camphre pour se ressaisir. Il humecta son index avec sa langue et le posa sur la plaie imbibée de sang, et, commençant à faire des allées-venues sur cette dernière, étala légèrement le pourpre subtil sur sa peau. Il se contenterait de penser qu'il était jaloux des autres iwajin, que ceux-ci le prenaient pour un idiot et se foutaient de sa gueule dans son dos, là-bas, dans les quartiers habités, tandis que lui se mutilait dans sa salle de bain en imaginant qu'ils fussent, chacun dans leurs salles de bains, en train de comploter pour se devancer les uns les autres Cette fois-ci, ça le fit rire de penser cela ; de les imaginer se laver tout en mettant en place des plans machiavéliques pour être plus appréciés que Chozan, le boulanger du bazar – qui était franchement sympa -, au même moment où lui, Chozan, complotait contre Lele-chan, la magnifique jeune fille du tanneur, qui était bonne à marier – en plus d'être franchement belle – et qui était elle aussi une perle rare de l'amabilité-intéressée. En sommes, il les imagina tous, villageois et ninjas, conspirer pour être Le Villageois le Plus Sympa et Serviable du Village (LVPSSV), parce que ce pouvait être un titre à faire-valoir devant le Kage ou simplement que ce pouvait flatter leurs égos surdéveloppés. Penser à eux, à tous ces potentiellement challengers et aspirants au LVPSSV, passa forcément par penser à lui et à Kaneko. Ce qui lui valu très vite d'amplifier sa blessure en enfonçant ses doigts crispés dans sa chair, ce qui nous oblige donc à passer sur cette question, sachant qu'Etsu était encore là en train de délirer profondément, puisque dans la réalité, personne n'aspire au titre de LVPSSV, puisque ce titre n'existe même pas.

Il avait donc ri, ce soir-là, en pensant à eux tous, contrairement à tous les autres soirs où il se persuadait fermement que le monde entier ourdissait une conspiration énorme dont lui était un obstacle insignifiant, ce qui le faisait enrager, puisque croire qu'il était insignifiant et inutile revenait à dire qu'il n'existait pas, et il n'aimait pas admettre la possibilité de ne pas exister. Il avait ri parce qu'il savait maintenant qu'il avait la possibilité de rivaliser avec cet immense complot, qu'il pouvait exister face à eux tous, en sommes, qu'il pouvait être un écueil considérable à leurs plans simplement parce qu'il s'était rendu compte qu'il le voulait. Oh oui qu'il le voulait ! C'était d'ailleurs bien pour ça qu'il avait saboté la mission diplomatique dont le but était possiblement – et ça, Etsu en était persuadé - de lier Iwa à Konoha, comme si Iwa avait besoin de Konoha pour vivre. Teh ! C'était une idée qui le faisait enrager, ça aussi, à l'instar d'une simple pensée tournée vers Kaneko. Et revoir Kaneko à genoux devant l'Hokage, avec son « sama »...

- Ite-te-te-te-te-teee... !!

Il lâcha son bras gauche qu'il étouffait nerveusement, qui n'avait lui non plus rien demandé, bien qu'il méritât tous les bleus du monde, et consentit à le regarder d'un œil non pas dégoûté, mais de la même façon qu'un homme lambda pouvait regarder son bras, avec néanmoins une petite boule au ventre en plus.

Ses yeux se perdirent sur les lignes des cicatrices qui parcellisaient son bras comme une clôture de barbelé morcelait un beau paysage. Bien que son bras ne fût pas exactement un beau paysage, Etsu ressentit pourtant tout ce qu'un jeune garçon pouvait ressentir en découvrant un nouvel horizon, un grand champs ce pouvait-être, surplombé par le ciel bleu, avec un arbre dans le fond, un arbre fleurissant, beau, éclatant, aux grandes branches tendues vers le ciel, hautes, fortes... Un arbre de printemps, dégarni et dépouillé de ses feuilles dès les premiers souffles de l'automne ; un arbre dénudé qui ne laissait plus voir que ses branches squelettiques, menues, nues face à l'hiver froid et triste et à son ciel blanc, bas, éteint. L'automne était déjà tombé sur le bras d'Etsu, plusieurs fois même, ça se voyait. La peau et la vigueur du printemps avaient été balayées par la Kazeken de l'automne, plusieurs fois, et il ne restait plus à ce bras que de la carne sèche, grêle, effeuillée... Etsu savait que l'hiver ne tarderait pas, il était, en regardant ce bras, comme le gamin qui découvre un paysage amorphe et qui imagine ce qu'il aurait pu en être avant l'hiver et son automne, ce qu'il pourrait être au nouveau printemps. Il était comme ce garçon, emmitouflé dans ses habits chauds, à l'abri de la neige et du vent, bien qu'il les sentait passer à chaque souffle, comme Etsu sentait la Kazeken à chaque utilisation. Il était ce petit garçon, qui allait au pied de l'arbre et qui levait les yeux vers sa cime nue, et qui l'imaginait belle, pleine de feuilles dressées au beau milieu du ciel. Il était ce gamin qui se disait qu'il fallait que cet arbre revive au printemps. Il se disait qu'il fallait que son bras revive au printemps, passe l'hiver et se dresse face au ciel, face à la fatalité de l'automne.

Il redescendit alors son bras saignant, qu'il avait levé au dessus de sa tête pour mieux être ce gosse devant l'arbre, ses doigts pour toutes branches crochues, et consentit à l'accepter en tant que « bras gauche » et non plus comme « horreur de mon corps ». Un bras gauche dans lequel il ne voyait plus son passé, mais son futur, un beau futur s'il parvenait à passer l'hiver. C'était ce bras gauche qui lui permettrait d'être le grand écueil du complot universel. Il devait en prendre soin. Il devait d'abord le soigner.

Il se leva donc, dans la nébulosité du camphre qui l'étouffait à présent, qui l'oppressait et qui lui piquait les yeux. Il toussa tant le camphre l'étranglait, tenant son bras gauche précieusement comme s'il n'eût pu tenir seul, comme un nourrisson, et alla fouiller dans l'armoire à pharmacie où végétaient des bandages, tous bien alignés, classés par type, taille, longueur, épaisseur. Il en prit un, totalement au hasard, bien qu'il fît attention à le choisir parmi les plus épais, et en vêtit son bras avec grand soin, comme si ce dernier fut de sucre.

Il replaça la manche de son kimono au dessus de son bras et, avant de quitter sa salle de bain puante, alla ouvrir les fenêtres qui donnaient sur l'arrière cour, celle derrière la maison, celle qui n'était pas envahie par le camphre. Il laissa les battants grands ouverts, pour aérer, inspira le nouvel air frais et bon de la nuit, qui, pour la première fois, était accepté dans la maison, et qui, Etsu l'espérait, atténuerait un peu cette lourde odeur de menthe poivrée. Puis, il quitta la salle de bain. Il devait dormir maintenant, il devait être fort pour l'hiver de demain.
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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Dim 3 Jan - 0:06

Las et fatigué, une nuit de repos permit à Otoko’ pour récupérer de son voyage de retour. Ni fièvre, ni embuscade ou quoique ce soit d’autre qui aurait pu enrayer d’avantage la volonté du Kage de continuer dans ses fonctions. Non, pour le coup, tout c’était bien passé, les anbu y étant probablement pour quelque chose -ou la nouvelle année, pour bien commencer oO-. Son voyage fut assez révélateur et ce, sur divers point. Particulièrement sur les deux émissaires Kaneko Hige et Daiki Etsu. Otoko’ récupéra le compte rendu de cette mission et commença à l’étudier, à savoir ce que le rédacteur avait bien voulu y mettre, en l’occurrence il s’agissait du nekonin Kaneko. À peine entamait-il la partie concernant l’arrivé à Konoha, que Kiyoshi entra dans le bureau.

- Content de te revoir en forme. J’ai cru comprendre qu’il y a eu quelques… problèmes à l’allée.
- Rien de bien méchant bien que ce ne fut pas de tout repos… . De la fièvre et encore un peu mal à ce bras. Déclara le Kage en relevant douloureusement son bras gauche.
- Pendant ton absence ça n’a pas été de tout repos ici non plus. Satoburo est... passé à l’action, comme tu le soupçonnais.
- Qu’est c’qu’il a fait alors !?
- Emeute, diffamation en place publique, il a même fouillé dans ton bureau… un peu tout et n’importe quoi pour te discréditer face au peuple. Mais on a aussi appris que…
- Que quoi ? Qu’il voulait replonger Iwa dans des guerres de clans ?
- Que c’était lui qui avait ordonné l’attentat contre toi il y a plus d’une semaine.
- Et en voilà encore une… après les émissaires, voilà que les conseillers foutent la merde !
- Ah, les émissaires… C’est Etsu le problème.
- Qu…quoi ?
- J’ai lu le rapport, comme chaque mission importante. Et c’est le jeune Daiki Etsu qui n’a pas remis ta lettre à l’Hokage.
- Et… il est où là ?
- Dans la résidence Seito Kizuna. Mais peut être plus pour très longtemps.

Le problème. Non, il n’était en rien un problème. Il fallait comprendre avant de pouvoir juger et c’est ce qu’Otoko’ comptait faire. Il se leva de son siège et se dirigea d’un pas déterminé vers la sortie, ne prêtant plus aucune attention à celles et ceux qui l’entouraient. Pourquoi, pourquoi, pourquoi… ce mot revenait sans cesse dans l’esprit du Kage. Pourquoi avoir refusé de donner cette lettre ? Pourquoi avoir fui ? Il fallait des réponses et seul l’intéressé était en mesure de les fournir. Chez lui, lui a-t-on dit, Daiki Etsu -l’homme qui a refusé de donner une lettre d’alliance à un pays- était tranquillement chez lui. Toujours et encore ce même mot : pourquoi ?

Alors qu’Otoko’ avançait dans le village, son mal de crâne refit surface. Un bruit sourd résonnait périodiquement dans sa tête, une vibration feutrée et caverneuse naissant au sommet de son front pour achever sa course sur sa nuque. La douleur l’assaillait à chaque nouveau pas, pour devenir très vite insupportable, le forçant à réduire la cadence de marche. *Où s’trouve cette putain d’résidence !?* Quartier fleuri… le Kage ne s’y est rendu que très rarement… voire jamais.

- Quartier… fleuri ? s’étonna Otoko’, stupéfait devant un tel spectacle. Cet endroit était en grande partie ruine et décombre. Comment se pouvait-il que ces lieux soient restés dans un tel état de délabrement. Personne n’était revenu y habiter depuis le départ des occupants. Le village avait beau être grand, ce décor était… déconcertant… affligeant. Où trouver un homme là dedans ?

Il perdait de plus en plus patience à déambuler entre bâtiments détruits et maisons vides. Le Kage distingua enfin un Seito Kizuna incrusté dans l’encadrure du porche -certaine lettre plus polies que d’autre-. Mais aux vues de la taille des bâtiments, l’envi de les visiter à la recherche du Chuunin quitta subitement l’esprit d’Otoko’. Autant revenir à une méthode bien plus radicale.

- DAIKI ETSU !! ETSUUUU hurla le Kage. Qui sait, peut être va-t-il sortir de son trou.


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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Dim 3 Jan - 17:28

Quand on héla son nom, Etsu était encore dans son lit à admirer son bras puissant. La révélation qu'il avait eu au sujet de ce bras – le fait qu'il s'agissait bien de son bras et d'une arme destructrice dont il n'avait rien à craindre que la disparition – l'avait totalement changé, enchanté, envoûté. A vrai dire, il faisait bien plus que l'admirer : il le caressait comme on polissait soigneusement une lame, avec l'œil tendre et certain d'entretenir là l'objet de son succès futur.

En sommes, Etsu était totalement en extase devant son membre gauche qu'il chérissait plus que tout après l'avoir hardiment détesté. Aussi, quand il entendit son nom au dehors, il ne comprit pas et fut pris d'une légère angoisse. Son cœur se mit à battre la chamade, tous ses sens en alerte, les yeux fixés sur le vantail de sa fenêtre close, comme un voleur prit sur le fait. Il crut d'abord, à défaut de vivre dans un quartier bruyant et habité, qu'il s'agissait d'une de ses hallucinations passagères qu'il pensait jusqu'alors à jamais disparues. C'est d'ailleurs pour se persuader qu'il était bien question d'une hallucination plus que d'un dingue – un concurrent venu lui régler son compte ?! - qu'il se leva, doucement et sur ses gardes, la trouille au ventre, pour aller ouvrir sa fenêtre.

Bien qu'il était ninja, et Chuunin depuis un certain temps même, Etsu ne put s'empêcher d'avoir peur en s'approchant de cette fenêtre, aussi close fut-elle, et il mit plus de temps que d'ordinaire à ouvrir ses volets. Lorsque ce fut chose faite, une fois que le bois claqua contre la façade et que la lumière du jour vint l'éblouir au point de ne plus voir que du blanc et d'être obligé de se protéger avec la main ; une fois qu'il s'habitua aux rayons du soleil aussi peu tapant fussent-ils, il constata une chose qui ne le ravi pas et qui l'hébéta plus encore que l'odeur du camphre qui venait s'engouffrer en masse dans le trou de la fenêtre: il y avait un homme là, dehors, devant l'arc de pierre qui constituait l'entrée du Seito Kizuna ; devant chez lui. Il mit un temps avant de commencer à regarder précisément de qui il s'agissait, il était bien trop abasourdi de voir une silhouette humaine – et vivante - au beau milieu des décombres de sa rue et surtout devant chez lui ; une silhouette humaine – et vivante ! - qui venait de l'appeler, car il ne douta pas une seconde que c'était elle qui l'avait appelé.

Après deux, trois minutes passées bloqué à sa fenêtre, les yeux fixés sur cette silhouette humaine devant chez lui, Etsu cligna des paupières et se frotta le menton, un air embêté, se demandant si la personne là-bas devant était bel et bien faite de chair et d'os et non pas de rêve et de poussière, comme il en avait été souvent le cas. Il se frotta finalement les paupières,chassant ces idées de son esprit encore embrumé, se convainquant qu'une hallucination n'aurait pas hésité à entrer directement dans sa chambre. Son visage blanc et pas frais d'homme qui a hiberné pendant plusieurs jours tout crispé, il lâcha d'un ton presqu'agressif, toujours sur ses gardes, sans faire cas des détails flagrants qui faisait de l'individu devant lui la personne la plus importante du village:

- Qu'est-ce que tu lui veux, à Etsu ?

Il était convaincu que ce type était venu régler ses comptes avec lui. Peut-être qu'il avait compris ce que Etsu comptait faire et il venait à présent en finir avec lui une bonne fois pour toute. Oui, Etsu sentait l'hiver blanc arriver sous les traits de ce noir, alors il posa sa main droite sur son bras gauche, discrètement, prêt à dégainer.

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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Lun 4 Jan - 20:50

- Je souhaite une explication. Cette réponse extirpa à Otoko’ un léger hochement de tête, un balancement sans provocation ou dédain. Le Kage répondit sur un ton amical… ou plutôt, de façon naturelle. Il ne lui voulait rien en particulier et pour être franc, il s’était déplacé dans un but plus égoïste qu’il n’y paraissait, plus personnel, Otoko’ était désireux de comprendre où lui avait failli, un échec qui poussa Etsu à ne pas remplir sa mission.

Ses mains tremblaient faiblement -la fatigue commençant à se faire sentir- lorsque ses doigts firent un premier passage sur son front pour en essuyer la sueur et apaiser durant quelques fractions de seconde ses heurts intracrâniens. Mais à peine sa paume retrouva la hanche du Kage qu’un voile humide s’apposa de nouveau sur son front. D’un battement ralenti des paupières, sa vision s’assombrit un court instant, annonçant -Otoko’ le savait bien à présent- la recrudescence des maux de tête. Qu’y pouvait-il ? Rien pour l’instant.

Son torse semblait si proche d’un feu, trop proche, la chaleur corporelle augmentait à chaque instant, à tel point qu’il fut obliger de défaire le tissu qui retenait sa tunique sans manche. Le vent se chargea d’écarter les deux bandes sur les côtés pour refroidir son torse. On pouvait distinguer un plastron à trois poches sur ce dernier, mais malgré la chaleur, Otoko’ ne le dégrafa pas. Ce morceau de cuir relié par deux boucles de ceinture était l’un des rares objets qu’il portait quasi-continuellement sur lui. La brise continuait de l’éventer par vagues successives, alors il laissa sa tête vaciller en arrière et pointa ses paumes de main vers l’avant puis profita d’un petit répit.

Sous cette fraîcheur, les secondes lui paraissaient des heures. Combien de minutes s’étaient écoulées depuis sa réponse ? La notion du temps lui échappait, augmentant quelque peu son malaise. Le Kage reprit une position plus adéquate à la discussion et développa la raison de sa venue, d’une voix rauque et faible -identique à celle des lendemains de soirée chez Papy Saké-.

- Etsu, je suis ici pour que tu m’expliques ta fuite de Konoha… Il racla une première fois sa gorge et fit un pas en avant. Ainsi que l’échec de la mission qui vous avait été confiés, à toi et Kaneko. Il toussa une seconde fois -retrouvant sa voix d’il y a quelques instants- tout en avançant d’un pas de plus. Souhaitais-tu empêcher une alliance entre leur pays et le notre ? Puis se figea dans une posture aussi droite que sa jambe boiteuse et son épaule douloureuse le lui permettaient, le regard porté vers la fenêtre, vers le visage du jeune Daiki, vers son échec.


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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Mer 6 Jan - 17:57

- « Alliance » ? A-lliance !?! Fit-il, les yeux écarquillés, aberré.

Il manqua de choir en arrière, déséquilibré, comme s'il avait reçu un coup en plein cœur - ce qui était un peu le cas. Il disparût deux secondes de l'encadrement de la fenêtre, le temps de reprendre ses esprits et d'analyser la situation... Deux secondes lui suffirent amplement à comprendre qu'il se trouvait devant le premier écueil de sa nouvelle existence et celle-ci semblait commencer par une justification, laquelle était-il à même de donner puisqu'il était désormais sûr de la légitimité de ses raisons.

Etsu sentait qu'il ne pouvait plus retarder l'heure tant attendue de la confrontation, il avait pourtant essayé et tenu bon en se confinant chez lui, pour disparaître petit à petit, loin de tout et réduisant même ses rations journalières volontairement pour ne pas avoir à sortir et pouvoir vivre et se nourrir jusqu'à ce qu'on vienne le chercher, car il savait qu'on viendrait le chercher, chercher des comptes, et on était venu.

Bien qu'il aurait préféré que le moment de revendiquer ses actes – et de les assumer - n'arrive le plus tard possible, il n'hésita pas à revenir à la fenêtre, le cœur battant et plein de hargne. Il ne savait trop par quoi commencer ; dans sa tête se mêlaient tous les mots, toutes les pensées, tous les sentiments qu'il avait refoulé jusqu'à aujourd'hui, tous fourmillaient dans son esprit, qu'il s'agissait de cette alliance avec Konoha ou pas d'ailleurs, il était, sommes toutes, comme un muet à qui on offrait l'opportunité de parler pour la première fois depuis... pfiou ! Depuis longtemps ! Et Etsu comptait bien en profiter pour s'exprimer. Oui, il allait tout déballer là, et tant pis – tant mieux - si l'escroc là-bas devant ne comprenait pas ! Etsu n'avait pas besoin qu'un arriviste le comprenne.

Il revint donc à sa fenêtre, le visage fermé et fulminant, et cria pour répondre à celui qu'il n'avait toujours pas reconnu et dont l'agitation ne perturbait même pas :

- Tu te crois bien placé pour réclamer des explications, toi !? On a voulu vendre Iwa à des incapables, faibles et minables, tu trouves que c'est un échec que d'avoir fait foiré cette pseudo « alliance » ?! ALLIANCE !? HAHA !!! – il rit fortement, sarcastique –, quelle monumentale con-ne-rie !! Iwa s'est tiré seul de sa merde, SEUL ! Konoha a planté son coup ! Ils ont tout chier !! Akakamimari les a explosé comme ils nous ont explosé ! Les Konohajin étaient si minables que certain ont préféré déserté plutôt que resté avec les leurs ! Et il veut faire une alliance avec ces chiens ?! Hahaha !! Non ! Pas des chiens... les chiens on peut leur faire confiance, eux non... Jamais de la vie... Et soudain, il se mit à parler beaucoup moins fort, comme pour lui-même.. : on n'peut faire confiance à personne de toute façon... tout le monde complote, Konohajin ou pas... Chien ou pas... Iwajin ou pas... C'est fou, absolument fou...

Alors qu'il avait détaché son regard de celui de son interlocuteur lointain et posé ses coudes sur le rebord de la fenêtre, il sembla se souvenir qu'il n'était pas seul et, se redressant doucement, il reprit, plus calme:

- J'ai voulu empêché le complot de grandir. J'ai empêché l'« alliance ». Alliance... il rit encore en disant ce mot, plus doucement cette fois, comme si des conspirateurs pouvaient s'allier dans la plus pure innocence et fidélité qu'il soit... Surtout s'ils viennent tous de villages différents... On a beau s'allier, on a tous des fins et des visions différentes... On a beau être frères, voisins, compatriotes..., il marqua une courte pause, pensif, et reprit: On reste égoïste. On tue. On s'entre-tue toujours. Toujours... T'as voulu tué des iwajin pendant la guerre j'parie, pourquoi ? Parce que tu pensais ça et qu'ils pensaient autre chose, alors qu'à la base, vous étiez alliés, voisin, frère. Bah voilà, t'es un connard. Et eux aussi le sont. On est tous des connards. Mais les kage restent les plus gros scélérats du système. Ils ont réussi à arnaquer des peuples entiers, « leur » peuple soi-disant. Pour escroquer un peuple tout entier, 'faut le faire... 'faut le faire... Et une « alliance » entre tous ces charlatans... t'imagines ? Ce serait pire que tout... les peuples qui se mélangent, s'infiltrent, sous les faux sourires, sous les faux cadeaux, sous les faux partages... jusqu'au moment où l'un des gouvernants voudra prendre le contrôle des peuples de ses alliés. Et crois pas qu'un tampon sur un parchemin l'arrêtera. Non, non. Il aura réfléchi le gars, il aura monté un nouveau plan et il arnaquera non seulement son peuple et celui des autres mais aussi ses alliés, comme ça s'est fait pendant l'occupation... Exactement pareil.. pareil... J'ai juste voulu stopper le cercle vicieux. J'ai voulu empêcher le complot de grandir. Juste ça. Je complote, moi aussi. On complote tous.

Sur ses derniers mots, le visage du jeune homme s'engouffra dans une rêverie presque apaisante et ses yeux se perdirent à nouveau sur son bras gauche qui reposait devant lui, calmement.

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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Ven 8 Jan - 22:45

Daiki semblait possédé, il n’était plus vraiment lui-même. Ou alors il l’était enfin. Quoiqu’il en soit, ses paroles revenaient en boucle dans l’esprit du Kage.
- Vendre ? Complot ? Ton ignorance t’aveugle littéralement Etsu. Une alliance n’est pas synonyme d’unicité, loin de là. Otoko’ était déconcerté. Pourquoi continuer à débattre avec lui ? Il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. À quoi bon tenter de le raisonner ? La folie guidait ses paroles. L’occupation, là était le problème. Daiki croyait en une nouvelle occupation et pour combattre l’occupation il n’y a que deux façons : de l’intérieur ou…
- Tu souhaites quitter le village n’est ce pas !? Très bien, si tu penses pouvoir enrailler ce cercle vicieux, fais le. Le scélérat que je suis ne comptes pas te retenir plus longtemps avec des sermons ou des questions supplémentaires.
L’entretien fut bref mais qu’importe, le ninja à la fenêtre resterait sourd à toute explication, à toute justification. Il n’y avait pas lieu de discuter d’avantage ni de le retenir.

hrp : j’vais passer en semaine de partiels et j’voulais pas te bloquer là dedans, du coup j’me suis permis de conclure rapidement ^^. (Je n'étais pas sur d'avoir le temps plus tard pour répondre convenablement :/).
Edit : mon hrp est presque aussi long que mon rp... T_T.


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MessageSujet: Re: La douce odeur du camphre... [PV] Lun 24 Mai - 20:43

Locké et archivé le 24/05/2010.


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